Depuis le 28 février 2026 , le détroit d’Ormuz, passage stratégique entre le golfe Persique et les marchés internationaux, est fermé. Les tensions géopolitiques et les risques sécuritaires croissants ont contraint les grands armateurs mondiaux à revoir leurs itinéraires. Conséquence : un report massif des flux maritimes vers la façade atlantique africaine. Et le Port de Lomé figure parmi les grandes gagnantes de cette reconfiguration.
La route du cap de Bonne-Espérance dopée par la crise
Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon la plateforme Portwatch du Fonds monétaire international (FMI) , les passages de porte-conteneurs au cap de Bonne-Espérance ont plus que triplé en trois ans.
Entre le 1er mars et le 24 avril 2026, vingt porte-conteneurs franchissaient chaque jour ce passage, contre seulement six sur la même période en 2023. Dans le même temps, les transits via le détroit de Bab-el-Mandeb et le canal de Suez ont chuté de plus de moitié.
Les grandes compagnies (Maersk, MSC, CMA CGM et Hapag-Lloyd), qui concentrent à elles seules plus de 46 % de la capacité mondiale en conteneurs, ont suspendu leurs transits par Ormuz et par la mer Rouge, où les rebelles houthis du Yémen ont repris leurs attaques.
Port de Lomé, hub de transbordement sur la nouvelle route
Le mécanisme est simple : les navires empruntent désormais la route du cap de Bonne-Espérance pour relier l’Asie à l’Europe. Les marchandises à destination de l’Afrique de l’Ouest transitent alors par des ports de transbordement comme Lomé ou Abidjan, avant d’être acheminées par feedering vers les ports secondaires de la région.
« Je pense que la situation actuelle dans le détroit d’Ormuz a en réalité eu un impact positif sur le port de Lomé. Le détroit étant devenu une zone d’insécurité où la navigation est difficile, plusieurs compagnies maritimes ont choisi de revenir à des itinéraires plus traditionnels. »
La chaîne chinoise @CGTNOfficial retranscrit l'essence de notre mission au Port de Lomé. Le reportage ci-dessous, démontre comment notre infrastructure dépasse sa simple fonction technique pour devenir un instrument de solidarité et de continuité de l'approvisionnement régional. pic.twitter.com/85m23lKl5z
— Kokou Edem TENGUE (@kokouedemTENGUE) May 28, 2026
Un hub régional déjà bien installé
Avant même cette crise, le Port de Lomé consolidait son rôle de plateforme logistique régionale. En 2024 , il a traité 30,6 millions de tonnes de marchandises , en hausse de 1,85 % par rapport à 2023. Plus de deux millions d’EVP (équivalents vingt pieds) y sont manutentionnés chaque année.
En novembre 2025, lors du 45e Conseil de l’Association de Gestion des Ports de l’Afrique de l’Ouest et du Centre (AGPAOC), Lomé a été classé meilleur port africain pour le trafic de transit.
Le port est également au cœur de l’approvisionnement des pays sahéliens enclavés. Burkina Faso, Mali et Niger disposent de représentants au sein de sa gouvernance, une particularité héritée de sa vocation régionale.
Une bonne nouvelle… qui a son revers
Si cette reconfiguration profite au Port de Lomé, tous les voyants ne sont pas au vert. Les tensions dans le golfe Persique ont également provoqué une hausse des prix des produits pétroliers au Togo, le pays étant importateur d’hydrocarbures.
Les armateurs ont par ailleurs imposé des surtaxes de guerre sur leurs lignes, ce qui alourdit les coûts logistiques à l’import. Une réalité contrastée : d’un côté, le port renforce son rôle régional ; de l’autre, les ménages togolais subissent une facture énergétique plus lourde.
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