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Extradition de Damiba : un ancien ministre malien de la Justice critique le Togo

Extradition Damiba : un ancien ministre malien de la Justice critique le Togo

L’extradition de l’ex-président burkinabè Paul-Henri Sandaogo Damiba continue de faire des vagues. Mamadou Ismaïla Konaté, ancien ministre malien de la Justice, porte une critique juridique sévère contre la procédure togolaise, dénonçant une décision « opaque » et un manquement aux obligations de vigilance face à un dossier éminemment politique.

Une critique sans concession du haut magistrat ouest-africain après l’extradition de Damiba

Dans une analyse publiée sur LinkedIn, Mamadou Ismaïla Konaté, avocat et ancien Garde des Sceaux du Mali, s’attaque frontalement au communiqué du gouvernement togolais justifiant l’extradition. Il le qualifie de texte « aussi opaque et déroutant que l’arrestation » elle-même. Selon lui, Lomé présente de manière « étonnamment confuse » une affaire qu’il estime être fondamentalement politique, sous un habillage de simple droit commun.

Les accusations : une procédure floue et des garanties ignorées

L’ancien ministre pointe plusieurs manquements qu’il juge graves :

  1. L’opacité des faits : Le communiqué ne précise pas « à quelle période ces infractions auraient été commises », ni depuis quand le Togo, qui avait accordé l’asile à Damiba, en avait connaissance.
  2. L’ignorance du contexte politique : Konaté s’interroge : le Togo feint-il d’ignorer les accusations publiques de tentative de coup d’État portées contre Damiba par le Burkina, ainsi que son statut d’ancien chef d’État qui exige des garanties procédurales renforcées ?
  3. Le déficit de contrôle juridictionnel : Il estime que la justice togolaise a manqué à son devoir de « vigilance accrue » pour vérifier si les accusations de droit commun (corruption, blanchiment) ne masquaient pas une « instrumentalisation du droit pénal à des fins de revanche » politique.

L’avertissement : exposer Damiba à des « menaces graves »

La conclusion de l’analyse est sans appel. Pour Konaté, « l’attitude du gouvernement togolais ne relève pas seulement de la légèreté juridique ». Elle aurait des conséquences potentiellement dramatiques : « elle expose directement Paul-Henri Damiba à des menaces graves contre sa personne ». Il y voit le symptôme d’un « phénomène bien connu des transitions africaines : la judiciarisation a posteriori des conflits politiques », où la justice est utilisée comme une arme.

Cette charge d’un juriste de haut rang régional jette une lumière crue sur les dessous juridico-politiques de l’affaire. Elle place le Togo sur la défensive et relance le débat sur l’indépendance de sa justice face aux pressions diplomatiques dans un espace ouest-africain en crise.

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