Vous avez un projet, une idée, une activité qui tourne déjà, mais quand vous frappez à la porte d’une banque classique, on vous demande des garanties que vous n’avez pas. Ce scénario, des milliers de petits entrepreneurs togolais le vivent chaque année. Comme dans tant d’autres pays, la microfinance au Togo existe précisément pour combler ce vide. Mais entre les 72 institutions agréées par l’État et les dizaines d’autres qui opèrent sans agrément officiel, comment savoir à qui faire confiance et qui finance vraiment les petits projets ?
Dans cet article, on vous présente les institutions sérieuses, ce qu’elles financent concrètement, et comment maximiser vos chances d’obtenir un crédit.
Le paysage de la microfinance au Togo en 2026 : ce qu’il faut savoir
Au 9 janvier 2025, le ministère de l’Économie et des Finances du Togo a recensé 72 Systèmes Financiers Décentralisés (SFD) officiellement agréés, dont 132 caisses de base si l’on compte les réseaux. L’Association Professionnelle des SFD du Togo (APSFD-Togo) regroupe de son côté 63 membres affiliés. À la fin du premier semestre 2024, l’encours global des crédits dans le secteur atteignait près de 400 milliards FCFA, avec 4,2 millions de clients, soit une hausse de 8 % en un an.
Mais attention : ces chiffres masquent une réalité plus complexe. Le secteur est très inégal. Il y a la FUCEC, et les autres. Et parmi « les autres », la qualité des services, la transparence et la proximité avec les entrepreneurs varient énormément.
Conseil de base : ne faites jamais affaire avec une microfinance au Togo qui ne figure pas sur la liste officielle du ministère de l’Économie et des Finances. Cette liste est mise à jour chaque année et disponible sur finances.gouv.tg.
Les institutions qui ont fait leurs preuves
1. FUCEC-Togo — Le leader incontesté
Fondée en 1969, la Faîtière des Unités Coopératives d’Épargne et de Crédit du Togo est de loin l’institution la plus importante du pays. Elle regroupe 36 coopératives avec 122 points de vente sur l’ensemble du territoire, 1,436 million de membres et plus de 192 milliards FCFA d’actifs. Elle détient à elle seule plus de 50 % des actifs du secteur.
Pour les entrepreneurs, la FUCEC propose plusieurs produits concrets :
- Crédit PME/PMI : financement du cycle d’exploitation, achat d’équipements, constitution de stocks, marchés publics
- Crédit Épargne avec Éducation (CEE) : pour les femmes regroupées en Groupements d’Intérêt Économique et Social (GIES)
- YouthStart — Crédit Jeunes Entrepreneurs : programme dédié aux moins de 35 ans pour démarrer ou développer une activité
- Tontine digitale SYSCOFOP : digitalisation de la tontine traditionnelle avec sécurité et transparence
Condition d’accès principale : être membre d’une COOPEC du réseau en ouvrant un compte. Pas de garantie immobilière exigée pour les petits montants.
Contact : +228 22 23 09 70 | info@fucec-togo.com | www.fucec-togo.com

2. WAGES — La référence pour les femmes entrepreneures
Women And Associations for Gain Both Economic and Social (WAGES) est spécialisée dans le financement des femmes et des groupements féminins. C’est la troisième institution du secteur en termes d’actifs. WAGES est reconnue pour sa proximité avec les commerçantes et artisanes de Lomé et des régions, et pour ses produits adaptés aux activités génératrices de revenus à petite échelle.
Profil idéal : femme commerçante, artisane, revendeuse, avec une activité existante même informelle.
Contact : +228 22 22 54 71 / 22 20 13 26 — Lomé

3. COOPEC AD — Le réseau des Assemblées de Dieu
La Coopérative d’Épargne et de Crédit des Assemblées de Dieu est le deuxième acteur du secteur par la taille des actifs. Implantée dans tout le pays via le réseau des églises des Assemblées de Dieu, elle est réputée pour sa rigueur dans la gestion et sa proximité communautaire. Elle est accessible à tous, pas seulement aux membres de l’église.
Contact : +228 23 36 25 26 / 22 22 89 78 — Lomé

4. CECA — La coopérative des artisans
La Coopérative d’Épargne et de Crédit des Artisans existe depuis 1990. Comme son nom l’indique, elle a été créée spécifiquement pour répondre aux besoins des artisans — menuisiers, mécaniciens, tailleurs, maçons, électriciens. Elle comprend mieux les cycles d’activité irréguliers propres au monde de l’artisanat.
Contact : +228 22 22 64 93 / 90 36 17 30 — Lomé

5. Assilassimé Solidarité — Pour les plus vulnérables
Initiée en 2012 par l’ONG internationale Entrepreneurs du Monde, Assilassimé est une institution de microfinance sociale avec une dizaine d’agences à Lomé et en régions. Elle est spécialisée dans les populations généralement exclues même de la microfinance classique : personnes vivant avec le VIH, femmes veuves, mères célibataires, personnes à revenus très faibles.
Le modèle de crédit fonctionne en groupes de 25 à 40 personnes avec caution solidaire, des réunions régulières et un accompagnement social en plus du financement.
Profil idéal : micro-entrepreneur très modeste sans aucune garantie, cherchant à démarrer une toute petite activité.

