Depuis que le ministère américain de la Justice a publié des millions de documents sur l’affaire Jeffrey Epstein, une rumeur circule au Togo : le pays serait cité dans ces dossiers sulfureux. Actu Lomé a consulté les documents originaux pour faire le tri entre vérité et intox.
La confusion qui a tout déclenché
En début d’année 2026, le Département de Justice américain (DOJ) a rendu publics plus de 3,5 millions de documents liés aux enquêtes sur Jeffrey Epstein, le financier américain condamné pour trafic sexuel. Ces documents comprennent des e-mails, des journaux de bord, des plans de vol et des relevés bancaires.
Sur les plateformes qui permettent de consulter ces fichiers, n’importe qui peut taper un mot-clé et voir apparaître des résultats. Des internautes ont tapé « Togo » et ont trouvé des occurrences. La rumeur s’est répandue rapidement, notamment sur les réseaux sociaux togolais.
Mais ces résultats correspondent-ils vraiment au pays ? Nous avons ouvert les documents un par un.
La réalité : dans la plupart des cas, « togo » signifie « to go »
La surprise est immédiate : dans l’écrasante majorité des cas, le mot « togo » dans les e-mails d’Epstein n’est pas le nom du pays. C’est tout simplement le verbe anglais « to go » (aller), écrit en un seul mot, une faute de frappe fréquente quand on tape vite sur un clavier.
On trouve ainsi des phrases comme :
« i need togo to the office »
— qui signifie simplement : « J’ai besoin d’aller au bureau »
« Karyna and JE togo see NY Philharmonic »
— qui veut dire : « Karyna et JE (Jeffrey Epstein) vont voir le Philharmonique de New York »
Ces e-mails ne parlent absolument pas du Togo. Ils témoignent simplement du style d’écriture informel d’Epstein et de son entourage.
Ce qui existe vraiment : deux mentions, deux nuances
Cela dit, nos recherches ont identifié deux documents où le Togo, le pays, est effectivement mentionné. Voici ce qu’ils disent, et surtout ce qu’ils ne disent pas.
Le premier est un plan de vol. Dans un document intitulé DOJ 10, un itinéraire de tournée en Afrique de l’Ouest est proposé. On y liste une dizaine d’escales : Dakar, Bamako, Niamey, Libreville… et Lomé. L’aéroport est désigné sous son code et son nom officiel : Aéroport International Gnassingbé Eyadéma.
Mais un plan de vol proposé n’est pas un voyage réalisé. Ce document prouve seulement que Lomé figurait parmi les destinations envisagées dans un circuit. Rien ne confirme qu’Epstein ou quiconque de son réseau a effectivement atterri à Lomé.
Le second document est un e-mail, daté du 9 août 2010. Une personne, dont l’identité a été entièrement caviardée par le DOJ , écrit à Epstein depuis l’Afrique de l’Ouest. Elle lui décrit ses impressions sur le Bénin, puis annonce :
« Benin is the home of voodoo. it’s spookier than i had imagined. i will go to togo (city called bme) on wednesday. »
Traduction : « Le Bénin est la maison du vaudou. C’est plus effrayant que je ne l’imaginais. J’irai au Togo (ville appelée bme) mercredi. »
Cette fois, il s’agit bien du pays Togo. Mais qui est cet expéditeur ? On ne le sait pas, le DOJ a noirci son identité. S’agit-il d’Epstein lui-même, d’un ami, d’un collaborateur ? Impossible à dire. Et pourquoi allait-il au Togo ? Le document ne le précise pas.
Le verdict
Aucun document officiel ne confirme qu’Epstein a mis les pieds au Togo. Aucune personnalité togolaise n’est citée. Aucune activité criminelle n’est liée au Togo dans ces dossiers.
Le Togo apparaît marginalement, à travers un plan de vol et un e-mail d’une personne anonyme en déplacement en Afrique de l’Ouest. C’est tout. La rumeur d’une « implication du Togo » dans le réseau Epstein repose essentiellement sur une lecture hâtive et une confusion linguistique.
Le Togo n’est pas dans les dossiers Epstein. « Togo » y est, mais ce n’est pas la même chose.
Sources : Documents officiels du Département de la Justice des États-Unis (DOJ 9, DOJ 10, DOJ 11), publiés dans le cadre de l’Epstein Files Transparency Act.










