Ils ont choisi de sortir du silence. Réunis au sein de l’Association des Personnes Handicapées Diplômées et Fonctionnaires du Togo (APHDFT), des centaines de diplômés handicapés ont pris la parole, le 26 septembre 2026 à Lomé, pour saluer l’adoption du projet de loi sur le handicap, mais aussi pour lancer un cri d’alarme.
Derrière les remerciements officiels se cache une réalité douloureuse : celle de personnes qualifiées, laissées pour compte, qui survivent dans une précarité extrême et dont certains camarades ont mis fin à leurs jours.
Une association qui rassemble tous les handicaps
L’APHDFT, enregistrée en 2023, rassemble des personnes handicapées de tous horizons : non-voyants, handicapés moteurs, et autres formes de handicap. L’association regroupe deux types de membres : les personnes handicapées diplômées sans emploi et les personnes handicapées fonctionnaires.

« Notre objectif, c’est de lutter pour que les personnes handicapées, dans leur généralité, trouvent quelque chose à faire », a expliqué le président de l’association. « Nous ne sommes pas liés uniquement à ceux qui disposent d’un diplôme. Ceux qui n’en ont pas font aussi partie de l’organisation. » Cette approche inclusive témoigne de la volonté de l’APHDFT de dépasser les clivages pour porter une voix commune.
Un combat pacifique mais ignoré
Depuis plus de cinq ans, les membres de l’APHDFT vivent dans une situation de précarité extrême. Malgré leurs diplômes obtenus au prix d’immenses sacrifices, ils se heurtent à l’absence d’un cadre juridique garantissant leur protection sociale et leur droit à un emploi digne.
En juin et juillet 2026, faute de réponses concrètes à leurs multiples démarches, le désespoir les a conduits à organiser des sit-in pacifiques devant le Secrétariat Général du Gouvernement et au Carrefour GTA. « Notre seul objectif était d’attirer l’attention du Président du Conseil sur notre misérable condition », indique le communiqué.
L’APHDFT, une avancée historique saluée
Le 7 septembre 2026, le Conseil des ministres, réuni sous la présidence de Faure Essozimna Gnassingbé, a adopté le projet de loi relatif à la promotion et à la protection des personnes handicapées.
Ce texte harmonise le droit national avec la Convention relative aux droits des personnes handicapées. Il renforce l’accès à la santé, à l’éducation, à l’emploi et à la protection sociale. Il prévoit également des mesures spécifiques pour les femmes et les enfants handicapés.
« C’est une avancée historique qui consolide l’engagement du Togo pour une société plus inclusive et équitable », reconnaît l’APHDFT, qui adresse ses « sincères remerciements » au gouvernement.
Mais l’urgence ne peut pas attendre
Si l’association salue cette avancée législative, elle rappelle que le processus de vote à l’Assemblée nationale, de promulgation et de mise en application peut encore prendre plusieurs années.
Or, la situation est urgente. « Des centaines de personnes handicapées diplômées au Togo sont au chômage. La plupart d’entre nous ont commencé les études tardivement à cause de leur handicap. L’âge avance, la précarité tue. Certains de nos camarades n’ont plus les moyens de se soigner, de nourrir leur famille. Et le pire est arrivé : des cas de suicide liés au désespoir ont été signalés dans nos rangs. »
Ce constat glaçant justifie, selon l’APHDFT, une action immédiate.
La demande : un recrutement dérogatoire
L’association plaide pour l’organisation d’un recrutement dérogatoire pour les personnes handicapées diplômées sans emploi. Une solution que ses membres jugent « la plus juste et la plus immédiate ». « Il ne demande qu’une volonté politique et il nous offrirait l’égalité des chances que la Constitution nous garantit », souligne le communiqué.
L’association ne demande pas la charité, mais l’application effective du droit à l’emploi pour des personnes qualifiées, capables de contribuer au développement du pays.
Un appel direct au Président du Conseil
Dans un message adressé directement à Faure Gnassingbé, les membres de l’APHDFT rappellent leur confiance dans le chef de l’État.
« Vous avez toujours prôné une République plus inclusive où chaque Togolais a sa place. Vous venez de le prouver encore en adoptant ce projet de loi. Nous vous prions aujourd’hui d’achever cette œuvre en nous donnant la possibilité de travailler et de vivre dignement, comme tout autre citoyen de notre chère patrie. »
L’association conclut : « Vous restez notre seul et dernier espoir. »
Au-delà des considérations économiques, la situation des personnes handicapées diplômées sans emploi au Togo est un enjeu de dignité et de droits humains. Ces citoyens ont investi dans leur formation, obtenu des diplômes, et ne demandent qu’à contribuer à la société.
Le nouveau projet de loi constitue une avancée indéniable. Mais pour les personnes handicapées sans emploi, il ne suffit pas de légiférer : il faut agir. Le recrutement dérogatoire qu’elle réclame serait un signal fort, celui d’une République qui tient compte de tous ses enfants.








