Quand le détroit d’Ormuz s’enrhume, c’est le monde agricole togolais qui tousse. La suspension du trafic maritime commercial dans cette artère stratégique du Moyen-Orient fait flamber non seulement le prix du carburant, mais également le prix des engrais à l’international.
Une hausse estimée entre 20 et 50% selon la durée du conflit. Pour le Togo, pays où l’agriculture emploie plus de 60% de la population active, l’alerte est maximale.
Pourquoi les prix des engrais explosent ?
Le détroit d’Ormuz, situé entre le golfe Persique et le golfe d’Oman, est un passage obligé pour 33% des engrais transportés par voie maritime. La région du Golfe persique concentre à elle seule 49% des exportations mondiales d’urée et 30% des exportations mondiales d’ammoniac, deux composants essentiels des fertilisants.
Avec la fermeture du détroit, les chaînes d’approvisionnement se grippent. Résultat : les prix flambent. Entre 20 et 25% de hausse si le conflit se résout en quatre semaines. Jusqu’à 50% s’il se prolonge. Une douche froide pour les agriculteurs togolais, dont la campagne de semis débute justement en avril et mai.
18 milliards de subventions déjà engagées en 2025
Chaque année, le Togo met à disposition des producteurs plus de 70 000 tonnes d’engrais (85 000 tonnes pour la campagne 2025-2026). Grâce à une politique de subvention généreuse, le sac de 50 kg, acheté 30 000 F CFA sur le marché international, est revendu 18 000 F CFA aux paysans. En 2025, l’effort budgétaire de l’État a atteint près de 18 milliards F CFA.
Mais avec la flambée des cours mondiaux, cet équilibre vole en éclats. Soit le gouvernement puise encore plus dans ses réserves pour maintenir les prix subventionnés. Soit les agriculteurs doivent s’acquitter d’un sac à « prix d’or ». Dans les deux cas, la facture sera salée.
Des rendements déjà sous tension
L’alerte vient de Lambert Dameto NAYANTE, consultant international, expert agricole et président de l’association des professionnels des importateurs et distributeurs d’engrais du Togo. Dans une tribune publiée chez nos confrères d’Agridigitale, il met en garde : « Le moment ne pourrait pas être plus mal choisi ».
Car les rendements agricoles togolais sont déjà très en deçà des standards internationaux. L’utilisation d’engrais par hectare avoisine les 22,5 kg, contre 150 kg pour la moyenne mondiale selon les cultures. Ajoutez à cela la rareté des pluies, la sécheresse, la perte des récoltes et la baisse des prix des produits agricoles, et le tableau devient alarmant.
« Si le conflit se prolonge, il n’est pas exclu que la hausse atteigne 50% du prix actuel, ce qui entraînera une baisse de la production agricole dans toute la sous-région », prévient l’expert.
Ce que risque le Togo
Les conséquences pourraient être en cascade :
- Baisse des rendements : des engrais trop chers, c’est moins d’intrants, donc moins de production.
- Hausse des prix des denrées alimentaires : moins d’offre locale, plus de dépendance aux importations.
- Pression sur les finances publiques : si l’État choisit d’absorber la hausse, la facture des subventions pourrait dépasser les 25 ou 30 milliards F CFA.
- Insécurité alimentaire : dans une région déjà fragilisée par les chocs climatiques et sécuritaires, le risque de tension sur les marchés est réel.
Les mesures d’urgence réclamées par les professionnels

Face à cette tempête annoncée, Lambert Dameto NAYANTE et l’association des importateurs et distributeurs d’engrais appellent les autorités togolaises à agir sans délai. Pas de réformes de long terme, mais des mesures d’urgence :
- Suspendre immédiatement tous les droits de douane et taxes sur les importations d’engrais
- Réduire les frais de manutention au port de Lomé en période de crise
- Lancer des achats d’urgence groupés avec les pays de la sous-région, en associant opérateurs économiques et institutions bancaires
- Élargir le système de crédit agricole et la subvention pour maintenir les prix au niveau de la campagne 2024-2025
- Réactiver une rencontre entre le gouvernement et les professionnels du secteur
- Créer une réserve stratégique nationale d’engrais
« Il est urgent que les États prennent des initiatives pour assurer un approvisionnement d’urgence », insiste l’expert, qui craint une « chute vertigineuse des systèmes de production agricole » dans les pays africains.
Une mobilisation nécessaire
Le président de l’association reste toutefois optimiste. Malgré les défis (rareté des pluies, sécheresse, perte des récoltes, coût élevé des intrants), il assure que « les actions de lobbying s’intensifieront pour une campagne agricole réussie ».
Le gouvernement togolais, par la voix du ministre de l’Agriculture, du ministre des Finances et du président du Conseil, est désormais interpellé. Les prochaines semaines seront décisives. Car c’est bien de la sécurité alimentaire du pays qu’il s’agit.










