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TOGO

« Le peuple crie famine, le pouvoir fait la fête » : le CNCC tacle Faure Gnassingbé

Raheem Geraldo Raheem Geraldo
15 juin 2026 4 min de lecture
« Le peuple crie famine, le pouvoir fait la fête » : le CNCC tacle Faure Gnassingbé

Tensions politiques au Togo. Ce lundi 15 juin 2026, le Cadre National de Concertation et de Collaboration (CNCC), qui regroupe plusieurs partis d’opposition (ADDI, ANC, FDR, PSR) et des organisations de la société civile (FCTD, Novation Internationale, TLP Togo), a publié un communiqué conjoint virulent.

Dans le viseur : la gestion des ressources publiques, la hausse des prix du carburant, et la célébration du 60e anniversaire du Président du Conseil Faure Gnassingbé. « Le peuple crie famine, le pouvoir fait la fête », résume le document.

330 000 Togolais menacés ? L’opposition s’appuie sur le PAM

Le CNCC cite un article de novembre 2025 de l’ONG Elevages Sans Frontières qui pointait un « paradoxe » : un pays rural où les familles s’appauvrissent faute d’infrastructures et de financements, tandis que la dépendance alimentaire s’aggrave.

Il rappelle également l’alerte du Programme Alimentaire Mondial (PAM) sur un risque d’insécurité alimentaire pour plus de 330 000 Togolais, particulièrement dans la région des Savanes. « Classé 162e sur 191 à l’Indice de Développement Humain, le Togo reste l’un des pays les plus fragiles du continent. Près d’un Togolais sur deux vit sous le seuil de pauvreté. »

L’alerte a fait le tour des médias et des réseaux sociaux. Pourtant, le Programme Alimentaire Mondial (PAM) a tenu à clarifier les choses. Si l’institution reconnaît des fragilités dans la région des Savanes, elle dément toute interprétation catastrophiste et rappelle le contexte réel des chiffres avancés.

60 ans de Faure Gnassingbé

Le communiqué s’attaque frontalement à la célébration du 60e anniversaire du Président du Conseil, le 6 juin 2026. Des images montrant des membres du gouvernement et de la famille présidentielle en fête ont circulé sur les réseaux sociaux.

Le CNCC écrit : « On les a vus danser, chanter, s’empiffrer à la gloire du monarque, pendant que le peuple lutte pour s’extirper de ses difficultés existentielles. Des dirigeants sans conscience se sont amusés et ont nargué les Togolais. »

Hausse du carburant : « la seule réponse du pouvoir, frapper le pouvoir d’achat »

Le 27 mai 2026, le gouvernement a augmenté les prix des produits pétroliers à la pompe. Une décision qui, selon le CNCC, va entraîner une hausse en cascade des prix des produits de première nécessité. « Le coût de la vie déjà insoutenable sera encore moins supportable. »

L’opposition dénonce un fossé énorme entre la population sous pression et la classe dirigeante, qu’elle accuse de se vautrer dans « sa bulle de confort et d’avantages indus ».

Exemple cité : des véhicules officiels qui restent moteur allumé pendant des heures lors de réunions ou de cérémonies religieuses, pour maintenir la climatisation.

« Quelques minutes d’attente dans une voiture non climatisée sont insupportables : leurs corps sensibles ne tolèrent plus la chaleur du Togo. »

Le CNCC qualifie ces comportements de « gabegie au sommet de l’État » , qui contraste fortement avec les sacrifices demandés aux citoyens.

Les six leviers que l’État aurait dû actionner

Le communiqué reproche au gouvernement de ne pas avoir exploré d’alternatives plus équitables. Il propose six mesures qui auraient permis de limiter l’impact de la hausse du carburant :

  1. Diminuer le train de vie de l’État (réduire les dépenses de carburant dans les ministères)
  2. Mettre fin aux distributions excessives de bons de carburant aux hauts responsables
  3. Mettre en place des mesures d’accompagnement pour les familles modestes et les transporteurs
  4. Procéder à des réallocations budgétaires en réduisant les dépenses moins prioritaires
  5. Utiliser les réserves stratégiques pour amortir les fluctuations des prix
  6. Communiquer de façon claire et honnête sur la vérité des prix

« Les citoyens ne peuvent être la variable d’ajustement permanente des difficultés budgétaires. »

Le CNCC exige des autorités :

  • Un minimum d’exemplarité dans la gestion des ressources
  • L’écoute des préoccupations de la population avant toute nouvelle hausse
  • Des mesures urgentes pour endiguer le risque de famine dans les Savanes
  • L’orientation des ressources publiques vers l’amélioration des conditions de vie
  • Que l’on cesse de danser quand le peuple crie famine

Les signataires appellent également les syndicats à ne pas se transformer en « caisse de résonance pour le gouvernement » et à défendre sans relâche les intérêts des travailleurs.

À l’heure où nous écrivons, aucune déclaration officielle du gouvernement ou de la présidence n’a été publiée en réponse à ce communiqué. Les autorités restent silencieuses face aux accusations de « gabegie » et de « déconnexion ».

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