Restes humains, œuvres d’art, patrimoine : l’Allemagne ouvre la porte à la restitution au Togo

Biens spoliés : l'Allemagne prête à assumer ses responsabilités au Togo
Homme Allié

La colonisation allemande au Togo (1884-1914) a laissé des traces. Des traces dans la mémoire, mais aussi dans les musées d’Europe, où dorment des milliers d’objets et des restes humains emportés à l’époque coloniale. Mardi 13 mai 2026, la vice-ministre allemande des Affaires étrangères, Serap Güler, était à Lomé pour un sujet sensible : la restitution des biens spoliés. Et son message a été clair : « Nous sommes prêts à assumer notre responsabilité historique. »

Selon Serap Güler, membre du parti CDU du chancelier : « C’était un sujet particulièrement sensible ici au Togo, en raison du passé colonial de notre pays, et nous sommes prêts à assumer notre responsabilité historique à cet égard. »

Biens spoliés du Togo : un sujet sensible, des attentes fortes

La visite de la diplomate allemande ne se limitait pas aux questions de restitution. Les échanges avec les autorités togolaises ont également porté sur les relations bilatérales, la situation dans le Sahel et la menace terroriste dans le golfe de Guinée.

Mais c’est bien le sujet de la mémoire coloniale qui a retenu l’attention. Pour Kokou Azamede, maître de conférences en études germaniques à l’Université de Lomé et spécialiste de l’histoire coloniale, cette visite est un signal fort :

« Elle est venue s’enquérir de l’état de la question dans la société togolaise et de l’évolution des mesures que l’État togolais prend dans ce sens. Sa présence est une occasion de reposer la question de la mémoire coloniale au Togo et d’ouvrir le débat sur l’héritage de ce passé dans nos communautés, et surtout d’aborder la question du retour du patrimoine culturel illégalement acquis, avec tout ce qui en découle, à savoir un dialogue sur les formes de réparation possibles. »

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Un nouveau conseil de coordination à Berlin

Serap Güler a profité de sa visite pour présenter le nouveau Conseil de coordination pour la restitution des biens culturels et des restes humains issus des contextes coloniaux, récemment créé en Allemagne et qu’elle préside.

L’objectif : centraliser et accélérer les processus de restitution, trop souvent longs et complexes.

La vice-ministre a également salué la décision du Togo de mettre en place un comité national chargé des questions de restitution des biens culturels. « Nous attendons avec impatience, curiosité et joie la création de la commission au Togo afin de pouvoir, ici aussi, aller de l’avant de manière décisive. »

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Quels biens sont concernés ?

La colonie allemande du Togo a duré de 1884 à 1914. Pendant cette période, des milliers d’objets culturels (statues, trônes, parures, instruments de musique, manuscrits) ont été emportés vers l’Allemagne. Dans certains cas, des restes humains (crânes, ossements) ont également été prélevés, parfois dans des conditions atroces.

Aujourd’hui, ces biens dorment dans des musées allemands, notamment à Berlin, Hambourg, Stuttgart ou Leipzig. Leur retour est une revendication ancienne des intellectuels et des associations togolaises.

La création d’un comité national togolais sur la restitution est une étape clé. Il devra identifier les biens spoliés, établir des priorités, et dialoguer avec les autorités allemandes sur les modalités de retour.

À plus long terme, la question des réparations se pose. Au-delà de la restitution physique des objets, comment réparer les préjudices moraux et matériels causés par la colonisation ? Le débat est lancé.

Un partenariat qui se construit

La visite de Serap Güler montre que Berlin ne veut plus être seulement un partenaire économique et sécuritaire du Togo. L’Allemagne assume désormais son passé colonial. Reste à savoir à quelle vitesse les objets traverseront la mer pour revenir sur leur terre d’origine.

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