L’ARCOP a mis au jour un système de fraude bien huilé. Une entreprise, attributaire d’un marché de près de 600 millions FCFA du ministère de l’Agriculture, a été démasquée pour avoir inventé un partenaire inexistant et organisé une collusion entre époux pour fausser la concurrence. Une affaire qui sent le montage à tous les étages.
Tout commence le 20 mai 2025. Le ministère de l’Agriculture, de la Pêche, des Ressources animales et de la Souveraineté alimentaire lance un appel d’offres international pour la réalisation de 51 forages. Destinés à l’ITRA et aux corridors du projet PRIMA-TOGO, ces travaux sont stratégiques pour le développement agricole du pays.
Le 22 décembre 2025, les résultats tombent dans les colonnes de Togo-Presse. L’entreprise remporte le lot n°2 pour un montant de 598 274 650 F CFA TTC. Près de 600 millions. Une victoire qui semblait acquise. Mais l’ARCOP veille.
Dans les marchés publics, la référence est une arme fatale. Une entreprise qui a déjà réalisé des travaux similaires est toujours mieux notée. Cette société l’a bien compris. Pour crédibiliser son offre, elle a produit des documents attestant d’une collaboration passée avec une société basée au Bénin, pour la réalisation de 98 postes d’eau.
Sauf que l’ARCOP ne se contente pas des papiers. L’Autorité de Régulation des Marchés Publics contacte ses homologues béninois. La réponse est cinglante : l’entreprise béninoise citée n’existe pas. Aucune immatriculation, aucun siège, aucune activité. Le partenaire est un pur montage, les références sont des faux. Le mensonge est avéré, la fraude caractérisée.
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Mais l’enquête ne s’arrête pas là. En épluchant les statuts et les liens entre les soumissionnaires, l’autorité découvre un véritable imbroglio familial. L’entreprise attributaire a une directrice, son époux est associé, mais ce même époux est également le patron d’une autre entreprise qui a, elle aussi, postulé… au même marché.

En clair, le couple a présenté deux offres concurrentes via deux structures distinctes, avec les mêmes intérêts au bout. Une configuration qui permettait d’échanger des informations confidentielles, de sonder les prix et de s’adapter en temps réel pour maximiser les chances de l’une ou l’autre. Dans le langage des marchés publics, cela s’appelle un conflit d’intérêts caractérisé et une entente illicite.
L’ARCOP a tranché. Le dossier a été transmis au Comité de règlement des différends pour l’engagement de poursuites disciplinaires. L’attribution du marché est remise en cause. Les entreprises concernées et leurs responsables devront répondre de :
- Faux et usage de faux (société fantôme, références inventées).
- Tentative de fraude à l’attribution d’un marché public.
- Conflit d’intérêts et collusion entre soumissionnaires.
Au-delà des sanctions, cette affaire pose une question gênante : comment une entreprise a-t-elle pu passer autant de filtres avec des documents falsifiés et un montage aussi grossier ? Si l’institution a joué son rôle, le fait que l’attribution ait été officiellement publiée avant le démantèlement du stratagème révèle les limites des contrôles en amont.










