Depuis plusieurs jours, des vidéos et des témoignages circulent sur les réseaux sociaux, faisant état de prétendus vols d’organes génitaux dans plusieurs quartiers de Lomé. Des scènes de foule, des interpellations, des accusés traînés… L’inquiétude gagne la population. Pourtant, aucun élément objectif ne permet à ce jour de confirmer la réalité de ces faits. Alors que certains crient à la sorcellerie, la science apporte un éclairage bien différent.
Des rumeurs qui enflamment la toile
Ce mercredi 22 juillet, une équipe d’Actu Lomé s’est rendue à Agbalépédo, un quartier de la capitale où des habitants rapportaient un présumé vol de sexe. Sur place, les témoignages se multiplient, mais aucun cas concret de disparition n’a pu être constaté, les principaux concernés étant aux mains de la police. Des vidéos montrant des suspects interpellés continuent pourtant d’alimenter la psychose sur les réseaux sociaux.
Ce phénomène n’est pas nouveau. Il resurgit par vagues, comme le rappelle Julien Bonhomme, anthropologue à l’EHESS : « Cette rumeur possède une existence cyclique et se manifeste à travers de brusques flambées sporadiques. Elle circule dans un pays pendant quelques semaines puis disparaît », rapporte Togocheck.

Le syndrome de Koro : une explication scientifique
Face à ces allégations, la science médicale est formelle. Le psychologue David Gouba, interrogé par Togocheck en 2025, identifie ce phénomène comme le syndrome de Koro, un trouble psychiatrique où des individus croient fermement que leur pénis se rétracte ou disparaît, souvent dans un contexte de panique collective.
Le Dr Armel Quentin Essomba, urologue à l’Hôpital général de Douala, abonde : « Le rétrécissement, oui, il y a des anomalies. Mais un sexe qui devient subitement tout petit, ça n’existe pas ».
L’explication physiologique tient à la vasoconstriction : sous l’effet de la peur ou du stress intense, le flux sanguin diminue vers certaines parties du corps, provoquant une rétraction temporaire du pénis. Un phénomène réversible et sans conséquence permanente, comparable à l’effet du froid.
Un phénomène social et culturel
Au-delà de l’explication médicale, ces rumeurs remplissent une fonction sociale, selon le Professeur Dodji Amouzouvi, directeur du LARRED à l’Université d’Abomey-Calavi : « Toutes les sociétés, à un moment donné, quand elles sont en face des difficultés, trouvent des exutoires. C’est lorsque le pic est atteint qu’on lance ce type de rumeurs, juste pour dégonfler ».
Une mise en garde contre la violence populaire
Le ministre de la Sécurité, le Colonel Calixte Batossie MADJOULBA, a rappelé dans un communiqué du 11 juillet qu’aucun élément objectif ne permet d’établir la réalité des faits. Il a mis en garde contre les actes de violence et de vindicte populaire, soulignant que « nul n’est autorisé à se faire justice ».







