Vivre seule à Lomé avant le mariage : tabou ou nouvelle norme ?

Vivre seule à Lomé avant le mariage : tabou ou nouvelle norme ?
Homme Allié

À Lomé, vivre seule avant le mariage reste un sujet sensible, surtout pour les femmes. Longtemps considérée comme une norme sociale, la vie sous le toit parental jusqu’au mariage est aujourd’hui remise en question par une nouvelle génération en quête d’indépendance.

Contraintes professionnelles, pression familiale ou désir de liberté ? de plus en plus de jeunes Togolaises envisagent ou adoptent ce mode de vie. Mais derrière cette évolution, les perceptions restent partagées.

Celles qui ont sauté le pas : entre liberté, responsabilités et réalités

Pour plusieurs jeunes femmes interrogées, vivre seule avant le mariage est un choix à la fois libérateur et formateur. Les témoignages recueillis montrent que ce mode de vie permet de gagner en indépendance, mais implique aussi des responsabilités importantes et des tensions familiales.

Pour certaines jeunes femmes, vivre seule à Lomé avant le mariage s’impose comme une nécessité, notamment pour des raisons professionnelles et scolaires. Rolande, 26 ans : « Je vis seule depuis 3 ans. Ce n’était pas facile au départ parce que je suis une fille et que c’était la norme de rester chez les parents jusqu’au mariage. Ce qui m’a poussé à partir est que je suis dans l’événementiel et que la plupart des événements se déroulent la nuit. Cela me faisait rater beaucoup de travail. Chez moi, on fermait la porte à 19h au pire 19h30 ».

« Je suis une jeune fille étudiant à l’étranger. Selon moi il n’y a aucun mal qu’une femme vive seule avant de se marier. Mais connaissant notre société, cela est mal vu. Pour les parents, si une fille décide de s’éloigner de la famille, elle veut être frivole », Yesso Bénédicte- abonnée d’ActuLomé.

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Une abonnée d’Actu Lomé : « Ça fait 6 mois que je vis seule. C’est à cause du travail. Mais bien avant ça, je voulais déménager même si ma mère ne le voulait pas. Je me sens plus libre, concentrée sur moi même et indépendante ».

Pourquoi certaines ne veulent pas vivre seule avant le mariage ?

Si certaines jeunes femmes choisissent de vivre seules à Lomé avant le mariage, d’autres préfèrent rester sous le toit familial. Un choix souvent guidé par des raisons économiques, sociales, mais aussi personnelles.

Le choix du confort familial

Pour certaines, rester chez les parents est avant tout une décision rationnelle, liée à la gestion financière et au cadre de vie. Georgette, 25 ans : « Si ma famille et moi étions en location, cela m’aurait poussée à vivre seule. Mais comme nous sommes dans notre propre maison, je préfère économiser plutôt que payer un loyer chaque mois ». Elle assume également un attachement au cadre familial. « Je suis casanière et je préfère avoir mes proches avec moi. Si je dois quitter la maison, ce sera pour aller au foyer, dans la maison de mon mari ».

Entre peur, protection et regard social

Au-delà des moyens financiers, certaines hésitent à franchir le pas par crainte de l’inconnu et du regard extérieur. Gloria, étudiante en finance-comptabilité à l’IUT de gestion de l’UL : « J’ai déjà envisagée de quitter la maison et vivre seule avant le mariage mais c’est la peur qui me retient. Comment affronter la vie toute seule, le témoignage de celles qui ont commencé et qui disent que ce n’est pas facile et tout ça me retient un peu ». Il y a les parents aussi qui ne vont pas accepter, ils vont te demander les raisons, pourquoi tu veux vivre seule, les risques du dehors etc. avec les parents, on est un peu protégé ».

Les contraintes financières, doutes et refus des parents

Pour d’autres, la principale barrière reste économique. Vivre seule implique une autonomie financière que toutes ne possèdent pas encore. Epiphanie, 20 ans, étudiante en 2e année de psychologie à l’UL : « Il faut avoir une vie assez stable pour pouvoir vivre seule. Tu dois avoir un boulot qui te permet de subvenir à tes besoins ». Même avec l’envie d’indépendance, la réalité s’impose.

À cela s’ajoute la pression familiale. « Je fais de petits commerces, mais ça ne suffit pas. Je vais être réaliste, ce n’est pas encore possible pour le moment. Connaissant ma mère, elle ne va jamais accepter. À 20 ans, on me traite toujours comme un bébé ». Gloria rajoute aussi : « Il y a les parents aussi qui ne vont pas accepter, ils vont te demander les raisons, pourquoi tu veux vivre seule, les risques du dehors etc. avec les parents, on est un peu protégé ».

Ces différents témoignages montrent que ne pas vivre seule à Lomé n’est pas forcément un manque de volonté, mais souvent un choix réfléchi, influencé par plusieurs facteurs : sécurité, finances, éducation et valeurs familiales. Pour certaines, vivre seule reste un objectif à atteindre plus tard. Pour d’autres, ce n’est tout simplement pas une nécessité.

Le point de vue des parents

Du côté des parents, la question de voir leur fille vivre seule à Lomé avant le mariage reste délicate. Entre protection, valeurs traditionnelles et adaptation aux réalités actuelles, les positions oscillent entre refus, tolérance et conditions. Nous sommes allé à la rencontre de Maman Nadège, 50 ans et mère de 4 filles, pour avoir son avis.

