Samedi 9 mai 2026, le terrain des Cheminots à Akassimé a retrouvé une fièvre que Lomé n’avait plus connue depuis des années. Sous un soleil de plomb, la coalition du Cadre national de concertation pour le changement (CNCC) a tenu un meeting politique. « Ce n’est qu’un début », ont prévenu les leaders.
Jean-Pierre Fabre : « C’est le début du recommencement »
Les ténors de l’opposition étaient tous présents au meeting d’Akassimé. Jean-Pierre Fabre (ANC), Paul Dodji Apévon (FDR), le professeur Wolou, et surtout deux figures particulièrement acclamées : Me Zeus Ajavon, revenu sur le devant de la scène, et Grâce Bikoni Koumayi, ancienne détenue politique récemment libérée.
Jean-Pierre Fabre a balayé plusieurs sujets brûlants : l’arrestation de l’activiste Affectio, la question du « Père de la nation », la récente décoration du président Jean-Lucien Savi de Tové, et la sortie de Christian Trumua sur la nouvelle constitution.
« C’est le début du recommencement. Dans les jours à venir, lorsque nous ferons encore appel à vous, il faudra une mobilisation encore plus forte », a lancé le leader de l’ANC. Sa formule, reprise en chœur par les militants, résonne comme une remobilisation face au pouvoir de Faure Gnassingbé.
Professeur Dosseh : « 800 milliards disparaissent chaque année »
Le professeur David Ekoué Dosseh, figure de proue de la société civile et premier porte-parole du front Togo Debout, n’a pas mâché ses mots.
« Le Togo est malade et nous devons être en ordre de marche pour changer les choses », a-t-il martelé. « Dictature, corruption endémique, services sociaux en déliquescence : le diagnostic est sans anesthésie« . Et le chiffre est lâché : « Au Togo, chaque année, 800 milliards de francs CFA disparaissent en flux financiers illicites. C’est faramineux, c’est inacceptable », a-t-il affirmé, citant les données de Global Financial Integrity.
Sur la Ve République, entrée en vigueur en mai 2025, l’universitaire est sans concession : elle est conçue, selon lui, « essentiellement pour permettre une monarchie des pouvoirs et permettre à une même dynastie de se perpétuer ».

« Ce n’est pas un cadeau que le pouvoir nous fait »
Face à ceux qui s’étonnaient que l’autorisation ait été accordée, Dosseh a recadré le débat. « Lorsque nous demandons à organiser une réunion publique pacifique, ce n’est pas une requête. Ce n’est pas un cadeau que le pouvoir nous fait. C’est une liberté fondamentale. »
Et si demain le pouvoir venait à interdire de nouveaux rassemblements ? La menace est claire : « S’il faut revenir 20 fois, 30 fois, 50 fois, nous reviendrons. Nous avons déjà un plan B. »
Un signal fort, un début assumé
Pour les observateurs à Lomé, ce samedi 9 mai marque une rupture psychologique. Dans une Ve République qui cherche encore ses marques et sa légitimité, la réoccupation du terrain par les contestataires suggère que la machine de l’opposition n’était pas cassée, mais simplement en maintenance.
« Je suis très heureux de voir les Togolais de nouveau en mesure de dire non », a conclu le professeur Dosseh, visiblement ému par l’affluence.
La question est désormais de savoir si le CNCC fera long feu.










