Romuald Wadagni, ancien ministre des Finances de Patrice Talon, a été élu président du Bénin avec 94,05% des suffrages, selon les résultats provisoires annoncés par la La Commission électorale nationale autonome (CENA).
Son adversaire Paul Hounkpè a obtenu 5,95%, et a lui-même reconnu sa défaite avant même la proclamation officielle des résultats. Un scrutin calme, un transfert de pouvoir ordonné, une CEDEAO qui salue le processus. Sur le papier, une démocratie qui fonctionne. Mais ce qui nous a frappé à la rédaction d’Actu Lomé, c’est l’intensité de la réaction togolaise.
Santrinos et King Mensah : quand la culture efface les frontières
Santrinos Raphael, l’un des artistes togolais les plus populaires au Bénin, a sorti une chanson intitulée « Notre Choix » pour soutenir Wadagni pendant la campagne. King Mensah s’est affiché à un meeting du candidat mercredi 8 avril 2026.
Sur les réseaux sociaux togolais, les commentaires, les partages et les débats n’ont pas cessé pendant toute la semaine de campagne. Ces deux artistes ne sont pas des exceptions. Ils sont le reflet d’une réalité : entre Lomé et Cotonou, les frontières sont administratives, pas humaines. Santrinos est né d’un père béninois et d’une mère togolaise. King Mensah, d’un père togolais et d’une mère béninoise. Des milliers de Togolais vivent et travaillent au Bénin. Des milliers de Béninois font de même au Togo.

Pourquoi les Togolais regardent-ils autant leur voisin ?
La réponse est dans l’histoire et dans la géographie. Le Togo et le Bénin partagent une frontière commune, des familles éclatées, des langues qui se mêlent, des marchés interconnectés. Mais il y a un deuxième niveau de réponse, plus profond.
Les Togolais ne suivent pas l’élection béninoise par simple curiosité. Ils la suivent parce qu’elle leur parle de quelque chose qu’ils vivent aussi : la question du transfert de pouvoir, de la compétition politique, de ce que ça fait de voir un pays voisin organiser une alternance. C’est un miroir. Et les réseaux sociaux l’ont bien montré, les commentaires togolais ne parlaient pas que du Bénin.
Cette élection révèle que l’Afrique de l’Ouest devient un espace politique partagé. Quand le Mali bascule, quand le Burkina change de cap, quand le Bénin élit un président, les Togolais le ressentent directement. Économiquement, sécuritairement, culturellement. Romuald Wadagni hérite désormais d’un pays avec des défis immenses : la menace jihadiste au nord, 30% de pauvreté, et des attentes sociales considérables.
Les Togolais vont continuer à regarder. Pas comme des spectateurs, comme des voisins qui savent que ce qui se passe à Cotonou finit toujours par avoir un écho à Lomé.










