La visite officielle de Faure Gnassingbé en Chine s’achève sur une déclaration conjointe qui pourrait ouvrir de nouvelles perspectives pour le Togo. Le 15 octobre 2026, à Pékin, le Président du Conseil togolais s’est entretenu avec le Premier ministre chinois Li Qiang. À l’issue des échanges, les deux pays ont publié un document qui détaille les grandes orientations de leur coopération pour les prochaines années.
Commerce, agriculture, sécurité, intelligence artificielle, santé et investissements : plusieurs secteurs sont concernés. Mais que contient concrètement cet accord et quelles opportunités pourrait-il représenter pour le Togo ?
Faure Gnassingbé et Pékin franchissent une nouvelle étape diplomatique
Du 9 au 16 octobre 2026, Faure Gnassingbé a effectué une visite officielle en Chine à l’invitation du Premier ministre Li Qiang. Durant son séjour, il a également rencontré le président chinois Xi Jinping ainsi que Zhao Leji, président du Comité permanent de l’Assemblée populaire nationale. Ces rencontres ont abouti à une décision majeure : porter les relations entre le Togo et la Chine au niveau d’une « communauté d’avenir partagé Chine-Togo à l’ère nouvelle ».

Derrière cette formule diplomatique se trouve une ambition affichée par les deux gouvernements. Ils souhaitent approfondir leur coopération et rapprocher leurs stratégies de développement. La déclaration conjointe s’articule autour de cinq grands axes. Elle aborde notamment le développement économique, la sécurité, les échanges culturels et la gouvernance mondiale.
Les deux parties affirment également vouloir transformer cette nouvelle étape en résultats concrets et mutuellement bénéfiques.
Le Président Conseil, SEM @FEGnassingbe a eu des entretiens avec le Premier Ministre chinois, SEM Li Qiang, ce 15 octobre 2026 à Pékin.
— Présidence du Conseil du Togo (@presidencecstg) October 15, 2026
A l’issue de cette rencontre, une déclaration conjointe a été rendue
publique.
Ci-dessous l’intégralité de cette déclaration. ⬇️⬇️⬇️ pic.twitter.com/5TuAstBwFb
Commerce : la Chine veut voir davantage de produits togolais sur son marché
C’est l’un des volets les plus importants de cette déclaration. Les deux pays veulent renforcer leurs échanges commerciaux et faciliter les investissements. La Chine indique notamment vouloir encourager le Togo à augmenter ses exportations vers son marché. Pour y parvenir, plusieurs pistes sont évoquées, dont l’utilisation des dispositifs facilitant l’accès des produits africains au marché chinois.
Un point mérite particulièrement l’attention des acteurs agricoles togolais : la signature d’un protocole sur les exigences de quarantaine végétale permettant l’accès du soja togolais au marché chinois. Cette avancée établit un cadre sanitaire pour l’exportation de ce produit. Elle pourrait ouvrir des perspectives aux producteurs, aux coopératives et aux entreprises capables de répondre aux exigences du marché chinois.
Toutefois, la signature du protocole ne signifie pas automatiquement une hausse immédiate des ventes. Les résultats dépendront notamment des capacités de production, de la qualité des produits, de la logistique et de l’accès effectif aux acheteurs.
Les deux gouvernements souhaitent également renforcer leur coopération douanière. Un mémorandum d’entente relatif au projet d’Opérateur économique agréé a été signé à cette fin.
Autre mesure évoquée : la politique chinoise de droits de douane nuls pour les pays africains entretenant des relations diplomatiques avec Pékin. Le Togo entend tirer parti de cette possibilité pour développer ses exportations.
Le port de Lomé au cœur des ambitions économiques
Le partenariat ne concerne pas uniquement les produits agricoles. Les infrastructures portuaires, les aéroports et la logistique figurent également parmi les domaines de coopération envisagés.
La Chine souhaite accompagner les efforts du Togo pour faire de Lomé une porte d’entrée commerciale importante en Afrique de l’Ouest. Cette ambition rejoint la vocation régionale du port de Lomé et les possibilités offertes par la Zone de libre-échange continentale africaine, la ZLECAf.
Les deux pays entendent aussi attirer davantage d’entreprises chinoises au Togo. Ils veulent notamment privilégier les investissements capables de soutenir la transformation locale, le développement des chaînes de valeur, le transfert de technologies et la création d’emplois.
Le document mentionne également la possibilité d’accueillir des institutions financières chinoises au Togo.
Pour l’économie togolaise, l’enjeu sera donc de convertir ces orientations en projets précis : nouvelles unités de transformation, investissements productifs, emplois et débouchés commerciaux.
Agriculture, santé et emploi : plusieurs secteurs concernés
La coopération sino-togolaise doit également se poursuivre dans des domaines directement liés au développement économique et social.
