Le Togo s’invite au cœur des grandes discussions mondiales sur l’énergie nucléaire. Faure Gnassingbé, Président du Conseil de la République togolaise, est l’invité d’honneur du World Nuclear Symposium qui se tient du 9 au 11 septembre 2026 à Londres.
Devant les plus grands acteurs mondiaux de l’industrie atomique, le chef de l’État togolais a plaidé pour un financement massif du nucléaire civil en Afrique et annoncé que le Togo accueillera en juin 2027 le Nuclear Energy Innovation Summit for Africa à Lomé.
Le Togo, porte-voix de l’Afrique nucléaire
C’est une première historique. Jamais un chef d’État togolais ne s’était adressé au World Nuclear Symposium, l’un des rendez-vous les plus prestigieux de l’industrie atomique mondiale. Organisé par la World Nuclear Association, l’événement réunit à Londres les décideurs, industriels, financiers et régulateurs du secteur.

Dans une tribune publiée à cette occasion, Faure Gnassingbé a livré une vision claire : « La question n’est plus vraiment de savoir si le nucléaire revient. La question est : qui participera à son retour ? » Et pour l’Afrique, une seconde question s’impose immédiatement : participera-t-elle comme fournisseur de minerais, comme acheteur de technologies conçues ailleurs, ou comme véritable acteur de la nouvelle économie nucléaire ?
Le Président du Conseil togolais a martelé un message : l’Afrique ne veut plus seulement exporter l’atome et importer l’électron. Elle doit pouvoir former ses ingénieurs, développer ses régulateurs, accueillir des industries, mobiliser du capital et, lorsque les choix nationaux le permettent, produire elle-même de l’électricité nucléaire.
Faure Gnassingbé plaide pour le financement du nucléaire africain
Au cœur de l’intervention de le président du Conseil figure un constat sans appel : « Notre principal obstacle n’est plus seulement technologique. L’Afrique n’a plus un problème d’ambition nucléaire. Elle a un problème de capital. »
Les technologies existent. Les besoins électriques explosent. Plusieurs États africains préparent leurs programmes. Mais trop de projets restent prisonniers d’un coût du capital prohibitif, d’un risque perçu trop élevé et de mécanismes financiers conçus pour des économies très différentes des économies africaines.
Le président togolais a salué le changement récent de doctrine de la Banque mondiale, qu’il considère comme une « fenêtre historique » qu’il faut désormais élargir. Il a appelé banques multilatérales, fonds souverains, capital privé, États, constructeurs et grands consommateurs industriels à entrer beaucoup plus tôt dans la conception des projets.
« Un projet nucléaire ne devient pas réel lorsque son design est présenté. Il devient réel lorsqu’il devient finançable », a-t-il affirmé, insistant sur la nécessité pour l’Afrique de rendre ses projets finançables avant de demander qu’ils soient financés.
La méthode togolaise : commencer par la crédibilité
Le chef de l’État togolais a également détaillé la stratégie de son pays dans le domaine nucléaire. « Nous ne commençons pas par le béton. Nous commençons par la crédibilité », a-t-il résumé.
Membre de l’AIEA depuis 2012 et élu à son Conseil des gouverneurs pour la période 2025-2027, le Togo a créé en janvier 2025 son Commissariat à l’énergie atomique. Le pays renforce parallèlement sa législation, son dispositif de sûreté et de préparation aux urgences radiologiques.
En février 2026, le Togo a signé avec l’AIEA un nouveau cadre de programmation pour 2026-2031 couvrant la santé, l’agriculture, la sécurité alimentaire, les sciences nucléaires et les questions énergétiques.
« Le premier actif nucléaire d’un pays n’est pas un réacteur. C’est la confiance. Confiance dans ses institutions, dans son droit, dans son régulateur, dans ses compétences », a souligné Faure Gnassingbé.
Lomé 2027 : un sommet pour passer de l’ambition à l’exécution
L’annonce la plus marquante de cette intervention est sans doute l’organisation, par le Togo, du Nuclear Energy Innovation Summit for Africa. Il se tiendra à Lomé du 1er au 3 juin 2027 avec une ambition claire : « From Ambition to Execution. »
« Nous ne voulons pas que Lomé soit une conférence supplémentaire. Nous voulons y voir des projets entrer avec des obstacles et repartir avec des solutions », a déclaré le président togolais.
L’objectif est de réunir autour d’une même table l’AIEA, les banques multilatérales, les fonds africains et internationaux, les constructeurs, les États, les régulateurs et les futurs grands consommateurs d’électricité. Il s’agit de transformer ces échanges en projets concrets, avec des technologies évaluées, des financements structurés, des programmes de formation engagés et des partenariats industriels construits.
« Lomé 2027 ne doit pas être une foire aux réacteurs. Il doit devenir une fabrique à projets », a insisté Faure Gnassingbé.
Des petits réacteurs modulaires pour l’Afrique
Le président togolais a également plaidé en faveur des petits réacteurs modulaires (SMR), qu’il considère comme une porte d’entrée réaliste pour l’Afrique dans le nucléaire civil.
Mais il a mis en garde : « Un SMR isolé est un projet. Une série de SMR peut devenir une industrie. » Il a appelé à une approche standardisée et répétée, intégrée à des chaînes industrielles, pour que ces technologies changent réellement l’économie du nucléaire sur le continent.
« L’Afrique ne doit pas devenir un terrain d’expérimentation où s’accumuleraient des technologies incompatibles. Nous devons choisir les SMR avec une calculatrice, pas avec un drapeau », a-t-il conclu.








