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Finale de la CAN : au-delà du chaos, ce que dit vraiment ce match

Edito CAN

La finale de la Coupe d’Afrique des Nations disputée le 18 janvier 2026 restera comme l’un des moments les plus discutés de l’histoire du football africain. Elle a offert un spectacle intense, dramatique et profondément humain, mais aussi des scènes qui ont heurté l’esprit de fair-play que porte normalement ce sport. Depuis hier soir, une idée revient dans les commentaires, sur les plateaux et sur les réseaux sociaux : « Ce spectacle n’est pas une bonne publicité pour l’Afrique. »

Cette critique est compréhensible à première vue, mais avant de tirer des conclusions hâtives, il faut replacer les événements dans leur contexte, à la fois sportif et humain.

Sur le plan sportif, tout avait pourtant bien commencé. Deux nations majeures du football africain, le Sénégal et le Maroc, s’affrontaient dans une finale de haut niveau, avec l’enjeu d’un trophée continental prestigieux. Le score était resté bloqué à 0-0 jusqu’aux derniers instants du temps réglementaire.

Mais ce sont bien les décisions arbitrales tardives qui ont bouleversé le cours de la finale. Un premier but sénégalais est refusé par l’arbitre sans recours immédiat à la VAR, alors que la reprise d’image aurait pu confirmer ou infirmer l’action. Quelques minutes plus tard, une faute sanctionnée dans la surface bénéficie au Maroc après vérification vidéo, et un penalty est accordé aux hôtes.

But finale CAN Sénégal refusé
Finale de la CAN : au-delà du chaos, ce que dit vraiment ce match 3

C’est alors que se joue l’une des scènes les plus marquantes : sous l’impulsion de leur sélectionneur, les joueurs sénégalais quittent temporairement la pelouse en signe de protestation contre cette décision. Après une interruption d’environ 14 minutes, ils reviennent finalement jouer, encouragés par leur capitaine Sadio Mané, qui convainc ses coéquipiers de reprendre le match malgré la frustration ressentie.

C’est là que le match sort du simple cadre sportif

La réaction des joueurs sénégalais, quittant temporairement la pelouse pour rentrer aux vestiaires, a surpris, choqué, parfois indigné. Beaucoup y ont vu un manque de professionnalisme, une perte de contrôle, une image négative donnée au football africain. Mais cette lecture, souvent rapide, oublie une donnée essentielle : le football n’est pas joué par des machines, mais par des hommes.

À cet instant précis, les joueurs ne réagissent pas seulement à une décision arbitrale. Ils réagissent à une accumulation, à une frustration profonde, à l’impression que les règles ne s’appliquent pas de la même manière pour tous. Leur geste n’est pas élégant, mais il est profondément humain. Il exprime un refus, une limite franchie, un ras-le-bol.

Pendant longtemps, l’Afrique sportive, et l’Afrique tout court, a appris à composer avec ce type de situations. À encaisser. À protester à voix basse. À privilégier l’image, parfois au détriment du ressenti. Hier, ce réflexe a cédé.

Faut-il y voir un signe d’immaturité ? Ou au contraire, le symptôme d’une Afrique qui ne veut plus tout accepter en silence ?

Car ce qui aurait pu faire basculer cette finale dans le chaos total ne s’est finalement pas produit. Une autre image a émergé, plus discrète mais essentielle. Celle de Sadio Mané, appelant au calme, convainquant ses coéquipiers de revenir sur le terrain pour terminer le match. Un geste de leadership, de responsabilité, mais aussi de lucidité. Refuser l’injustice, oui. Renoncer au combat, non.

La suite appartient au football


Brahim Díaz s’avance pour tirer un penalty et tente une panenka, un geste audacieux dans un contexte brûlant. Édouard Mendy arrête. Le match se prolonge. Et en prolongation, le Sénégal trouve enfin la faille. Le but inscrit ne sonne pas comme une revanche, mais comme une libération.

Brahim Diaz Panenka
Finale de la CAN : au-delà du chaos, ce que dit vraiment ce match 4

C’est ici que le regard mérite d’être déplacé

Cette finale n’a pas montré une Afrique désorganisée ou incapable de gérer ses émotions. Elle a montré une Afrique traversée par les mêmes tensions, les mêmes injustices perçues, les mêmes débordements que toutes les grandes compétitions mondiales ont déjà connues. La différence, c’est que l’Afrique est encore trop souvent sommée d’être irréprochable pour être légitime.

Les finales européennes ont connu des violences, des erreurs arbitrales majeures, des contestations virulentes, sans que cela ne remette en cause leur crédibilité globale. Pourquoi l’Afrique devrait-elle, elle, être jugée à l’aune d’une perfection qu’aucun football ne respecte ?

Ce match n’était pas propre.
Mais il était vrai.

Il a montré une Afrique qui proteste, qui s’emporte parfois, mais qui trouve encore les ressources pour aller au bout. Une Afrique qui apprend à dire non, sans pour autant abandonner le jeu. Une Afrique imparfaite, certes, mais debout.

Qualifier cette finale de « mauvaise publicité » revient peut-être à refuser de voir ce que l’Afrique est en train de devenir : un continent qui ne confond plus dignité et silence, respect et soumission.

Hier soir, le football africain n’a pas perdu en crédibilité.
Il a simplement rappelé qu’il est vivant. Intensément vivant. Et profondément humain.

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