Yaytseslav, le blogueur russe qui filme en secret des femmes : l’affaire qui secoue le Ghana

Yaytseslav, le blogueur russe qui filme en secret des femmes : l'affaire qui secoue le Ghana

Le Ghana s’apprête à engager une procédure d’extradition contre un ressortissant russe accusé d’avoir filmé, à l’insu de plusieurs femmes, des relations intimes avant de diffuser les images en ligne sans leur consentement. Une affaire qui suscite une vive émotion à Accra et au-delà.

Présenté par certains médias africains et russes comme un blogueur d’une trentaine d’années se revendiquant « séducteur », Yaytseslav se serait rendu au Ghana avec l’objectif de documenter ses interactions avec des femmes locales.

Un homme ordinaire, une méthode calculée

Des lunettes de soleil de marque Ray-Ban, modèle Meta des lunettes connectées vendues dans le grand public, au prix d’environ 4 000 cedis ghanéens. Rien qui n’éveille le moindre soupçon. Derrière ces verres se cachent deux caméras miniatures, capables d’enregistrer en haute définition, sans voyant lumineux, sans aucun son perceptible.

Tout ce qui est capté se retrouve, quelques heures plus tard, sur une chaîne Telegram privée, accessible moyennant un abonnement mensuel d’environ cinq dollars. L’homme qui se cache derrière cet écran se fait appeler Yaytseslav. Son véritable nom, tel que rapporté par plusieurs médias russes et ghanéens, serait Vyacheslav Trahov.

Il se présente lui-même comme un créateur de contenu et un « artiste de la séduction ». Les autorités ghanéennes, elles, le considèrent aujourd’hui comme un cybercriminel activement recherché.

Un mode opératoire minutieusement rodé

Yaytseslav fréquente assidûment les abords de l’Accra Mall, l’un des centres commerciaux les plus animés de la capitale ghanéenne. C’est là qu’il approche des femmes, engage la conversation et enregistre ces échanges à leur insu. Il loue par ailleurs un appartement de standing, dont le confort apparent suffit à rassurer ses interlocutrices et à les inciter à lui rendre visite.

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La méthode est toujours la même : il invite les femmes à son domicile, puis enregistre leurs conversations et leurs moments intimes grâce à ses lunettes Meta, sans jamais les prévenir. Les images sont ensuite montées et vendues en ligne.

Une victime, identifiée sous le prénom Abena, témoigne publiquement. Lorsqu’elle questionne Yaytseslav sur ses lunettes, il lui répond souffrir d’un problème oculaire nécessitant le port de ces verres correcteurs. Elle ne découvre les images de leur rencontre que bien après les faits, en tombant dessus sur les réseaux sociaux.

Quarante plaintes, des centaines de victimes potentielles

Une quarantaine de plaintes formelles sont déjà déposées au Ghana. Mais les enquêteurs estiment que le nombre réel de victimes pourrait atteindre plusieurs centaines, entre le Ghana et le Kenya. Des investigations numériques suggèrent en outre que Trahov a adopté ce même comportement dans d’autres pays, notamment au Nigeria, en Afrique du Sud, en Ouganda et en Tanzanie.

Les conséquences humaines sont déjà dramatiques. L’une des victimes a été hospitalisée après une tentative de suicide. Une autre voit son mariage s’effondrer, son mari ayant découvert les vidéos sur les réseaux sociaux.

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Le Ghana saisit Interpol et réclame l’extradition

Le gouvernement ghanéen ne tarde pas à réagir au plus haut niveau. Le 14 février 2026, Samuel Nartey George, ministre des Communications et des Technologies numériques, déclare publiquement que les autorités ont engagé les démarches nécessaires pour obtenir l’extradition du suspect. Il convoque l’ambassadeur de Russie à Accra et réclame la coopération des autorités russes. Interpol est officiellement saisi.

Les enquêteurs pensent que Trahov a déjà quitté le territoire ghanéen, mais cela n’entame pas la détermination du gouvernement. Si l’extradition échoue la Russie refusant généralement de livrer ses ressortissants le Ghana envisage de le juger en son absence. En vertu du droit ghanéen, toute personne reconnue coupable de diffusion d’enregistrements intimes sans consentement encourt jusqu’à vingt-cinq ans d’emprisonnement.

« Le consentement à une relation n’est pas un consentement à être film »

L’affaire déclenche un débat de société immédiat et profond. Sur les réseaux sociaux, une partie des commentaires tombe dans la stigmatisation des victimes, leur reprochant leurs choix personnels. Des voix s’élèvent fermement contre cette tendance.

Le journaliste Ferdinand Omondi formule ce qui devient rapidement la phrase emblématique de ce débat : « Les adultes font des choix personnels chaque jour, mais aucun choix personnel ne supprime le droit à la vie privée ni n’accorde à quiconque la permission d’enregistrer et d’exposer quelqu’un en secret. Le consentement à une relation n’est pas un consentement à être filmé ».

Cette distinction simple dans son énoncé, fondamentale dans ses implications est au cœur de toute l’affaire.

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Une technologie grand public, un vide juridique inquiétant

Les lunettes Ray-Ban Meta utilisées par Yaytseslav sont des produits légalement disponibles dans le commerce. C’est précisément là que réside le problème : des dispositifs légaux à l’achat, potentiellement criminels dans leur usage, et pour l’instant indétectables à l’oeil nu dans un espace public.

Cette affaire met en évidence trois chantiers urgents que le Ghana, comme d’autres pays, doit désormais affronter : renforcer les lois sur la captation non consentie, sensibiliser le grand public à l’existence de ces gadgets espions, et contraindre les plateformes numériques comme Telegram, TikTok et YouTube à assumer leur part de responsabilité dans la diffusion de contenus portant atteinte à la vie privée.

Ce qu’il faut retenir

Vyacheslav Trahov, alias Yaytseslav, est un ressortissant russe qui se définit comme créateur de contenu. Il est accusé de filmer clandestinement des femmes à Accra à l’aide de lunettes connectées Meta, et de vendre ces enregistrements sur Telegram. Une quarantaine de plaintes sont officiellement déposées au Ghana.

Interpol est saisi. Le gouvernement ghanéen réclame son extradition et envisage un procès en son absence. Il risque jusqu’à vingt-cinq ans de prison. L’affaire est en cours et continue de provoquer une onde de choc au Ghana, au Kenya et dans la région.

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