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Depuis plusieurs jours, une tendance venue d’Occident intrigue. Au Royaume-Uni, au Japon, en Allemagne ou encore en France, les gouvernements demandent à leurs citoyens de se préparer à une crise majeure. Ils les invitent à constituer des kits de survie de 72h au moins, avec de l’eau, des aliments non périssables, des lampes torches et des batteries. L’objectif : pouvoir tenir au moins 3 jours en autonomie totale, le temps que les secours s’organisent.
Au Togo, cette actualité a de quoi laisser perplexe. L’artiste Talakaka a récemment interpellé les médias sur ce décalage : « On voit les alertes se multiplier partout dans le monde, mais ici, c’est le silence total. »
Pour comprendre l’attitude des gouvernements occidentaux, il faut identifier les risques qu’ils redoutent. Ils ne parlent pas d’une catastrophe imminente, mais d’une accumulation de menaces systémiques.
D’abord, les cyberattaques de grande ampleur. Une attaque coordonnée contre les réseaux électriques ou les banques pourrait paralyser un pays en quelques heures. Ensuite, les pannes de communication géantes (blackouts), qui coupent Internet, téléphonie et paiements électroniques. Enfin, les crises climatiques extrêmes : tempêtes, inondations historiques ou ruptures des chaînes d’approvisionnement.
À cela s’ajoutent des tensions géopolitiques. Aux États-Unis, le Pentagone prépare ses bases à fonctionner 90 jours sans aide extérieure (programme FORTRESS). La guerre en Ukraine a également poussé l’Europe à intégrer le scénario d’un conflit majeur dans ses politiques de protection civile.
Par ailleurs, cette campagne de sensibilisation s’inscrit dans le prolongement des actions de la journée nationale de la résilience », organisée chaque année le 13 octobre. Proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies, elle vise à promouvoir une culture mondiale de prévention, d’atténuation et de préparation face aux catastrophes naturelles et technologiques.
Le contraste est frappant. Si l’Europe et l’Asie multiplient les campagnes de résilience, l’Afrique semble absente de ce mouvement. Plusieurs facteurs expliquent ce décalage.
1. Des priorités différentes
En Afrique de l’Ouest, les urgences quotidiennes sont autres : sécurité alimentaire, accès à l’eau potable, lutte contre le terrorisme, instabilité économique. La notion de « kit de survie » face à une cyberattaque peut sembler lointaine, voire un luxe, face à des défis plus immédiats.
2. Le manque de moyens
Préparer une population à l’autonomie nécessite des campagnes d’information massives, des infrastructures de secours et une coordination étatique solide. Beaucoup de pays africains n’ont pas les ressources pour mener de telles politiques.
3. La culture de la débrouille
En Afrique, la résilience est souvent déjà ancrée dans les mentalités. Les populations savent s’adapter aux coupures d’électricité, aux pénuries d’eau ou aux perturbations logistiques. Mais cette débrouille individuelle ne remplace pas une politique publique de préparation.
Le Togo n’est pas épargné par les catastrophes. Les inondations récurrentes dans le Grand Lomé, les risques sanitaires (Ebola, Covid-19) ou les cyberattaques contre les infrastructures critiques sont des menaces réelles. Pourtant, aucune campagne nationale n’a été lancée pour inciter les ménages à stocker de l’eau ou des vivres.
Pourtant, des initiatives existent. La Journée internationale pour la réduction des risques de catastrophe, célébrée chaque 13 octobre sous l’égide de l’ONU, vise justement à promouvoir une culture de la prévention. Mais dans les faits cette année, cette journée semble avoir été inaperçue au Togo.
L’interpellation de Talakaka est pertinente. Elle révèle un besoin d’information et de préparation. Les autorités togolaises pourraient s’inspirer des campagnes étrangères tout en les adaptant aux risques locaux. Former les populations à réagir face aux inondations, aux cyberattaques ou aux épidémies serait un pas en avant.
Il ne s’agit pas de céder à la psychose. Les gouvernements qui recommandent ces kits ne prévoient pas une fin du monde imminente. Ils cherchent simplement à responsabiliser les citoyens face à des crises potentielles.
Pour l’Afrique, la question est de savoir comment adapter ces recommandations à la réalité locale. Un kit de survie aux États-Unis coûte cher et nécessite de l’espace. Au Togo, il pourrait prendre une autre forme : une réserve d’eau potable, des denrées non périssables, une radio à piles et des copies de documents importants.
En attendant, chaque famille peut prendre les devants. Sans tomber dans la paranoïa, constituer une petite réserve d’urgence chez soi est un réflexe simple qui peut s’avérer vital le jour où les services essentiels sont perturbés. Comme le dit l’adage, mieux vaut prévenir que guérir.