Dans l’agriculture, les deux pays souhaitent renforcer leurs échanges et soutenir la modernisation du secteur. La déclaration reconnaît les appuis déjà apportés par la Chine au Togo et prévoit de poursuivre la coopération.
La santé fait également partie des priorités. Pékin s’engage à continuer d’accompagner le Togo à travers l’envoi périodique d’équipes médicales et le renforcement des relations entre les hôpitaux chinois et togolais.
Le document évoque par ailleurs la lutte contre le changement climatique, la désertification et le recours à la télédétection par satellite.
Sur le terrain, l’impact de ces engagements dépendra de leur mise en œuvre, des moyens mobilisés et des besoins auxquels les projets répondront effectivement.
Sécurité : Lomé et Pékin renforcent leur cadre de coopération
La déclaration conjointe ne se limite pas à l’économie. Elle prévoit aussi un approfondissement des échanges en matière de paix et de sécurité.
Les deux pays se félicitent de la signature d’un mémorandum d’entente sur la coopération dans le cadre de l’Initiative pour la sécurité mondiale portée par le président chinois Xi Jinping.
Ils souhaitent développer les échanges entre leurs forces armées et leurs services de police. La formation, les équipements, les technologies et les exercices conjoints sont cités parmi les domaines concernés.
Les deux gouvernements prévoient également de renforcer la protection des ressortissants, des établissements et des projets de chaque pays sur le territoire de l’autre.
Cette coopération intervient alors que les questions de sécurité occupent une place importante dans les préoccupations de plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest.
La déclaration définit un cadre de collaboration. Elle ne précise toutefois pas, dans les éléments publiés, le calendrier détaillé des activités ni les moyens financiers qui leur seront consacrés.
Intelligence artificielle : le Togo veut accélérer ses ambitions numériques
C’est l’un des volets qui retient particulièrement l’attention dans cette nouvelle phase du partenariat.
Le Togo et la Chine souhaitent approfondir leur coopération dans le domaine de l’intelligence artificielle. Pékin soutient l’ambition togolaise de devenir un pays africain de premier plan dans l’adoption de cette technologie pour les services publics, l’éducation, la santé et le développement économique.
La déclaration encourage également les entreprises chinoises à contribuer à cette dynamique par le transfert de technologies, la formation, les investissements et le financement.
Pour le Togo, cette orientation pourrait ouvrir des pistes dans la modernisation des administrations, la numérisation des services et le développement des compétences locales.
Mais plusieurs questions restent essentielles : quelles technologies seront déployées ? Quels investissements seront mobilisés ? Et comment les compétences togolaises pourront-elles bénéficier de ces initiatives ?
Le document fixe une ambition. Les futurs projets permettront de mesurer les avancées réelles.
Les deux pays abordent également la coopération numérique sous l’angle de la souveraineté des États. Ils défendent le droit de chaque pays à définir sa propre trajectoire de développement dans les domaines de l’intelligence artificielle et des technologies numériques.
Bourses, formation et échanges culturels au programme
Les jeunes Togolais pourraient également bénéficier de la poursuite des échanges entre les deux pays.
La Chine prévoit de continuer à proposer des bourses d’études gouvernementales et des places de formation aux étudiants et professionnels togolais.
L’Institut Confucius de l’Université de Lomé est cité comme une plateforme importante pour développer les échanges éducatifs et culturels.
Les deux pays souhaitent aussi renforcer leur coopération dans la presse écrite et audiovisuelle.
Ces initiatives s’inscrivent dans une volonté plus large de rapprocher les populations et de favoriser le partage d’expériences entre les deux sociétés.
Quel bilan attendre de cette visite de Faure Gnassingbé en Chine ?
Au terme de sa visite, le Président du Conseil repart avec un cadre de coopération élargi et plusieurs engagements annoncés par les deux gouvernements.
Les priorités sont identifiables : développer les exportations togolaises vers la Chine, attirer des investissements, soutenir l’agriculture, renforcer la coopération sanitaire, approfondir les échanges sécuritaires et accélérer les ambitions numériques du Togo.
La déclaration prévoit également une coopération accrue sur les questions internationales, notamment la réforme de la gouvernance mondiale, le multilatéralisme et la représentation des pays en développement.
Un point reste cependant déterminant : la concrétisation des engagements. La signature de protocoles et de mémorandums ouvre des possibilités, mais ne garantit pas, à elle seule, des résultats économiques ou sociaux immédiats. Les prochaines étapes seront donc importantes pour connaître les projets effectivement lancés, les financements mobilisés et les bénéfices obtenus.
Pour le Togo, l’enjeu est désormais de transformer cette nouvelle étape diplomatique avec Pékin en opportunités mesurables pour les entreprises, les producteurs agricoles, les jeunes et l’économie nationale.








