Le Togo va sortir de terre l’un des plus ambitieux projets immobiliers d’Afrique de l’Ouest. Kodjo Sévon-Tépé Adedze, ministre de l’Aménagement du Territoire, de l’Urbanisme et de l’Habitat, a annoncé que le programme de construction de 20 000 logements à Kpomé-Dalavé (préfecture du Zio, à une quarantaine de kilomètres au nord de Lomé) entre désormais en phase opérationnelle.
Les études, financées par la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), sont terminées. Objectif : répondre à un déficit national estimé à 500 000 logements décents.
Le Togo rattrape son retard
Selon les estimations de la Banque africaine de développement (BAD) reprises par le ministre, le déficit cumulé de logements décents au Togo est évalué à 500 000 unités. Le programme de Kpomé-Dalavé couvre, dans sa phase initiale, 4 % du besoin estimé.
Le taux d’urbanisation togolais est passé de 37 % en 2010 à 43 % en 2022. Une population de plus en plus urbaine, mais qui manque cruellement de logements abordables et de qualité. « Nous ne pouvons plus répondre par des solutions isolées et fragmentées. L’approche doit être globale et inclusive. Il s’agit d’envisager le logement comme une infrastructure structurante du développement », a déclaré le ministre.
C’est en ces termes que Kodjo Sévon-Tépé Adedze a posé le logement comme une priorité de politique publique. Et de citer l’adage de Martin Nadaud : « Quand le bâtiment va, tout va. »
Des partenaires internationaux pour réaliser 20 000 logements à Kpomé-Dalavé
Le projet bénéficie du soutien de plusieurs institutions financières internationales :
- BAD : 5,13 millions USD pour les études de faisabilité
- BOAD : financement de l’étude technique du site
- Shelter Afrique : prévoit la construction de 3 000 logements
- Société Financière Internationale (SFI) : également engagée pour 3 000 logements
L’annonce a été faite à l’occasion des BOAD Development Days 2026, organisés les 11 et 12 juin 2026 à l’Hôtel 2 Février de Lomé, qui ont réuni 400 participants autour du thème « Bâtir l’avenir de l’UEMOA : financer un habitat durable, inclusif et moteur de souveraineté énergétique » .
Le président de la BOAD, Serge Ekué, a profité de l’événement pour lancer le plan stratégique Djoliba la Suite 2026-2030 (élaboré avec Boston Consulting Group), dans lequel le logement est posé comme « instrument de politique macroéconomique ».
Sécurisation foncière – le préalable indispensable
Le ministre a annoncé en parallèle un programme national de sécurisation foncière en cours d’élaboration. Objectif : permettre l’enregistrement systématique des parcelles et la constitution de réserves foncières.
« Si on maîtrise le foncier, on pourra avancer vers les questions de logement » , a souligné Kodjo Sévon-Tépé Adedze.
Pourquoi c’est crucial ? La sécurisation du titre foncier est une condition prudentielle de la BCEAO à la mobilisation du crédit hypothécaire. Sans titres fiables, pas de prêts bancaires pour les ménages.
Le gouvernement ne se contente pas de construire. Il facilite aussi l’accès à la propriété via la Garantie de prêts au logement (GPL) , lancée à Lomé le 17 mai 2024 par le Fonds de Solidarité Africain et la CRRH-UEMOA. Ce dispositif :
- Couvre 50 % des pertes des banques en cas de défaut de paiement
- Accepte les titres fonciers en cours de régularisation
Une avancée majeure pour lever le frein du crédit immobilier.
Prochaines étapes – de la parole aux actes
Avec le passage à la phase opérationnelle, les engins devraient bientôt entrer en action à Kpomé-Dalavé. Reste à articuler offre et demande : construire 20 000 logements, c’est bien. Les vendre à des prix accessibles, c’est mieux.
Le programme s’inscrit dans la mise en œuvre du Programme National d’Aménagement du Territoire, sous l’impulsion du Président du Conseil, Faure Gnassingbé. Les Togolais attendent désormais des résultats visibles.










