Ce 30 mars 2026, le monde célèbre la Journée mondiale du trouble bipolaire. L’occasion de rappeler que cette affection psychiatrique, qui touche environ 37 millions de personnes dans le monde selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), ne connaît pas de frontières.
Au Togo, si les données nationales restent fragmentaires, les études cliniques et les professionnels de santé alertent sur une réalité préoccupante : des milliers de Togolais vivent avec cette maladie, souvent dans l’ombre, faute de diagnostic précoce et de prise en charge adaptée.
Qu’est-ce que le trouble bipolaire ? Une maladie souvent méconnue
Le trouble bipolaire est une affection chronique de l’humeur. Elle se caractérise par l’alternance d’épisodes dépressifs (tristesse profonde, perte d’énergie, idées noires) et d’épisodes maniaques ou hypomaniaques (excitation anormale, euphorie, impulsivité, parfois comportements à risque). Selon l’OMS, cette pathologie est l’une des premières causes de handicap dans le monde, affectant durablement la vie professionnelle, familiale et sociale des personnes qui en souffrent.
À l’échelle mondiale, on estime qu’une personne sur 200 vit avec un trouble bipolaire. Mais le chiffre pourrait être plus élevé, car de nombreux cas ne sont jamais diagnostiqués. La maladie est par ailleurs associée à un risque suicidaire élevé et à une espérance de vie réduite, en moyenne, de 13 ans par rapport à la population générale.
Au Togo : une réalité clinique sous-estimée
Au Togo, cette maladie constitue une part significative des pathologies mentales diagnostiquées. Selon une étude menée au Centre Hospitalier Universitaire (CHU) Campus de Lomé, les troubles de l’humeur, dont la bipolarité, représentent environ 28 % des consultations psychiatriques, rapporte Health Sciences and Disease. Une autre recherche réalisée à l’hôpital psychiatrique de Zébé-Aného, principale structure de référence du pays, confirme la forte prévalence des troubles bipolaires et dépressifs parmi les patients suivis.
Pourtant, ces chiffres ne reflètent qu’une partie de la réalité. De nombreux Togolais souffrant de troubles mentaux n’atteignent jamais les structures de soins. Le Plan stratégique de santé mentale (PSSM) 2024-2027, publié par le ministère de la Santé, souligne d’ailleurs que la santé mentale peine encore à être intégrée dans le paquet minimum des soins de santé primaires.
Stigmatisation et recours aux soins traditionnels : des obstacles majeurs
L’un des plus grands défis dans la prise en charge du trouble bipolaire au Togo reste la stigmatisation. Les maladies mentales y sont souvent perçues comme une malédiction, une possession ou une faiblesse morale. Selon les travaux publiés dans la revue Health Sciences and Disease, cette perception pousse de nombreuses familles à se tourner vers des tradithérapeutes ou des « camps de prière », plutôt que vers des structures médicales.
Dans certains cas extrêmes, des pratiques de maltraitance ont été rapportées. Des malades mentaux ont été enchaînés ou isolés dans des lieux de prière, faute de structures d’accueil adaptées et par méconnaissance de la nature médicale de leur souffrance.
Cette situation retarde considérablement l’accès aux soins. Lorsque les patients arrivent enfin à l’hôpital, la maladie est souvent à un stade avancé, rendant le traitement plus complexe.
L’hôpital psychiatrique de Zébé-Aného : pilier d’une prise en charge fragile
Situé à Aného, l’hôpital psychiatrique de Zébé est la principale structure publique de référence pour les pathologies mentales chroniques, dont le trouble bipolaire. Il dispose de personnels qualifiés et propose une prise en charge combinant médicaments psychotropes et, dans certains cas, des approches intégrant les réalités culturelles des patients (ethnopsychiatrie).
Mais les moyens restent limités. Le pays ne compte, selon le PSSM, qu’un nombre insuffisant de psychiatres et de psychologues cliniciens pour l’ensemble du territoire. Six unités de santé mentale existent au sein des Centres Hospitaliers Régionaux (CHR), mais leur couverture reste inégale. Aucun centre communautaire de santé mentale n’existe à ce jour, même si une prise en charge sociale est assurée par des travailleurs sociaux.
Des initiatives pour l’avenir : le Plan stratégique de santé mentale 2024-2027
Face à ce constat, le gouvernement togolais a adopté le Plan stratégique de santé mentale (PSSM) 2024-2027. Ce document, accessible sur le portail officiel de la République togolaise, fixe des objectifs clairs :
- Améliorer l’accès aux soins en intégrant la santé mentale dans les soins de santé primaires ;
- Renforcer les ressources humaines et les infrastructures ;
- Réduire la stigmatisation par des campagnes de sensibilisation ;
- Protéger les droits des personnes vivant avec des troubles mentaux.
Des initiatives associatives émergent également. Plusieurs organisations de la société civile travaillent à informer le public, à accompagner les familles et à plaider pour une meilleure prise en charge.
Ce que la Journée mondiale nous rappelle
La Journée mondiale du trouble bipolaire est avant tout un appel à la compréhension et à la solidarité. Les personnes vivant avec cette maladie ne sont pas « dangereuses » ou « possédées » : elles souffrent d’une pathologie médicale qui, avec un traitement adapté et un soutien psychologique, peut être stabilisée.
Comme le rappelle l’OMS, le trouble bipolaire est traitable. Avec un diagnostic précoce, un suivi régulier et l’arrêt de la stigmatisation, les personnes concernées peuvent mener une vie pleine et épanouie.
En savoir plus et agir
Pour les lecteurs d’Actu Lomé qui souhaitent approfondir le sujet ou trouver de l’aide, plusieurs ressources existent :
- L’hôpital psychiatrique de Zébé-Aného : consultation et prise en charge ;
- Les unités de santé mentale des CHR : dans les régions ;
- Le Plan stratégique de santé mentale 2024-2027 : disponible sur le portail du gouvernement togolais (gouvernement.gouv.tg).
Sur le plan international, des informations fiables sont accessibles sur le site de l’Organisation mondiale de la santé (who.int) et sur les plateformes dédiées comme World Bipolar Day (worldbipolarday.org).










