Ce soir, les yeux du monde entier sont tournés vers la demi-finale de la Coupe du monde, France – Espagne. Au Togo, comme dans toute l’Afrique, les supporters sont divisés.
Entre la fierté de voir un compatriote briller sous le maillot bleu et les réminiscences d’un passé colonial complexe, les Togolais vibrent au rythme d’un match qui dépasse largement le cadre sportif.
Bradley Barcola, la fierté togolaise qui fait pencher la balance
Pour de nombreux Togolais, le choix est évident. Bradley Barcola, l’ailier togolais de 23 ans, est l’une des révélations de cette Coupe du monde. Né à Lyon d’un père togolais, il a choisi de représenter les Bleus, mais n’oublie jamais ses racines. Chaque dribble, chaque accélération, chaque geste technique est scruté avec passion par des milliers de Togolais qui voient en lui l’un des leurs.

« Je regarde tous les matches de la France. Et je supporte la France. Parce que je regarde Bradley Barcola, il est Togolais. Je suis ses performances, il représente le Togo dans cette équipe », confie Komi, 28 ans, supporter basé à Lomé.
Un sentiment partagé par Koffi, étudiant à l’Université de Lomé : « Bradley, c’est notre fierté. Même s’il joue pour la France, il a du sang togolais. Chaque fois qu’il touche le ballon, je suis fier. Ce soir, je serai derrière lui, derrière la France. »
L’héritage colonial, un poids dans le choix des supporters
Mais tous les Togolais ne penchent pas du même côté dans ce choc. Pour certains, le passé colonial entre le Togo et la France est un facteur déterminant. L’histoire commune, marquée par la domination française, laisse des traces dans les mémoires. Soutenir l’Espagne, c’est pour eux une manière de marquer une distance, de choisir un camp dénué de ce poids historique.
« Le Togo a été colonisé par la France. Pour moi, soutenir la France, c’est compliqué. Je serai pour l’Espagne. Leur jeu est beau, ils ont des joueurs techniques, il n’y a pas cette histoire entre nous et il y a Lamine Yamal », explique Ayawo.
Un sentiment que partage Nathalie : « Je n’ai rien contre les joueurs français, mais je ne peux pas oublier l’histoire. Ce soir, je serai derrière l’Espagne pour cette raison, mais aussi parce que j’aime leur style de jeu. »
Cette demi-finale oppose deux géants du football mondial. Mais à Lomé, comme dans toute l’Afrique de l’Ouest, elle cristallise aussi des enjeux identitaires profonds. La présence de Barcola dans l’équipe de France agit comme un aimant, attirant les regards et les cœurs vers les Bleus. Mais l’Espagne, avec son jeu de possession, séduit aussi une partie des supporters togolais.
Dans les bars de la capitale, les maillots bleus et rouges vont se côtoyer. Les discussions vont s’enflammer. Mais une chose est sûre : la passion du football, elle, est universelle.
Et si le Togo ne participe pas à cette Coupe du monde, il est bien présent, par l’intermédiaire d’un de ses fils, et par le cœur de ses supporters qui vivent ce match comme une finale.








