Le Togo veut révolutionner la manière dont l’Afrique gère ses crises. En accueillant, ce samedi 17 janvier 2026, une réunion de haut niveau dédiée à la paix en RDC et dans la région des Grands Lacs, Lomé envoie un signal fort.
Sous l’impulsion du Président du Conseil et médiateur de l’UA, Faure Gnassingbé, l’objectif est clair : en finir avec une « diplomatie sans impact » et la multitude d’initiatives parallèles inefficaces pour privilégier une approche cohérente, lisible et axée sur les résultats.
Une critique implicite et une nouvelle ambition
La rencontre de Lomé, préparée dès la veille par des sessions techniques, répond à un constat sévère. Malgré la multiplication des cadres de dialogue (processus de Washington, Doha, Paris…), la crise à l’Est de la RDC persiste, révélant une dispersion des efforts et un flou dans les mandats.
Face à cette « inefficacité structurelle », la médiation togolaise défend une doctrine en quatre points :
- Faire de Lomé un laboratoire prouvant que l’Afrique peut piloter ses propres processus de paix avec rigueur.
- Restaurer une cohérence stratégique entre les États, les institutions africaines et la mise en œuvre sur le terrain.
- Privilégier l’opérationnalisation des cadres existants plutôt que d’en créer de nouveaux, via une feuille de route réaliste.
- Replacer les populations au cœur de l’évaluation, en mesurant la paix par des critères concrets : sécurité, accès aux services, retour de la confiance.
Une « voie africaine » pour une paix « utile et durable »

Le Président Gnassingbé a résumé cette philosophie lors de son discours, affirmant que « la paix que nous cherchons à construire doit être utile, tangible et durable » et être « avant tout au service des femmes, des hommes et des communautés qui subissent les conséquences du conflit ».
Cette approche a reçu le soutien public de Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’UA, et de Téte António, représentant du président angolais, qui y voient l’empreinte d’« une voie purement africaine ».
Lomé, nouveau centre de gravité diplomatique pour la paix en RDC ?
En se positionnant comme une plateforme de convergence et de suivi crédible, le Togo affiche une ambition diplomatique majeure. La réunion de Lomé n’est pas conçue comme un énième sommet symbolique, mais comme un moment de vérité destiné à harmoniser tous les processus en cours (Washington, Doha, Paris) et à imposer une feuille de route unique et contraignante.
Il s’agit pour Faure Gnassingbé, en tant que médiateur UA, de transformer l’essai de sa récente médiation réussie au Soudan et d’imposer le modèle togolais : une médiation discrète, préparée, pragmatique et focalisée sur l’exécution, comme nouvelle norme pour la résolution des conflits africains.