L’annonce de la création de la Ligue de Football Professionnelle du Togo (LFPT) survient à un moment critique. Le football togolais traverse une période de déclin sportif palpable à tous les échelons. La question du public est : cette initiative pourra-t-elle sortir le sport roi des abîmes ?
Les Éperviers A viennent d’échouer à se qualifier pour la CAN 2025, laissant le pays spectateur de la compétition actuelle au Maroc, et sont également absents de la Coupe du Monde 2026. Les sélections de jeunes (U20, U17) et les Éperviers Dames peinent, elles aussi, à faire une impression durable sur la scène continentale.
Dans ce paysage morose, la LFPT apparaît comme un remède structurel de dernier recours, une tentative de rebâtir par la base ce qui s’effrite au sommet. La question n’est pas seulement de savoir si elle sera créée, mais si elle aura les moyens de ses ambitions.
Le rêve d’une « Ligue 1 » à la togolaise

Cette réforme, évoquée depuis 2024 par le président de la FTF, Guy Akpovy, n’est pas une surprise. Elle s’inspire volontairement de modèles éprouvés, notamment le système français avec ses Ligue 1 et Ligue 2. L’objectif déclaré est de transformer les championnats nationaux actuels en compétitions professionnelles à part entière, dotées d’un cadre juridique solide, d’une gouvernance autonome et de standards élevés.
Sur le papier, la promesse est séduisante : un championnat structuré génère plus de revenus (droits TV, sponsoring, billetterie), attire et fidélise les talents, et produit des clubs stables capables de performer en coupes d’Afrique. C’est la théorie derrière toutes les grandes ligues du monde. Mais le fossé entre la théorie togolaise et la pratique est immense.
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L’énorme fossé entre l’ambition et la réalité du terrain
Le président Akpovy lui-même a pointé les obstacles titanesques qui attendent la Ligue de Football Professionnelle du Togo. Ils forment une triple peine qui a toujours étouffé le football local :
- Le défi des infrastructures : Peu de stades aux normes CAF/FIFA, des terrains d’entraînement précaires, et un manque criant d’équipements annexes (centres de soins, vestiaires dignes). Un professionnalisme sans infrastructures professionnelles est un leurre.
- Le défi financier : La majorité des clubs survivent, ne vivent pas. Les budgets sont faméliques, dépendants de mécènes volatils. Instaurer des critères de licence stricts (bilans certifiés, masse salariale garantie) risque d’exclure la moitié des actuels prétendants, faute de moyens.
- Le défi de la motivation et de la culture club : Beaucoup de « clubs » fonctionnent comme des associations informelles, sans projet sportif à long terme, sans stratégie commerciale, sans lien fort avec un public. La professionnalisation exige une révolution managériale.
Sans une réponse concrète et financée à ces trois blocages, la LFPT risque de n’être qu’un changement de nom (D1 vers Ligue 1) sans changement de réalité.

Le véritable test de la LFTP
La nomination de Me Tété Wilson-Bahun à la tête d’un comité transitoire est un premier pas logique. Mais le succès ne se mesurera pas aux textes rédigés. Il se mesurera à des actes concrets dans les mois qui viennent :
- Trouvera-t-on un partenaire stratégique ou télévisuel majeur pour injecter des capitaux de départ ?
- Un plan de relance des infrastructures avec l’État et les collectivités sera-t-il concrétisé ?
- Les clubs accepteront-ils une rigueur administrative et financière qui en éliminera certains ?
- Le public togolais, frustré par les résultats des Éperviers, croira-t-il à ce nouveau championnat et remplira-t-il les stades ?
Cette ligue n’est pas une baguette magique. C’est un outil nécessaire, mais loin d’être suffisant. Elle peut créer le cadre, mais elle ne peut pas à elle seule créer l’argent, les stades ou la passion. Son lancement en septembre 2026 sera un premier match décisif.
Pour qu’elle « sauve » le football togolais, elle devra réussir son propre sauvetage en surmontant les démons qui ont plongé le football dans cette léthargie. L’espoir est permis, mais la vigilance et le soutien de tous les acteurs sont obligatoires. Le professionnalisme se gagne bien avant le coup d’envoi, dans les coulisses de la gouvernance et du financement.