Les dispositifs publics à ne pas oublier
Le FNFI — Fonds National de la Finance Inclusive
Créé en 2013 par l’État togolais, le FNFI est un mécanisme public qui travaille en partenariat avec des institutions de microfinance pour proposer des crédits à taux réduit aux populations pauvres et aux micro-entrepreneurs. En 2025, il a octroyé plus de 34 000 crédits pour un montant global de 4,12 milliards FCFA, avec un taux de remboursement de près de 95 %.
Son produit phare fonctionne en groupes de caution solidaire de 4 à 6 personnes, avec un montant maximum de 30 000 FCFA par personne, un taux d’intérêt de 5 % par an et une durée maximale de 6 mois. C’est très faible, mais c’est un premier accès au crédit formel.
Contact : Quartier Atchanté, Place de la Réconciliation, Immeuble SAHAM 5e étage, Lomé | +228 22 26 95 00 | secretariat@fnfi.tg

Le FAIEJ — Fonds d’Appui aux Initiatives Économiques des Jeunes
Le FAIEJ s’adresse spécifiquement aux 18-35 ans porteurs d’un projet d’entreprise. Il propose un financement à hauteur de 95 % du coût total du projet, avec un plafond de 2 500 000 FCFA pour un individu ou 6 000 000 FCFA pour un GIE, à un taux de 4,5 % — l’un des taux les plus bas du marché.
Conditions : avoir suivi une formation en création et gestion d’entreprise, présenter un plan d’affaires solide, fournir une caution morale et accepter un suivi jusqu’au remboursement intégral.
Site : faiej.tg

Le PAJEC — Nouveau programme lancé en 2025
Lancé en février 2025, le Projet d’Accompagnement des Jeunes entrepreneurs sur les Chaînes de valeurs créatrices d’Emplois est doté de 28 milliards FCFA, financés par la Banque Africaine de Développement et l’État togolais. Il cible les jeunes et les femmes entrepreneures dans des filières à fort potentiel d’emploi. Sa mise en œuvre est confiée à l’ADTME pour cinq ans.

Tableau comparatif rapide
| Institution | Public cible | Point fort |
| FUCEC-Togo | Tous entrepreneurs | Réseau national, 122 points de vente |
| WAGES | Femmes entrepreneures | Spécialiste activités féminines |
| COOPEC AD | Tous publics | Réseau communautaire solide |
| CECA | Artisans | Comprend les cycles irréguliers |
| Assilassimé | Très petits projets / vulnérables | Accompagnement social inclus |
| FNFI | Populations modestes | Taux 5%/an, accès sans garantie |
| FAIEJ | Jeunes 18-35 ans | Taux 4,5%, financement à 95% |
Comment maximiser vos chances d’obtenir un crédit dans une microfinance au Togo
- Ouvrez d’abord un compte épargne dans l’institution visée et épargnez régulièrement pendant 3 à 6 mois avant de demander un crédit — cela prouve votre sérieux
- Préparez un mini plan d’affaires simple : quelle activité, combien ça rapporte par mois, comment vous allez rembourser
- Si vous pouvez, constituez un groupe de caution solidaire avec des personnes de confiance — c’est souvent exigé pour les premiers crédits
- Commencez par un petit montant pour construire un historique de remboursement — les montants augmentent avec la confiance
- Évitez de contracter plusieurs crédits en parallèle dans des institutions différentes — le risque de surendettement est réel
Les pièges à éviter absolument
Le secteur attire malheureusement aussi des acteurs peu scrupuleux. Voici les signaux d’alarme :
- Une microfinance qui n’a pas de numéro d’agrément officiel du ministère de l’Économie et des Finances
- Des taux d’intérêt mensuels très élevés (au-delà de 3 % par mois, soyez vigilant)
- Une institution qui vous demande de payer des frais élevés avant même de vous accorder un crédit
- Pas de contrat écrit ou un contrat illisible avec des clauses floues
- Des agents qui viennent vous démarcher à domicile avec des promesses de crédit rapide sans vérification
À retenir : vérifiez toujours que l’institution figure sur la liste officielle disponible sur finances.gouv.tg avant de signer quoi que ce soit.
En résumé
La microfinance au Togo est un secteur vivant, en croissance, et qui peut réellement changer la trajectoire d’une petite activité. Avec 72 institutions agréées, 4,2 millions de clients et un encours de crédit de 400 milliards FCFA, les outils existent. Ce qui manque souvent, c’est l’information : savoir à qui s’adresser, comment se préparer, et comment éviter les pièges.
Si vous démarrez, commencez par le FNFI ou le FAIEJ (si vous avez moins de 35 ans). Si vous avez déjà une activité et cherchez à la développer, la FUCEC reste la référence en termes de fiabilité et de couverture nationale.
📍 Article rédigé par l’équipe Actu Lomé |










