Lors de son dernier point de presse concernant l’interpellation de présumés braqueurs de taxi-motos, la Police nationale a, comme à son habitude, diffusé des photos où elle floute les visages des suspects.
Cette pratique peut surprendre, voire frustrer une opinion publique avide de « voir à quoi ressemblent » les criminels. Pourtant, loin d’être un geste de complaisance, ce floutage est une procédure légale et éthique rigoureuse, dictée par des principes fondamentaux du droit.
Le pilier intangible : le respect de la présomption d’innocence
La raison première et la plus importante est le respect absolu de la présomption d’innocence. Consacrée par la Constitution togolaise et la Déclaration des Droits de l’Homme, elle stipule que toute personne suspectée ou poursuivie est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie par un jugement définitif.
En diffusant un visage clairement identifiable, les forces de l’ordre briseraient ce principe fondamental. Elles désigneraient publiquement un individu comme coupable avant que la justice n’ait rendu son verdict, ce qui pourrait avoir des conséquences irréversibles sur sa vie, même s’il était finalement innocenté.
La police nationale protège l’enquête, la vie privée et évite les dérives
Au-delà de la présomption d’innocence, plusieurs autres impératifs justifient cette prudence :
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- Protection de l’enquête : Révéler l’identité et le visage d’un suspect peut alerter ses éventuels complices, leur permettant de fuir ou de détruire des preuves. Le floutage préserve la discrétion nécessaire à l’investigation.
- Droit à l’image et à la vie privée : Chaque citoyen, même suspect, a un droit à la protection de son image. Sa diffusion massive sans consentement, avant toute condamnation, constitue une atteinte à sa vie privée qui pourrait exposer les autorités à des recours juridiques.
- Éviter la stigmatisation et la vindicte populaire : Dans l’ère du numérique, un visage diffusé devient viral en quelques minutes, ouvrant la porte au harcèlement en ligne, à la stigmatisation de la famille du suspect, voire à des actes de vengeance. La justice doit rester l’affaire de l’État, pas de la foule.

L’exception qui confirme la règle : les mandats de recherche
Il existe un cas où la police nationale ne floute pas les visages des suspects : lorsqu’il s’agit de mandats d’arrêt ou d’avis de recherche émis par un juge, pour des individus en fuite. Dans ce contexte précis, l’intérêt supérieur de la justice (retrouver une personne potentiellement dangereuse) prime temporairement. La diffusion devient alors un outil d’intérêt public. Une fois la personne interpellée, le principe de floutage reprend ses droits.
Il est important de noter que la diffusion non-floutée de photos d’interpellation par des tiers (témoins, médias non avertis) est souvent illégale. Elle peut constituer une violation du droit à l’image et nuire gravement à la procédure. C’est pourquoi les services de communication de la police, comme la DCPJ (Direction Centrale de la Police Judiciaire), sont si rigoureux sur ce point. Ils suivent un protocole légal strict qui contraste avec les images brutes et non éthiques qui peuvent circuler sur les réseaux sociaux.
Ainsi, lorsque la Police nationale floute les visages, elle n’agit pas dans l’ombre. C’est un signe de professionnalisme et de respect des valeurs démocratiques, bien plus fort que la satisfaction immédiate d’une curiosité légitime.










