En Guinée, l’ancien président de la Cour constitutionnelle, Mohamed Lamine Bangoura, est visé par des poursuites judiciaires pour détournement présumé de fonds publics. Les montants évoqués atteindraient près de 20 milliards de francs guinéens, soit environ deux millions d’euros.
L’affaire est instruite par la Cour de répression des infractions économiques et financières (Crief), juridiction spécialisée dans les crimes économiques. Déjà poursuivi depuis 2022, Mohamed Lamine Bangoura rejette l’ensemble des accusations portées contre lui.
L’ancien haut magistrat affirme n’avoir jamais détourné les fonds alloués à la Cour constitutionnelle durant son mandat. Il soutient que les ressources financières mises à disposition de l’institution ont été utilisées conformément aux règles établies.
Un patrimoine immobilier scruté
Les avocats des parties civiles pointent cependant l’importance de ses biens mobiliers et immobiliers, aussi bien en Guinée qu’à l’étranger. Parmi les éléments évoqués figurent un immeuble à Dakar, estimé à plusieurs centaines de millions de francs CFA, ainsi qu’une propriété située à Nongo, à Conakry.
Pour l’accusation, la question centrale est de déterminer si les revenus officiels perçus par l’ancien président salaires et indemnités peuvent justifier légalement l’acquisition de ces biens.
La défense invoque des subventions institutionnelles
Pour sa défense, Mohamed Lamine Bangoura rappelle que sous sa présidence, la Cour constitutionnelle bénéficiait de subventions conséquentes :
• Une enveloppe trimestrielle d’environ 1,2 milliard de francs guinéens ;
• Des dotations exceptionnelles allant de 3 à 5 milliards de francs guinéens lors des périodes électorales ;
• Une subvention annuelle estimée à 20 milliards de francs guinéens.
Selon lui, la gestion de ces fonds s’est faite dans un cadre légal et transparent. Il lui revient désormais d’apporter les justificatifs nécessaires devant la juridiction compétente.
Un contexte politique sensible
Mohamed Lamine Bangoura a présidé la Cour constitutionnelle entre 2018 et 2021, période marquée par la validation de plusieurs scrutins majeurs, dont la réforme constitutionnelle de 2020. Cette révision avait permis à l’ancien président Alpha Condé de briguer un troisième mandat, une décision qui avait suscité de vives tensions dans le pays.
L’affaire Bangoura s’inscrit ainsi dans un climat plus large de reddition des comptes et de lutte contre les infractions économiques en Guinée.










