Elles ont des diplômes, des compétences et une volonté de contribuer au développement du Togo. Pourtant, les personnes handicapées diplômées restent sur le carreau. Ce lundi 15 juin 2026, elles ont élevé la voix devant le ministère du Secrétariat général du gouvernement à Lomé.
Mot d’ordre : l’organisation d’un recrutement dérogatoire pour faciliter leur accès à l’emploi. Après cinq ans de démarches et de promesses non tenues, le ras-le-bol est à son comble.
« 5 ans que nous menons cette lutte », le constat d’échec
La mobilisation était portée par une cinquantaine de personnes handicapées diplômées, venues de plusieurs localités du Togo. Leur message est clair : les diplômes ne suffisent pas. Sans mesures spécifiques, l’insertion professionnelle reste un parcours du combattant.
« Nous sommes ici pour réclamer le respect de notre droit à l’emploi et à l’égalité des chances. Cela fait 5 ans que nous menons cette lutte. Nous avons multiplié les démarches auprès des ministères, mais jusqu’à présent aucune solution n’a été trouvée. »
Adidjatou Habibou, représentante des étudiants en situation de handicap, porte la voix d’une génération qui se sent oubliée.
Des diplômes, mais pas de travail
Derrière les pancartes et les slogans, il y a des vies. Des jeunes qui ont bravé les obstacles (accessibilité, discrimination, manque de moyens) pour obtenir leurs diplômes. Et qui, une fois diplômés, se heurtent à un mur.
« Nous faisons beaucoup d’efforts pour obtenir nos diplômes, mais nous n’avons aucune opportunité. Aujourd’hui encore, plusieurs d’entre nous dépendent entièrement de leurs parents qui sont eux-mêmes épuisés par cette charge. »
Un étudiant de l’Université de Lomé, présent sur place, a rappelé que les personnes handicapées diplômées ont déjà rencontré plusieurs responsables gouvernementaux au cours des 5 dernières années sans obtenir de réponse satisfaisante.
« Nous avons reçu des promesses, mais nous attendons toujours des mesures concrètes. Nous demandons au Président du Conseil, Faure Gnassingbé, de se pencher sur notre situation. Nous voulons simplement avoir la possibilité de travailler et de contribuer au développement du pays. »
Recrutement dérogatoire, la solution réclamée
Les manifestants ne demandent pas l’impossible. Ils réclament un concours ou un recrutement dérogatoire spécifiquement réservé aux personnes handicapées diplômées. Pourquoi une mesure dérogatoire ? Parce que les concours classiques, même ouverts à tous, ne prennent pas en compte les obstacles spécifiques rencontrés par les personnes handicapées : accessibilité des centres d’examen, absence d’aménagements raisonnables, discrimination à l’embauche, etc.
Un recrutement réservé permettrait de :
- Valoriser les compétences des diplômés handicapés
- Réduire les inégalités face à l’emploi
- Donner une chance réelle à des citoyens souvent exclus du marché du travail
Au Togo, la question du handicap reste un angle mort des politiques publiques. Selon des estimations, environ 5 à 8 % de la population togolaise vit avec un handicap. Mais l’accès à l’emploi formel pour cette frange de la population reste extrêmement faible. Les personnes handicapées diplômées sont souvent confinées à des emplois informels précaires, voire au chômage. Leur potentiel est gâché. Leur dignité, bafouée.










