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AFRIQUE

124 milliards $ envoyés en Afrique : et le Togo dans tout ça ?

Raheem Geraldo Raheem Geraldo
24 septembre 2026 5 min de lecture
Transferts de la diaspora africaine vers le continent en 2025

La diaspora africaine reste un pilier invisible mais essentiel des économies du continent. Selon le rapport « Sending Money Home 2026 » publié par le Fonds international de développement agricole (FIDA), les transferts d’argent vers l’Afrique ont atteint 124,2 milliards de dollars en 2025.

Une somme colossale qui dépasse largement l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers. Mais que dit ce rapport sur le Togo ? Réponse courte : rien de spécifique. Explications.

Un flux mondial de 728,6 milliards de dollars

À l’échelle mondiale, les transferts vers les pays à revenu faible ou intermédiaire ont atteint 728,6 milliards de dollars en 2025, contre 375,6 milliards en 2016. Une progression de 94 % en dix ans.

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Ces flux connectent plus d’1,3 milliard de personnes dans le monde. Environ 220 millions de migrants soutiennent financièrement près de 1,1 milliard de proches restés au pays. Autrement dit, une personne sur six dans le monde est directement concernée par les transferts d’argent.

Fait notable : les transferts dépassent désormais l’aide publique au développement et les investissements directs étrangers vers les pays à revenu faible ou intermédiaire. Ils constituent la source de financement extérieur la plus stable pour de nombreux pays.

L’Afrique, deuxième région bénéficiaire

L’Afrique a reçu 124,2 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de 86 % par rapport à 2016. Cinq pays concentrent près des trois quarts de ces flux : l’Égypte (41,5 milliards $), le Nigeria (22,8 milliards $), le Maroc (13,7 milliards $), l’Éthiopie (7,1 milliards $) et le Kenya (5 milliards $). L’Égypte a détrôné le Nigeria comme premier récipiendaire africain, ses transferts ayant plus que doublé en dix ans.

Un tiers des transferts vers l’Afrique (environ 42 milliards de dollars) atteint les zones rurales. Une manne vitale pour les familles qui y vivent, souvent privées d’accès à l’emploi formel et aux services financiers.

Le coût des transferts vers l’Afrique

Le coût moyen d’envoi de 200 dollars vers l’Afrique reste élevé : 7,2 % au troisième trimestre 2025, contre 9 % en 2016. Une baisse de 20 % en dix ans, mais qui reste bien au-dessus de l’objectif fixé par les Nations unies (moins de 3 %).

La sous-région Afrique de l’Ouest s’en sort mieux, avec un coût moyen de 4,9 % — la seule sous-région africaine sous la barre des 5 %. Cette performance s’explique notamment par les corridors euro-CFA, où le taux de change fixe limite les marges, et par le développement des services numériques.

À l’inverse, l’Afrique australe reste la sous-région la plus chère, avec un coût moyen de 10,4 %. L’Afrique centrale (9,7 %) et l’Afrique du Nord (7,3 %) ont même vu leurs coûts augmenter sur la décennie.

Ce que le rapport ne dit pas sur le Togo

C’est un point important : le rapport Sending Money Home 2026 du FIDA ne fournit aucune donnée spécifique sur le Togo.

Le Togo n’apparaît ni dans le Top 5 des récipiendaires africains, ni dans les tableaux détaillés par pays, ni dans les analyses de coûts par corridor. Le document se concentre sur les grandes tendances régionales et sous-régionales, sans descendre au niveau de chaque pays.

Si le rapport du FIDA ne fournit pas de données sur le Togo, le débat public togolais s’appuie sur d’autres sources. Les données croisées des autorités togolaises et du Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur avancent de leur côté une estimation bien plus large : entre 1 et 1,5 million de personnes à l’étranger.

Sur la base des chiffres documentés, les transferts de la diaspora togolaise ont atteint 950 millions de dollars en 2023. Ces envois dépassent largement l’aide publique au développement reçue par le pays.

Contrairement à une idée répandue, la diaspora togolaise reste majoritairement régionale : un peu plus d’un dixième seulement est installé dans l’Union européenne. Le reste se répartit principalement entre l’Afrique, l’Europe (hors UE) et l’Amérique du Nord.

Vers des investissements productifs

La contribution de la diaspora est importante. Mais ce que souhaitent les pouvoirs publics, c’est que cet engagement financier constant se transforme en investissements productifs dans des commerces ou des entreprises.

L’objectif est de passer d’une logique d’assistance familiale à une logique de création de richesse et d’emplois au Togo. Pour cela, plusieurs conditions sont nécessaires :

  • Réduire les coûts de transfert, encore élevés vers le Togo
  • Offrir des produits financiers adaptés aux membres de la diaspora
  • Garantir la sécurité juridique des investissements réalisés au pays
  • Créer un environnement des affaires attractif et transparent
  • Renforcer la confiance entre la diaspora et les institutions nationales

Avec des centaines millions de dollars de transferts annuels et une diaspora estimée entre 543 277 et 1,5 million de personnes, le Togo dispose d’un atout considérable pour son développement. Mais pour transformer cet atout en moteur de croissance, il faudra dépasser les obstacles qui freinent aujourd’hui l’investissement de la diaspora.

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