Le ton était donné. Ce lundi 18 mai 2026, en ouverture de Biashara Afrika 2026 à Lomé, le président du Conseil Faure Gnassingbé a prononcé un discours qui restera dans les annales. Pas seulement pour ses ambitions sur la ZLECAf. Mais pour sa réponse immédiate à une charge sans filtre de la ministre nigériane de l’Industrie, du Commerce et de l’Investissement, Dr Jumoke Oduwole.
Cette dernière a raconté une scène ubuesque : deux investisseurs (Nigérian et Ghanéen, détenteurs de passeports européens) refoulés à l’aéroport de Lomé parce que leurs passeports nationaux ne leur donnaient pas accès. Le verdict de Gnassingbé a fusé : « Je demande au ministre de la Sécurité de régler cette anomalie sous 48h. »
Le coup de gueule de la ministre nigériane
Dr Jumoke Oduwole a pris la parole devant un parterre de chefs d’État, d’investisseurs et de décideurs. Son témoignage a provoqué une onde de choc dans la salle :
« Hier soir. Il s’agissait de deux détenteurs de passeports nigérians et ghanéens. Ils possèdent également des passeports européens et qui sont arrivés ici hier en provenance d’Europe. Ils ne sont pas autorisés à entrer au Togo avec leurs passeports nationaux. Ils ont dû demander et ont obtenu des visas de 24 heures sur leurs passeports étrangers. »
La ministre a poursuivi, plus grave encore :
« L’un d’eux, un investisseur du secteur des services financiers ayant des activités au Nigeria et au Ghana, m’a dit qu’il n’envisagerait pas d’investir ici. Nous n’avons pas encore quitté l’aéroport. Et sa décision d’investissement était déjà prise. »
Son constat est amer et lucide :
« Ce n’est pas un problème ponctuel. J’ai mené des activités commerciales au Nigeria pendant 9 ans. Et ces problèmes persistent à travers tout le continent. Pour être honnête, la situation où un Européen devrait être contraint de demander un visa sur un passeport africain dans un pays européen au sein de l’UE ne se produirait jamais en Europe. C’est un exemple concret des véritables problèmes auxquels nous sommes encore confrontés sur le continent africain. »
Le message est clair : à quoi sert la ZLECAf si un Africain ne peut pas entrer librement dans un autre pays africain ?
La réponse immédiate et ferme de Faure Gnassingbé
Le président du Conseil n’a pas attendu la fin de la cérémonie pour réagir. Il a pris la parole et a balayé les généralités habituelles. Sa réponse a été précise, ciblée et assortie d’un ultimatum.
« Aujourd’hui encore, les coûts logistiques dans la région restent parmi les plus élevés du monde. Les barrières non tarifaires persistent. Les délais aux frontières ralentissent les échanges. Et je remercie nos deux amis, la ministre du Nigeria et le président d’Afreximbank, qui ont pointé du doigt nos différences. Et je demande au ministre de la Sécurité de régler cette anomalie sous 48h. »
Sous 48 heures. Pas dans un mois. Pas après une étude. Pas après une commission. 48 heures.
Une anomalie qui coûte cher au Togo
L’anecdote racontée par la ministre nigériane est un cas d’école des barrières non tarifaires qui étranglent le commerce intra-africain. Le Togo, qui ambitionne de devenir un hub logistique et commercial en Afrique de l’Ouest, ne peut pas se permettre de refouler des investisseurs à son aéroport.
Le problème est connu :
| Problème | Conséquence |
|---|---|
| Visas exigés pour des ressortissants de pays voisins | Détournement des flux commerciaux |
| Préférence donnée aux passeports européens | Signal absurde envoyé aux investisseurs |
| Manque de coordination entre services | Délais, confusion, image dégradée |
L’investisseur nigérian-ghanéen a obtenu un visa sur son passeport européen. Logique absurde : un Africain entre plus facilement à Lomé avec un passeport étranger qu’avec son propre passeport national.
La ZLECAf parle de libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes. Sans la libre circulation des personnes, le reste est lettre morte.
Biashara Afrika 2026 : un forum qui commence fort
Cet incident a eu au moins un mérite : mettre les pieds dans le plat dès le premier jour de Biashara Afrika 2026. Le forum, qui se tient jusqu’au 20 mai, est précisément destiné à identifier les blocages persistants au commerce intra-africain.
Le ministre de la Sécurité a désormais deux jours pour réformer le dispositif d’accueil des ressortissants africains à l’aéroport de Lomé. La balle est dans son camp. Les investisseurs, les chefs d’État et les observateurs du continent entier regardent.










