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L’IA pourrait rapporter jusqu’à 153 milliards de FCFA au Togo

L’intelligence artificielle pourrait-elle transformer l’économie togolaise ? Selon une récente étude de l’Ayre Think Tank, la réponse est oui. Les chercheurs estiment que l’adoption de l’IA pourrait générer entre 83 et 262 millions de dollars de retombées économiques pour le Togo au cours des dix prochaines années, avec une estimation centrale de 172 millions de dollars.
Un chiffre qui fait rêver, surtout dans un pays où la jeunesse cherche désespérément des débouchés. Mais avant de savourer ces millions, il faut regarder la réalité en face. Le Togo n’est pas encore prêt. Et l’étude le prouve.
Le paradoxe de la 4G
Voici un constat qui laisse perplexe. La 4G couvre 99,7 % de la population togolaise. Sur le papier, le pays est connecté. Pourtant, dans les faits, moins d’un jeune sur deux (44,9 %) utilise réellement Internet. Pourquoi un tel écart ? Le coût, tout simplement. Les données mobiles engloutissent près de 9,5 % du revenu mensuel moyen. Et pour les 40 % les plus pauvres, cette dépense dépasse les 20 % du revenu. Un luxe que beaucoup ne peuvent pas se permettre.
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À cela s’ajoute un problème de fiabilité. Près de trois entreprises sur quatre signalent des coupures de connexion à répétition. Difficile, dans ces conditions, de développer des projets numériques ou d’utiliser des outils d’intelligence artificielle qui nécessitent une connexion stable.
L’éducation, le maillon faible
Le deuxième obstacle est encore plus préoccupant. Dans le domaine de l’éducation, le Togo obtient un score catastrophique de 2,5 sur 10. En cause : le manque d’enseignants formés au numérique et la place très limitée de l’informatique dans les programmes scolaires.
Sans formation, pas de compétences. Sans compétences, pas d’innovation. L’intelligence artificielle ne s’improvise pas. Elle nécessite des développeurs, des data scientists, des ingénieurs capables de créer des solutions adaptées aux réalités locales. Or, le Togo forme encore trop peu de ces profils.
Le classement global du pays, 37ᵉ sur 56 avec un score de 42,6 sur 100, confirme cette réalité. Le Togo est sous le seuil de préparation fixé à 53. Sur les 56 pays du Commonwealth étudiés, seuls 15 atteignent ce seuil. Le Togo fait partie des 41 pays qui doivent encore combler leur retard.
Des initiatives pour ne pas rater le train de l’IA
Le gouvernement n’est pas resté les bras croisés. L’étude salue plusieurs projets en cours, qui montrent une réelle volonté d’avancer.
Parmi eux, le programme « Voix du Togo », lancé en septembre 2026. Son objectif : développer des outils d’IA capables de comprendre l’éwé, le kabyè et le moba, avant une extension à une cinquantaine de langues nationales. Une initiative ambitieuse, qui vise à rendre l’IA accessible aux populations non francophones.
Autre effort : la formation de 101 spécialistes pour animer de nouveaux laboratoires d’innovation pédagogique. Le gouvernement prévoit également d’introduire l’IA dans l’enseignement technique. Des pas dans la bonne direction, même si le chemin reste long.
L’entrepreneuriat, une lueur d’espoir
Le tableau n’est pas totalement sombre. L’étude met en lumière une réalité frappante : près d’un Togolais de 18 à 29 ans sur quatre dirige une jeune entreprise. Un dynamisme entrepreneurial remarquable. Mais attention, ce n’est pas toujours par choix. 84 % de ces jeunes entrepreneurs déclarent s’être lancés faute d’opportunités d’emploi. L’IA pourrait les aider à gagner en productivité, à condition qu’ils aient accès aux compétences, aux outils et aux financements nécessaires.
Pour la jeunesse togolaise, ces 172 millions de dollars ne sont pas une fin en soi. Ils représentent un potentiel à saisir. Mais pour y parvenir, il faudra d’abord résoudre des problèmes basiques : rendre Internet abordable, fiabiliser le réseau et former massivement les enseignants.
Le Togo a une carte à jouer. Les initiatives existent, la volonté politique semble là. Reste à transformer l’essai. Comme le souligne l’étude, derrière les millions de dollars annoncés, se joue aussi la capacité du pays à offrir à sa jeunesse les moyens de participer pleinement à l’économie numérique de demain.
Sources citées : Indice Ayre 2026 de l’Ayre Think Tank, publié en marge du sommet du Commonwealth, novembre 2026.
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