Il est arrivé sans faire de bruit, mais la stratégie de Patrice Neveu est déjà affichée. Le nouveau sélectionneur des Éperviers du Togo, a accordé sa première interview depuis sa nomination au média sportif Foot Africa. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le technicien français de 71 ans a des idées précises pour relancer le football togolais.
Ancien milieu de terrain devenu baroudeur des bancs de touche, Neveu connaît l’Afrique comme sa poche. Après des passages au Niger, en Guinée, en RD Congo, en Mauritanie et au Gabon, il pose désormais ses valises à Lomé avec une mission : redonner des couleurs à une sélection qui reste sur sa participation historique au Mondial 2006.
Binationaux : la cible prioritaire de Patrice Neveu
Interrogé sur la question qui fâche souvent les supporters togolais : pourquoi tant de joueurs issus de la diaspora choisissent-ils d’autres sélections ? Patrice Neveu répond avec pragmatisme. Pour lui, l’équation est simple : pour attirer les binationaux, il faut leur offrir un projet sérieux.
« L’important est d’abord de leur présenter une orientation claire et un fonctionnement solide. Les joueurs ont un rythme très intense avec leurs clubs, ils jouent parfois tous les trois jours. Il faut donc leur montrer que la sélection est un projet sérieux et structuré » , explique le sélectionneur.
Une déclaration qui résonne comme un aveu : trop souvent par le passé, les joueurs binationaux ont pu être rebutés par un manque d’organisation ou de vision claire. Neveu veut changer cela.
Deux noms déjà sur la liste : Brassier et Senaya
Pour la première fois, un sélectionneur des Éperviers sort du bois et cite nommément des joueurs binationaux qu’il souhaite attirer. Et les noms ont de quoi faire rêver les supporters togolais :
- Lilian Brassier , défenseur central de 24 ans évoluant au Stade Rennais, l’un des clubs les plus réputés de Ligue 1 française. Formé à Monaco, passé par Brest, le joueur est titulaire en puissance dans l’élite française. Sa mère est togolaise, ce qui le rend éligible pour représenter le Togo. Il a d’ailleurs été nommé joueur du mois de février dans son club.

- Marvin Senaya , latéral droit de 23 ans formé à Strasbourg, actuellement à l’AJ Auxerre en Ligue 2. Jeune, rapide, technique, il correspond au profil de joueur moderne que recherchent toutes les sélections.

Deux joueurs évoluant dans des championnats compétitifs, deux joueurs qui pourraient apporter une plus-value immédiate à la sélection togolaise.
Lilian Brassier : le gros coup potentiel
Le dossier le plus brûlant est sans doute celui de Lilian Brassier. À 24 ans, le défenseur rennais a déjà montré de solides garanties en Ligue 1. Solide dans les duels, bon relanceur, il coche toutes les cases du défenseur moderne. Pour une sélection togolaise souvent fragile derrière, son arrivée serait un véritable coup de boost.
Reste à savoir si le joueur, qui a déjà été approché par d’autres sélections, sera sensible aux arguments de Patrice Neveu. Le sélectionneur mise sur la transparence et la construction d’un projet solide pour le convaincre.
Pourquoi les binationaux hésitent souvent à rejoindre le Togo
La question mérite d’être posée. Pourquoi des joueurs comme Brassier ou Senaya, éligibles pour le Togo, n’ont-ils pas encore franchi le pas ? Plusieurs raisons expliquent ces hésitations :
- Le niveau sportif : évoluer en sélection, c’est aussi exposer son talent sur une scène internationale. Une sélection en difficulté peut freiner les ardeurs.
- L’organisation : les joueurs professionnels, habitués aux structures rodées des clubs européens, peuvent être rebutés par un manque de professionnalisme.
- Les sollicitations concurrentes : d’autres sélections, parfois plus huppées, peuvent aussi faire les yeux doux à ces joueurs.
Patrice Neveu l’a bien compris : pour attirer ces talents, il faut d’abord construire une maison solide.
Le précédent mauritanien comme modèle
Le sélectionneur ne part pas de zéro. Il s’appuie sur son expérience passée, notamment en Mauritanie (2012-2014), où il a posé les bases d’un projet qui a fini par porter ses fruits. « On peut s’inspirer d’exemples comme la Mauritanie, qui a réussi à bâtir progressivement une équipe compétitive grâce à des bases solides et à la formation des jeunes » , explique-t-il.
L’idée est simple : créer un environnement professionnel et attractif qui donne envie aux joueurs de rejoindre l’aventure, plutôt que de les supplier à chaque rassemblement.
L’objectif à court terme est clair : se qualifier pour la CAN 2027. Même si le Togo est classé 124e au classement mondial, Neveu refuse de jouer les modestes. « Nous allons tout faire pour être compétitifs et jouer nos chances jusqu’au bout » , assure-t-il.
Une qualification serait évidemment le meilleur argument pour convaincre les récalcitrants. Rien de tel qu’une vitrine continentale pour attirer les talents.
Ce que Neveu attend de ses joueurs
Au-delà des binationaux, le nouveau sélectionneur a une exigence universelle : la performance. « Les joueurs qui seront les plus performants auront leur place, qu’ils soient jeunes ou plus expérimentés. »
Il insiste aussi sur les valeurs : discipline collective, organisation et esprit d’équipe. Des fondamentaux qui, selon lui, doivent primer sur les individualités.
Patrice Neveu a fait le premier pas. En citant des noms, en exposant sa vision, il envoie un message clair aux binationaux : la porte est ouverte, le projet est sérieux, la main est tendue.
Affaire à suivre.










