« Ils m’ont volé mes rêves » : déportée des USA, une Togolaise accuse le Ghana de l’avoir renvoyée

« Ils m'ont volé mes rêves » : déportée des USA, une Togolaise accuse le Ghana de l'avoir renvoyée
Homme Allié

C’est une histoire qui mêle l’Amérique, le Ghana et le Togo. Une jeune Togolaise de 28 ans, qui avait fui son pays pour échapper aux mutilations génitales féminines (MGF), a été déportée des USA dans des conditions controversées. Alors qu’un juge américain lui avait accordé une protection contre l’expulsion vers le Togo, elle a finalement été renvoyée par avion au Ghana, avant d’être forcée de traverser la frontière à pied à Aflao. Le Washington Post a enquêté. Et ses révélations font froid dans le dos.

Selon le Washington Post, au moins 34 Africains de l’Ouest ont été expulsés vers le Ghana depuis septembre 2025 dans le cadre d’un accord entre Washington et Accra.

« J’ai quitté mon pays pour sauver ma vie »

La jeune femme avait obtenu une protection contre l’expulsion vers le Togo de la part d’un juge américain de l’immigration. Elle craignait d’y subir des mutilations génitales féminines, une pratique à laquelle elle avait échappé en 2024. Sa cousine, selon elle, en est décédée plus tôt dans l’année.

« Toute la famille a caché la cause de son décès, à l’exception de ma mère et de son frère, qui m’ont dit la vérité. La peur a de nouveau envahi mon quotidien, sachant que j’étais vouée à être la prochaine à subir l’incision du couteau tranchant de la circonciseuse », a-t-elle déclaré dans sa demande d’asile.

Malgré cette protection judiciaire, elle a été transférée de l’Arizona en Louisiane, puis embarquée dans un avion-cargo militaire américain en direction du Ghana.

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Le cauchemar à Accra puis à la frontière d’Aflao

Une fois au Ghana, elle a passé près de deux semaines en détention dans des conditions difficiles : accès limité à l’eau courante, aux soins médicaux, à la literie et aux produits d’hygiène. Puis des gardes armés l’ont transportée, elle et six autres migrants, jusqu’à la frontière d’Aflao. Là, on leur a ordonné de traverser à pied pour rejoindre le Togo.

Sur les six personnes envoyées au Togo, seules deux sont originaires du pays, a précisé la jeune femme. Ils ont reçu moins de 150 dollars chacun. Ils ont marché pendant des kilomètres avant de monter dans un taxi à destination de Lomé.

« Ils m’ont volé mes rêves »

La jeune femme s’est ensuite cachée au Togo, terrifiée à l’idée d’être victime des mutilations qu’elle avait fui.

« J’ai quitté mon pays pour les États-Unis afin de sauver ma vie. J’avais une chance… mais tous ces imbéciles m’ont volé mes rêves. Je sais que Dieu est avec moi, mais je suis fatiguée. Je suis un être humain. Je dois vivre, comme tout le monde », a-t-elle déclaré dans une interview émouvante au Washington Post.

Un accord controversé entre les USA et le Ghana

Au moins 11 des 14 migrants à bord de ce vol bénéficiaient d’une protection judiciaire contre l’expulsion vers leur pays d’origine. Des actions en justice ont été intentées aux États-Unis et au Ghana.

Le président ghanéen John Dramani Mahama a défendu l’accord : « Les États-Unis nous ont demandé d’accueillir des ressortissants de pays tiers qui étaient expulsés des États-Unis, et nous avons convenu avec eux que les ressortissants d’Afrique de l’Ouest étaient acceptables. »

En attendant, une jeune Togolaise qui rêvait de sécurité vit désormais cachée dans son propre pays, celui-là même qu’elle avait fui pour sauver sa peau.

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