La question a mis le feu aux commentaires. Posée par le journaliste Anani Sossou sur Facebook, elle est simple, directe, et visiblement difficile à trancher : « Quelle est la valeur ajoutée de House of Challenge pour la jeunesse africaine, pour le Togo ? Quel est l’apport matérialisé de Donné TV7 pour notre pays depuis son sacre ? » En quelques heures, des dizaines de Togolais se sont emparés du débat.
Alors que la 8e édition de cette téléréalité digitale africaine s’installe à Lomé du 21 mars au 11 avril 2026, Actu Lomé fait le point entre promesses et réalités.
House of Challenge à Lomé pour trois semaines
La capitale togolaise accueille, du 21 mars au 11 avril 2026, la huitième édition de House of Challenge (HOC) , l’émission de téléréalité panafricaine portée par Bovann Group et NBIKO TV. Le cadre retenu est le Petit Brussel à Lomé, pour trois semaines d’immersion intense autour des valeurs de jeunesse, de leadership et d’entrepreneuriat.
Cette édition, baptisée « spéciale startup » , a été officiellement lancée ce samedi 21 mars 2026. L’un des temps forts sera le financement d’une startup africaine à hauteur de 10 millions de francs CFA.
Pourquoi Lomé accueille-t-elle cette édition ?
Si la huitième édition se tient au Togo, ce n’est pas le fruit du hasard. Selon Jojo le Comédien, coorganisateur de l’événement :
« House of Challenge s’installe dans le pays du candidat qui a gagné l’édition précédente. La dernière édition, c’est le Togo qui a gagné. Ce qui fait qu’actuellement, nous sommes au Togo. Donc, si pour cette édition, par exemple, la Côte d’Ivoire gagne, on ira en Côte d’Ivoire pour la prochaine édition. »
C’est donc la victoire du Togolais Donné TV7 lors de l’édition précédente qui a valu au pays d’accueillir cet événement panafricain.

« Entre le concept affiché et l’impact mesuré » : le camp des sceptiques
C’est là que le bât blesse pour beaucoup de Togolais. Si le concept valorise sur le papier l’entrepreneuriat et la solidarité africaine, plusieurs internautes peinent à identifier des résultats tangibles depuis le sacre de Donné TV7.
« Quelle startup a été financée ? Quel projet communautaire togolais a vu le jour grâce à cette victoire ? » , résument en substance plusieurs commentateurs.
Un internaute va plus loin dans l’analyse :
« C’est presque le même impact que Miss Togo : pratiquement rien de concret. Juste une illusion de réussite rapide. On ne peut pas vraiment parler d’impact structurel sur l’économie, l’éducation ou l’innovation. »
D’autres pointent une contradiction fondamentale : si le format prétend former et financer des entrepreneurs africains, pourquoi les retombées restent-elles aussi peu visibles dans les pays d’où sont issus les lauréats ?
Ce que House of Challenge apporte concrètement au Togo
À l’opposé, plusieurs voix refusent de jeter le bébé avec l’eau du bain. Et les chiffres de cette 8e édition apportent des éléments de réponse tangibles.
Selon Bovann, le promoteur de l’émission :
« La plus-value pour le Togo, c’est qu’on peut s’installer ici, travailler, former des jeunes dans le domaine du numérique, employer des jeunes Togolais. Loin du fait que Donné TV avait gagné 14 millions l’an passé, nous-mêmes, après avoir versé cette somme, on est venu dans le pays pour créer une société, on paie les impôts, on emploie des jeunes Togolais et pas des moindres. C’est ça le gain. »
Un concept qui mise sur l’éducation et le civisme
House of Challenge se distingue des formats classiques de divertissement par sa dimension éducative et citoyenne. Civisme, patriotisme, cohésion sociale et sens des responsabilités constituent le socle de l’expérience proposée aux participants, qui évoluent pendant trois semaines dans un environnement structuré combinant défis, apprentissages et performances artistiques.
« La jeunesse africaine aujourd’hui doit pouvoir nous faire confiance. Si on dit 8e édition, ça veut dire qu’on a traversé la première, la deuxième, la troisième, ainsi de suite, sans faille. L’objectif jusqu’à cette 8e édition va rester toujours de motiver la jeunesse à travailler, à se battre, à rêver. Le divertissement fait partie de la vie au quotidien, mais il faut joindre l’utile à l’agréable. C’est pour ça qu’il y a House of Challenge » , a expliqué Kuekam Tenan Vaneck Borel, alias Bovann.
« C’est beau au Togo » : un volet tourisme et culture
Cette édition de House of Challenge à Lomé réserve également un volet tourisme et culture. Le point culminant de la compétition sera une visite des sites touristiques togolais à travers le concept « C’est beau au Togo » , qui mobilise du 21 au 26 mars des créateurs de contenus nationaux et internationaux pour promouvoir les richesses patrimoniales, naturelles et humaines du pays.
L’objectif selon les promoteurs est de :
- Stimuler l’attractivité touristique du Togo
- Renforcer son image de pays de paix et d’opportunités
Les participants et les lots de cette édition
Douze créateurs de contenus participent à cette édition, représentant douze pays africains :
| Participant | Pays |
|---|---|
| Ariana | Haïti |
| Havila | Côte d’Ivoire |
| Annicha | RDC |
| MK Michelle | Cameroun |
| NONA | Guinée |
| Naïssa | Mali |
| Régieboyzzer | Bénin |
| Kodda | Mauritanie |
| M’KIDO | Nigeria |
| Moupita | Gabon |
| Wanousky | Niger |
| Brashad CEO | Togo |
Les lots à gagner :
- 1er prix : 15 millions FCFA (dont 10 millions pour une startup choisie au hasard) + une voiture neuve + un voyage en Chine
- 2e prix : 3 millions FCFA
- 3e prix : 2 millions FCFA
La grande finale est fixée au 11 avril 2026.
Le vrai débat : qui est responsable de la jeunesse togolaise ?
Ce qui frappe dans ce fil, c’est moins le jugement sur House of Challenge lui-même que la frustration de fond qu’il révèle. Plusieurs commentateurs retournent la question vers les pouvoirs publics : ce n’est pas à une téléréalité, même bien intentionnée, de suppléer à l’absence de politique structurelle pour la jeunesse.
« Une jeunesse se construit avec des projets industriels, des incubateurs, des formations solides, des financements pour les entrepreneurs, des infrastructures et des politiques publiques cohérentes » , résume un internaute.
Ce que ce débat dit du Togo aujourd’hui
La viralité de cette discussion dépasse House of Challenge. Elle touche à une question plus profonde : dans un pays où la jeunesse représente la majorité de la population, quelles ambitions collectives lui propose-t-on ?
House of Challenge a le mérite d’exister, d’être africain, de mettre des jeunes du continent en compétition sur des enjeux qui dépassent la danse ou le divertissement pur. Avec cette 8e édition à Lomé, le Togo bénéficie d’une visibilité internationale, d’emplois temporaires, de retombées touristiques et de l’installation d’une société sur son sol.
Mais entre le concept affiché et l’impact mesuré au sol, le fossé reste à combler et c’est peut-être le vrai défi que Bovann, les lauréats, et les États africains ont encore devant eux.
House of Challenge ne construira pas seul l’Afrique de demain. Mais peut-être que la vraie valeur ajoutée de ce débat, c’est d’avoir posé la question à voix haute et d’obliger tout le monde, pouvoirs publics compris, à y répondre.












