Les adieux à l’aéroport de Lomé ne sont plus une exception. Selon une enquête d’Afrobarometer réalisée au Togo en 2024, plus d’un tiers des citoyens (35%) affirment avoir « quelque peu » ou « beaucoup » envisagé de quitter le pays pour s’installer à l’étranger. Environ un Togolais sur cinq (20%) dit l’avoir envisagé « un peu ». Soit plus de la moitié de la population qui a déjà songé à l’exode. Qui veut partir ? Pourquoi ? Où ? Voici les résultats chocs.
Selon l’enquête d’Afrobarometer, l’aspiration à l’émigration est plus marquée parmi certaines catégories de la population.
Qui veut partir ? Le profil du Togolais qui rêve d’ailleurs
L’enquête dresse un profil précis des Togolais qui souhaitent émigrer :
| Catégorie | Tendance |
|---|---|
| Âge | 18-35 ans (les jeunes) |
| Niveau d’éducation | Les plus instruits |
| Lieu de résidence | Lomé Commune et autres zones urbaines |
| Genre | Hommes |
Les diplômés sont donc les plus tentés par l’aventure. Un paradoxe cruel : plus on étudie, plus on a envie de partir faute de débouchés.
Où veulent-ils aller ? L’Amérique du Nord en tête
Les destinations rêvées par les Togolais candidats à l’émigration sont claires :
- Amérique du Nord (États-Unis, Canada) : la destination la plus prisée
- Autres pays d’Afrique (Côte d’Ivoire, Ghana, Afrique du Sud…)
- Europe (France, Belgique, Allemagne, Italie…)
L’Amérique du Nord devance l’Europe. Un signe que les flux migratoires traditionnels évoluent.
Pourquoi veulent-ils partir ? Les 5 raisons qui poussent les jeunes Togolais à quitter le pays
L’enquête a interrogé les Togolais ayant pensé à émigrer sur leurs motivations. Voici les résultats, du plus cité au moins cité :
| Raison | Pourcentage |
|---|---|
| Recherche d’emploi ou de meilleures opportunités professionnelles | 43% |
| Difficultés économiques | 26% |
| Pauvreté / Misère | 18% |
| Recherche de meilleures opportunités d’affaires | 7% |
| Autres raisons | 7% |
Soit plus de 8 Togolais sur 10 qui citent une raison économique. Le travail, l’argent, la survie. Rarement l’aventure ou le goût du voyage.
1. Recherche d’emploi (43%) : le chômage des diplômés
La raison principale. Chaque année, des milliers de jeunes sortent des universités de Lomé, Kara et Atakpamé avec un diplôme en poche. Mais le marché du travail est trop étroit. Les emplois formels sont rares. Les connexions sont souvent indispensables. Résultat : on part là où les recruteurs embauchent sur dossier, pas sur piston.
2. Difficultés économiques (26%) : la vie qui coûte trop cher
Le coût de la vie à Lomé a explosé. Le loyer, la nourriture, le transport, l’école des enfants. À la fin du mois, il ne reste rien, parfois même pas de quoi manger. Partir, c’est espérer envoyer de l’argent à la famille restée au pays.
3. Pauvreté / Misère (18%) : survivre, pas vivre
18% des candidats à l’émigration citent la pauvreté comme raison principale. Pas seulement le manque d’opportunités, mais l’incapacité à subvenir aux besoins les plus élémentaires : se loger, se nourrir, se soigner.
4. Opportunités d’affaires (7%) : les entrepreneurs en quête de marchés
Une minorité, mais un profil particulier. Des Togolais qui ont déjà une petite activité (commerce, service, artisanat) mais qui estiment que le marché local est trop petit. Ils partent pour grandir.
Derrière chaque départ, une histoire humaine. Un jeune qui promet à sa mère de lui envoyer de l’argent. Une diplômée qui espère financer les études de sa petite sœur. Un père qui veut offrir un toit décent à sa famille.
L’émigration n’est jamais un choix anodin. C’est souvent un sacrifice. Et tant que les raisons économiques profondes ne seront pas traitées (chômage, bas salaires, pauvreté) les files d’attente à l’aéroport de Lomé ne se réduiront pas.










