Gracié en décembre, repris en janvier : l’échec criant de la réinsertion des ex-détenus au Togo

Gracié en décembre, repris en janvier : l'échec criant de la réinsertion des ex-détenus au Togo

L’interpellation, le 15 janvier à Lomé, de V. P., alias « Vidjalani », pour vol de motocyclette, résonne bien au-delà d’un simple fait divers. Ce mécanicien béninois de 32 ans, sans domicile fixe, avait pourtant bénéficié d’une grâce présidentielle en décembre 2025. Son retour présumé dans la délinquance à peine un mois plus tard jette une lumière crue sur l’épineuse question de la réinsertion des ex-détenus au Togo. Son cas illustre le gouffre qui peut séparer la libération de la véritable réintégration sociale.

Le grand défi après la grâce présidentielle toujours sur la table

Récemment, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH), tout en saluant la mesure de clémence présidentielle de décembre comme une « empreinte de sagesse et d’humanisme » visant à désengorger les prisons, a immédiatement pointé du doigt le défi à venir.

« Conscients des défis que cela représente, nous appelons l’ensemble des acteurs à faire preuve de solidarité, de responsabilité et d’engagement », a déclaré son président, Kwao Ohini Sanvee.

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Le constat est sévère : selon le ministère de la Justice, le taux de récidive au Togo avoisinerait les 50%, rapporte VOA Afrique. Sans un accompagnement structuré à la sortie, la liberté peut vite mener à une impasse. Le risque est de voir des graciés, livrés à eux-mêmes sans formation, sans logement et face à la stigmatisation, retomber dans la spirale de la délinquance pour survivre.

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Sur le terrain : l’espoir porté par les ONG face à un système débordé

Face à l’ampleur du défi, des organisations de la société civile tentent de combler les lacunes. Des structures comme la SMPDD ou Prisonniers Sans Frontières (PRSF) sont en première ligne. Leurs actions : ateliers de formation en maraîchage, en couture ou en artisanat au sein des prisons, et surtout un suivi post-carcéral crucial.

Le projet « Helping Hand », porté par l’association GAAT avec le soutien de l’ambassade des États-Unis et l’Union des Jeunes Avocats du Togo (UJAT), est un exemple concret. Il a permis la libération et l’accompagnement vers l’emploi d’une soixantaine de détenus pour petits délits.

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Mais les limites sont réelles : certains bénéficiaires ont abandonné, découragés par les exigences ou en attente d’une prise en charge totale. L’accompagnement requiert des moyens et un engagement à long terme.

Travail obligatoire en prison pour rendre efficace la réinsertion des ex-détenus au Togo

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Conscient de ces enjeux, l’État togolais envisagerait une réforme d’ampleur : l’introduction du travail obligatoire en prison, inspiré de modèles béninois et nigériens. Annoncée en 2025 et rapportée par des sources médiatiques à l’instar du « Correcteur », cette mesure vise à transformer le temps d’incarcération en période d’acquisition de compétences.

L’objectif est double : préparer concrètement les détenus au marché du travail et réduire les coûts carcéraux. Des études montrent en effet que le travail en détention réduit significativement les risques de récidive.

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Une seconde chance qui ne s’improvise pas

L’affaire « Vidjalani » est un signal d’alarme. Elle rappelle qu’une grâce présidentielle, si elle est une mesure humanitaire nécessaire, n’est qu’une première étape. La véritable seconde chance se construit dans la durée, par un parcours solide de réinsertion des ex-détenus au Togo. Un parcours associant formation, soutien psychosocial et aide à l’installation.

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Pour briser le cycle infernal de la récidive, la mobilisation doit être collective : pouvoirs publics, société civile, entreprises et communautés. L’enjeu est de taille : transformer un système axé sur la peine en un système tourné vers la réhabilitation, où la prison prépare à la liberté, et où la liberté est assortie des outils pour la réussir. C’est à cette condition que des mesures comme les grâces pourront pleinement jouer leur rôle de rédemption sociale et de contribution à la sécurité publique.

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