Un choix encore difficile à accepter

À la question de savoir ce qu’ils pensent d’une jeune femme qui choisit de vivre seule avant le mariage, les parents restent globalement réservés. Elle a déclaré :« Mon avis est partagé parce qu’il y a certaines qui s’en sortent plutôt bien et d’autres non ».

Pour eux, ce choix est souvent perçu comme une volonté d’échapper au cadre familial ou comme une influence extérieure. « Parfois, c’est son partenaire qui lui donne l’idée de prendre un logement seul pour pouvoir la rejoindre quand il veut. Certaines veulent aussi être libres, sortir comme elles veulent ».

Dans certains cas, les conditions de vie familiale peuvent aussi expliquer ce choix. « Pour certains aussi ça peut être le manque d’espace, d’intimité dans la demeure familiale par exemple des gens qui partagent à trois à six et même plus une seule chambre ».

Une inquiétude avant tout liée à la sécurité

Pour de nombreux parents, la principale préoccupation reste la sécurité de leur enfant, surtout lorsqu’elle vit seule. Maman Nadège poursuit : « En tant que parent, je ne peux jamais être à l’aise quand ma fille voudra emménager seule avant le mariage. Imaginons qu’elle tombe malade en pleine nuit ou il se passe quelque chose, personne ne saura. C’est ça qui nous inquiète le plus ».

Le bon moment pour quitter la maison

Pour la majorité des parents, le moment idéal reste le mariage. « L’idéal serait après le mariage mais si ma fille veut partir, je vais d’abord demander les raisons. Ce sera sous condition. Je n’aime pas vraiment l’idée, mais mon « non » ne sera pas non plus catégorique ».

On a aussi les cas spéciaux : « si elle trouve un boulot très loin ou si son école est éloignée, elle peut louer seule pour faciliter ses déplacements ».

Face à cette réalité, les parents insistent sur la vigilance. « Le conseil que je peux donner à ma fille ou une fille qui vit seule avant le mariage est de prendre beaucoup soin d’elle. D’éviter les mauvaises compagnies et de se contrôler. Certains peuvent passer par le fait que tu vis seule pour te faire du mal ».

Ces témoignages montrent que, pour les parents, le modèle idéal reste encore le départ du domicile familial après le mariage. Mais face aux réalités actuelles études, travail, conditions de vie, les lignes commencent à bouger, lentement. Le départ du domicile n’est plus uniquement lié au mariage, mais peut répondre à des besoins pratiques.

Prostitution déguisée, désordre, red flag, indépendance… les hommes se déchaînent

Du côté des hommes, le débat est particulièrement très animé. À la question posée aux abonnés d’Actu Lomé sur le fait pour une femme de vivre seule à Lomé avant le mariage, les réactions oscillent entre soutien, suspicion et jugements très tranchés.

Certains abonnés reconnaissent le courage et la détermination des femmes qui assument seules leur quotidien. Pour eux, vivre seule est perçu comme un signe de responsabilité et d’émancipation. Coach Consultant Bishop M : « En tout cas, celles qui prennent réellement la responsabilité de payer mensuellement ce sont des filles/femmes battantes, pas celles qui ont un sugar daddy ». Benoît BATCHASSI : « Personnellement je pense que ce sont des femmes qui aiment se battre pour ce qu’elles veulent ». Light : « En deux mots, ce sont des femmes indépendantes ». STVC : « Les filles battantes juste pour éviter être à la charge des parents et j’apprécie ces filles ».

D’autres adoptent une position plus nuancée, en essayant de comprendre les raisons derrière ce choix. Elom Mess : « Ce sont elles même qui l’ont voulu. Elles veulent être libres, indépendantes et pour d’autres, c’est par manque de soutien en famille ou à cause des problèmes familiaux ». Mr Elegance : « Il faudrait voir le pourquoi elle décide de vivre seule. Souvent c’est dû à des problèmes familiaux ou aux mésententes avec les parents mais également un désir de liberté totale ».

Mais une partie importante des réactions reste marquée par des jugements négatifs. Keno B-boy : « Une fille qui est habituée à vivre seule peut ne pas respecter son mari après le mariage ». Claude Eklou : « Ce n’est pas toutes ces filles qui vivent seules qui sont vraiment seules… il y a au moins 3 mecs qui gèrent ». Samuel Sallah : « Pour qu’elles puissent faire toutes les bêtises possibles ». Alison : « Elles sont matérialistes… elles trient les hommes ». Mr Swanky : « La probabilité des jeunes filles qui vivent seules c’est du djorkpé, tontine ». Junior : « C’est pour bien m**gou ». Joseph le jeune plombier : « C’est des filles djandjou. Certaines filles se débrouille pour le loyer et les autres tâches mais c’est un cas qui est rare. La plus part des jeunes filles qui quittent leurs parents avant le mariage, c’est pour être libres de circuler sur les garçons ».

Ces propos traduisent une forte stigmatisation, où vivre seule avant le mariage est parfois assimilé à un manque de moralité ou à une vie cachée et indécente des jeunes femmes.

Entre choix, contraintes et regrets : tous les parcours ne se ressemblent pas . Toutes ne vivent pas seules par choix. Pour certains, c’est une obligation liée au travail ou à des situations personnelles. Pour certains, une femme doit imperativement être dans la maison de ses parents avant qu’on l’épouse et eux aussi ils ont leur raison et finissent par trouver celles qui leur conviennent. Au final, ce sujet reste une question de convenance et d’adaptibilité en fonction des réalités de chacune.

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