La cybercriminalité en Afrique a franchi un cap alarmant en 2025. Selon le rapport INTERPOL 2026, « African Cyberthreat Assessment Report 2026 », les pertes financières liées aux cyberattaques ont plus que doublé en un an, passant de 192 millions à 484 millions de dollars.
Le nombre de victimes identifiées a bondi de 35 000 à 87 000. Le Togo, comme d’autres pays d’Afrique de l’Ouest, figure parmi les nations exposées à ces menaces en pleine expansion.
Un continent sous pression
L’Afrique compte désormais plus de 570 millions d’internautes et 1,1 milliard d’abonnements mobiles. Cette transformation numérique, aussi bénéfique soit-elle, s’est accompagnée d’une hausse spectaculaire des cyberattaques. Les secteurs les plus touchés sont les services financiers, les télécommunications et les administrations publiques.

Le rapport, basé sur les données de 36 pays africains, révèle que les escroqueries en ligne (phishing, arnaques) représentent 17 % des cas signalés, suivies par l’usurpation d’identité et la fraude financière (14 %), la sextorsion (14 %) et les fuites de données (11 %). Les rançongiciels, bien que moins fréquents en nombre, sont parmi les attaques les plus destructrices.
L’Afrique de l’Ouest, une région très active
L’Afrique de l’Ouest est identifiée comme la région la plus active pour les escroqueries par courriel (BEC) et les arnaques aux crypto-monnaies. Le Togo, avec un taux de vulnérabilité détecté par Shadowserver de 0,7 % en Afrique, n’est pas épargné. Les attaques par rançongiciel au Cap-Vert (16 997 détections) et au Nigeria (5 822) montrent l’ampleur du phénomène dans la sous-région.
Les fraudeurs exploitent les lacunes des cadres juridiques, les faiblesses des systèmes de vérification d’identité et l’absence de coordination entre les pays. Les centres d’escroquerie (scam centers), souvent liés à la traite des êtres humains, prospèrent dans la région.
L’intelligence artificielle au service des criminels
Le rapport INTERPOL 2026 met en garde contre l’utilisation croissante de l’intelligence artificielle (IA) par les cybercriminels. Les deepfakes, les identités synthétiques et les campagnes de phishing automatisées rendent les attaques plus difficiles à détecter. En Afrique de l’Ouest, 55 % des cas de cybercriminalité ont impliqué l’IA en 2025, contre une part négligeable les années précédentes.
Des opérations internationales pour endiguer la menace
Face à cette montée en puissance, INTERPOL a mené plusieurs opérations d’envergure en 2025. L’opération Sentinel, menée dans 19 pays africains, a abouti à 574 arrestations et à la récupération de 3 millions de dollars. L’opération Red Card 2.0, dans 16 pays, a permis 651 arrestations et la saisie de plus de 4 millions de dollars.
Ces actions montrent que la coopération internationale est essentielle pour lutter contre une criminalité qui ne connaît pas de frontières.
Le Togo face au défi
Le Togo, comme ses voisins, doit renforcer ses capacités de cybersécurité. Le rapport recommande aux pays africains d’investir dans des outils numériques, de former leurs enquêteurs et d’harmoniser leurs législations. La signature par le Togo de la Convention de Budapest sur la cybercriminalité et son adhésion aux initiatives régionales sont des pas dans la bonne direction.







