Pour lutter contre la surpopulation carcérale et préparer la réinsertion, les autorités togolaises planchent sur un projet inédit : confier des travaux agricoles à des prisonniers volontaires. Une réforme ambitieuse qui soulève d’importants défis logistiques et sécuritaires.
La Direction de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion (DAPR), en collaboration avec les autorités judiciaires, étudie sérieusement la mise en place d’un programme de travail agricole à grande échelle dans les prisons civiles. Portée par le magistrat Adrissou Akibou, directeur de la DAPR, l’idée est de transformer une partie du temps de détention en une « peine à caractère correctif », rapporte Republic Of Togo.
L’objectif affiché est triple : occuper utilement les détenus, leur apprendre un métier concret pour faciliter leur réinsertion, et contribuer à la production agricole nationale, le tout en désengorgeant les prisons surpeuplées.
Le principe repose sur le volontariat et l’encadrement strict. Les détenus participants seraient affectés à des travaux agricoles sur des sites en dehors des centres urbains, principalement autour de Lomé. Cependant, les promoteurs du projet tempèrent immédiatement l’enthousiasme en listant les préalabs indispensables, coûteux et complexes :
- Une logistique lourde : Il faudra des véhicules sécurisés pour transporter quotidiennement les détenus depuis les prisons vers les champs.
- Un renforcement de la sécurité : Le déploiement en extérieur nécessitera le recrutement de nombreux agents pénitentiaires supplémentaires pour assurer la surveillance.
- Un budget considérable : L’ensemble de ces mesures implique un accroissement conséquent des crédits alloués à l’administration pénitentiaire. « La solution est bonne, mais elle n’est pas aussi simple », a reconnu Adrissou Akibou.
Si ces obstacles sont surmontés, cette réforme pourrait marquer un tournant philosophique dans la lutte contre la surpopulation carcérale au Togo. Elle ferait passer le système d’une logique purement punitive à une logique de réhabilitation et d’utilité sociale. Les détenus ne seraient plus perçus comme une simple charge, mais comme une main-d’œuvre potentielle pouvant contribuer à la sécurité alimentaire et à leur propre rédemption par l’apprentissage d’un savoir-faire valorisant.