Menaces, autocensure, amendes : le baromètre 2025 du PPT épingle la liberté de la presse au Togo

baromètre 2025 du PPT épingle la liberté de la presse au Togo
Homme Allié

Le Togo a gagné 24 places au classement mondial de la liberté de la presse de Reporters sans frontières. Une bonne nouvelle ? Oui, mais attention au trompe-l’œil. Mercredi 13 mai 2026, le baromètre 2025 du Patronat de la Presse Togolaise (PPT) a été présenté.

Le constat est nuancé : si aucune suspension de parution ni affaire Pegasus n’a été enregistrée ces dernières années, les intimidations, les interpellations, les agressions physiques et l’autocensure restent des réalités quotidiennes pour de nombreux journalistes togolais. Le PPT lance un plaidoyer ferme : abroger les peines privatives de liberté dans le futur Code de la presse.

Selon le rapport du PPT, la période étudiée va de 2023 à 2025, avec des éléments du premier semestre 2026.

Les progrès : une embellie relative

Le baromètre reconnaît des avancées notables par rapport à la « sombre période de 2021 » :

  • Aucune suspension de parution de journal
  • Aucun retrait de récépissé de média
  • Aucune affaire d’espionnage via des logiciels comme Pegasus

Le Togo a d’ailleurs gagné des places dans le classement mondial de Reporters sans frontières, passant de la 121ᵉ position en 2025 à la 97ᵉ en 2026.

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Mais le PPT tempère : « Les formes de pression contre la presse ont davantage changé qu’elles n’ont disparu. »

Les entraves persistantes : intimidations, interpellations, autocensure

Le baromètre 2025 du PPT épingle plusieurs types de pressions qui continuent de peser lourdement sur les professionnels des médias :

  • Intimidations et menaces
  • Interpellations de journalistes
  • Agressions physiques
  • Poursuites judiciaires pour diffamation
  • Redressements fiscaux visant certains médias privés

Conséquence directe : une autocensure grandissante dans plusieurs rédactions, particulièrement au sein des organes critiques du pouvoir. Des sujets ne sont pas traités, des angles sont adoucis, des informations sont enterrées. Non pas par ordre, mais par peur.

Les affaires qui ont marqué les 3 dernières années

Le rapport revient sur plusieurs cas emblématiques :

AffaireDateFaits
Roger Amemavoh (Capture Média)Février 2026Menaces de mort après une enquête foncière à Latékopé
Flore Monteau (TV5 Monde)Juin 2025Interpellation lors de manifestations à Lomé
RFI et France 24Suspension par la HAAC pour contenus jugés « inexacts et biaisés »
Tampa Express, Actu ExpressProcédures judiciaires pour diffamation
Loïc Lawson et Anani SossouPoursuites après publications sur réseaux sociaux
Thomas Dietrich (journaliste français)Avril 2024Expulsion après arrestation

Le plaidoyer du PPT : abroger les peines de prison

Face à cette situation, le PPT ne se contente pas de constater. Il lance un plaidoyer ferme en faveur de l’abrogation des peines privatives de liberté contenues dans le futur Code de la presse et de la communication.

Honoré Adontui, président du PPT, a rappelé un principe fondamental : « La loi spéciale prime sur la loi générale. » Les journalistes devraient être jugés exclusivement sur la base du Code de la presse, et non du Code pénal.

Les réseaux sociaux : un angle mort de la loi

Le PPT critique particulièrement les articles 3, 5 et 156 du Code de la presse de 2020, qui :

  • Excluent les réseaux sociaux du champ d’application du texte
  • Permettent de poursuivre des journalistes selon le droit commun lorsqu’ils utilisent les plateformes numériques

Honoré Adontui est clair : « Ces dispositions ne sont plus adaptées à l’ère numérique où les réseaux sociaux constituent désormais des outils essentiels de travail pour les médias. »

Des amendes qui menacent la survie des médias privés

L’organisation dénonce également les lourdes amendes prévues par le Code de la presse, pouvant atteindre plusieurs millions de francs CFA. Pour le PPT, ces sanctions financières représentent une menace sérieuse pour la survie économique des médias privés togolais, déjà fragilisés par la précarité du secteur.

Le PPT demande aussi l’adoption du décret d’application de la Convention de Florence et du protocole de Nairobi afin de réduire les coûts des intrants d’imprimerie et du matériel de production médiatique.

Tout en réaffirmant son engagement pour une presse libre, le PPT appelle également les journalistes togolais à davantage de professionnalisme et d’autocritique. Une liberté sans responsabilité n’a pas de sens.

Le baromètre 2025 du PPT montre un Togo à deux vitesses : d’un côté, des progrès institutionnels (classement RSF, fin des suspensions de parution). De l’autre, des pratiques persistantes d’intimidation et de pression qui nourrissent l’autocensure.

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