Après le concert d’HIMRA au Stade Omnisports de Lomé, la polémique ne faiblit pas. En cause : la prestation de l’artiste togolais Anadaboy, dont les chorégraphies et les tenues des danseuses ont été jugées contraires aux bonnes mœurs par une large partie du public et des internautes. des scènes choquantes qui font énormément parler et qui ne restent pas légalement impunies.
Face à l’indignation, l’organisateur CDK GROUP a publié un communiqué pour prendre ses distances. L’artiste a présenté des excuses solennelles. Mais sur le plan juridique, l’affaire est loin d’être terminée. Que risque vraiment un artiste togolais dont la prestation frôle l’indélicatesse ? Actu Lomé fait le point.
Ce que dit la loi togolaise : outrage public à la pudeur
C’est le cœur du sujet. Au Togo, ce qu’a fait Anodaboy sur scène correspond à la définition de l’outrage public à la pudeur, prévu et réprimé par le code pénal togolais.
Article 390 : « Constitue un outrage public à la pudeur l’exhibition sexuelle consistant à causer publiquement scandale par des scènes ou des gestes obscènes. »
Article 391 : un tel fait est puni d’une peine d’emprisonnement de six mois à deux ans et d’une amende de 100 000 à 1 million de francs CFA, ou de l’une de ces deux peines seulement.
Autrement dit : Anodaboy risque théoriquement la prison et une lourde amende.
Des sanctions administratives : radiation, censure, interdiction
Mais ce n’est pas tout. Au-delà des poursuites pénales, l’artiste s’expose également à des sanctions administratives prises par le Ministère de la Culture.
Depuis juin 2023, une mesure du ministre de l’époque, Dr Pierre Kossi Gbenyo Lamadokou, interdit la diffusion ou la promotion de chansons et films à caractère obscène. Les sanctions prévues sont sévères :
- Retrait de la carte du Bureau togolais du droit d’auteur (BUTODRA)
- Retrait de l’attestation d’artiste ou de cinéaste
- Radiation pure et simple du registre national des artistes
- Suspension des aides octroyées par le ministère
En clair : Anodaboy pourrait se retrouver interdit d’exercer son métier d’artiste au Togo, à moins que ces excuses soient entendues et acceptées par le public choqué qui n’enclenchera aucune action pénale contre lui.
Les organisateurs aussi sont responsables
L’article 394 du code pénal togolais précise que toute personne qui « diffuse ou fait diffuser publiquement des incitations à des pratiques contraires aux bonnes mœurs par paroles, écrits ou tout autre moyen de communication » est également punissable.
Cela signifie que CDK GROUP, en tant qu’organisateur, pourrait aussi être inquiété si l’enquête démontre qu’il n’a pas pris les précautions nécessaires. D’où la communication ultra-rapide du groupe pour se distancier et affirmer que le contenu n’avait pas été validé en amont.
Un précédent : la lutte contre l’obscénité au Togo
Ce n’est pas la première fois que les autorités togolaises frappent du poing sur la table. En 2023, le ministère de la Culture avait déjà averti : « La promotion de la culture et de la musique togolaise ne doit pas se faire au détriment de nos valeurs fondamentales. »
L’objectif affiché : protéger les bonnes mœurs et la jeunesse contre la dépravation. Les outrages publics à la pudeur sont considérés comme une « réelle menace aux valeurs et aux traditions », en plus de constituer « à la longue un risque d’érosion des repères moraux ».
Au-delà du cas Anodaboy, cette affaire envoie un signal clair à tous les artistes et promoteurs : les contenus scéniques sont désormais sous haute surveillance. Ce qui se passe sur scène n’est plus un espace de liberté totale.
Pour CDK GROUP, dont la vocation affichée est de faire de l’événementiel « un levier de développement, de promotion des talents et de sensibilisation à l’entrepreneuriat », l’épisode ANODABOY constitue un test grandeur nature. La réactivité avec laquelle le groupe a communiqué et les engagements pris seront scrutés de près par ses partenaires institutionnels et le public togolais.
Le mot d’Actu Lomé : Anodaboy a reconnu son erreur et présenté des excuses. C’est un premier pas. En attendant, un message est passé : au Togo, les valeurs culturelles et morales se défendent aussi par la loi.










