Edem Adjamagbo est l’un de ces entrepreneurs togolais qui réinventent l’économie numérique du pays. À la tête de Semoa Group, première fintech agréée BCEAO au Togo, il a développé des solutions comme le WhatsApp Banking qui bancarise aujourd’hui plus de 300 000 Togolais. Portrait d’un enfant de Kodjoviakopé devenu acteur majeur de la transformation digitale de l’Afrique.
Un voyage en Ukraine à l’origine de tout
Grandir à Kodjoviakopé, un quartier populaire au cœur de Lomé, n’a pas freiné Adjamagbo. Bien au contraire. Ce fils de la capitale togolaise, né d’un père togolais et d’une mère ukrainienne, a saisi l’opportunité d’aller étudier en France, où il est ressorti ingénieur en business intelligence, diplômé de Polytech Nantes avec les honneurs. Aujourd’hui, il est à la tête de Semoa Group, la fintech togolaise qui révolutionne les paiements en Afrique de l’Ouest et qui vient de décrocher la reconnaissance la plus haute du secteur bancaire régional.
L’idée de lancer une fintech lui est venue lors d’un voyage en Ukraine, pays de sa mère. Il y a découvert que l’achat de crédit de communication s’y faisait depuis une borne automatique et non, comme au Togo, en grattant des recharges téléphoniques en papier. Ce détail, anodin pour beaucoup, déclenche chez lui une évidence : si l’Ukraine peut le faire, pourquoi pas le Togo ?
« De retour en France, j’ai développé le site Semoa-Togo qui permet d’acheter et d’envoyer du crédit en ligne sans se déplacer. Au bout de quelques jours, les premiers clients arrivaient, principalement des membres de la diaspora qui pouvaient enfin envoyer du crédit à leurs proches restés au pays. »
De la recharge téléphonique aux bornes de paiement made in Togo
Ce premier succès rapide révèle quelque chose de plus grand. Semoa Group conçoit et développe des systèmes de paiement innovants adaptés au contexte socioéconomique africain. La startup propose notamment les bornes Semoa Kiosque, à travers lesquelles les usagers peuvent régler leurs factures d’eau et d’électricité sans faire la queue pendant des heures. Semoa Kiosk est aujourd’hui la première borne de paiement fabriquée intégralement en Afrique de l’Ouest, un titre de fierté nationale.
Les solutions développées par la société sont déjà adoptées par plusieurs grandes entreprises présentes au Togo : Gozem, Ecobank, BMCE Capital, Moov Africa, Cofina ou encore RMO Job Center. Une liste qui illustre la confiance que le marché régional a accordée à cette fintech née à Lomé.
300 000 Togolais bancarisés via WhatsApp
Le produit phare de Semoa aujourd’hui, c’est le WhatsApp Banking. Grâce à cette solution développée en partenariat avec Ecobank Togo, près de 300 000 personnes au Togo peuvent consulter leur solde ou effectuer des virements directement depuis leur application WhatsApp. Pas besoin d’agence, pas besoin de carte bancaire. Juste un téléphone et une connexion.
Cette innovation illustre parfaitement la philosophie d’Edem Adjamagbo : répondre aux réalités africaines avec des outils africains. Plutôt que de copier des modèles occidentaux inadaptés, Semoa part de ce que les Togolais utilisent déjà, le mobile, pour y greffer des services financiers robustes.
L’agrément BCEAO : la consécration historique
En 2026, Semoa franchit un cap que peu de startups africaines ont atteint. Après dix ans de travail acharné, la startup reçoit l’agrément d’établissement de paiement délivré par la BCEAO, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest. Semoa SA devient ainsi la première fintech full services agréée au Togo, et l’une des rares de toute la sous-région à opérer avec ce niveau de reconnaissance institutionnelle.
Cet agrément n’est pas qu’un symbole. Il ouvre à Semoa la possibilité d’étendre ses activités à l’ensemble de l’espace UEMOA, soit huit pays et des dizaines de millions de clients potentiels.
Primé à Lomé devant ses pairs
En novembre 2025, lors du Forum Royaume-Uni, Afrique francophone de l’Ouest et du Centre, organisé à l’Hôtel 2 Février de Lomé, Edem Adjamagbo reçoit le prix Young Entrepreneur / Ambassador of the Year. Une distinction internationale, décernée dans sa propre ville, devant la communauté d’affaires togolaise. Une reconnaissance qui boucle une boucle pour cet entrepreneur qui n’a jamais voulu quitter son pays.
« Nous voulons démontrer qu’au Togo, il est possible de créer une entreprise technologique viable, rentable et durable. »
Aujourd’hui, Edem Adjamagbo est également vice-président de TogoTech, le collectif qui regroupe les principales startups togolaises et porte leur voix auprès des pouvoirs publics. Un entrepreneur qui construit, mais qui structure aussi l’écosystème pour que d’autres puissent suivre.
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