Nouveau rebondissement dans le dossier sensible du conflit maritime Togo-Ghana. Ce vendredi 20 février 2026, la présidence ghanéenne a officialisé sur sa page Facebook sa décision de recourir à l’arbitrage international pour résoudre ce contentieux vieux de plusieurs décennies. Une notification officielle a été transmise aux autorités togolaises.
Selon le communiqué ghanéen, « huit années de négociations bilatérales » n’ont pas permis d’aboutir à un accord mutuellement acceptable, malgré « un engagement soutenu » des deux parties. Accra justifie ce recours à l’arbitrage par la nécessité « d’éviter une nouvelle escalade des incidents » et de favoriser « un règlement à l’amiable et légal dans un esprit de bon voisinage« .
Conflit maritime Togo-Ghana : une crise héritée de la colonisation
Pour comprendre ce différend, il faut remonter à l’époque coloniale. Le Togo, ancienne possession allemande puis française, partage une frontière terrestre avec le Ghana, ancienne colonie britannique. Si les limites terrestres ont été clairement établies, la frontière maritime, elle, n’a jamais fait l’objet d’un tracé officiel et reconnu par les deux États depuis leurs indépendances en 1960.
Cette zone grise juridique engendre régulièrement « des incidents maritimes regrettables« , comme le rapporte Togopresse. Dans un contexte où les enjeux économiques (pêche, exploitation pétrolière), sécuritaires et environnementaux en mer sont de plus en plus stratégiques, l’absence de délimitation claire devient problématique.
Des positions longtemps irréconciliables
Les deux pays ont multiplié les tentatives de dialogue. Dès le 5 juin 2022, une rencontre à Accra avait mis en lumière leurs divergences :
- Le Ghana affirmait l’existence d’une frontière maritime « traditionnellement respectée » par les deux pays depuis des décennies, appelant Lomé à reconnaître ce tracé coutumier.
- Le Togo rejetait cette position, soutenant qu’aucun accord de délimitation maritime n’avait jamais été signé entre les deux États. Le chef de la délégation togolaise, le général Yark Damehame, soulignait alors « un problème majeur au vu des enjeux politiques, sécuritaires et socio-économiques ».
Malgré ces divergences, les deux parties s’étaient engagées à poursuivre leurs travaux communs.
L’arbitrage international : mode d’emploi
En saisissant l’arbitrage, le Ghana choisit une procédure extrajudiciaire prévue par la Convention des Nations Unies sur le droit de la mer (CNUDM). Concrètement :
- L’arbitrage repose sur le consentement des deux États à soumettre leur litige à des arbitres
- La décision rendue devra être appliquée de bonne foi par les deux parties
- Cette procédure évite une saisine directe de la Cour internationale de justice, tout en offrant un cadre juridique contraignant
Reste à connaître la position officielle du Togo face à cette initiative ghanéenne. Lomé acceptera-t-il cette procédure arbitrale ou proposera-t-il une autre voie ? Le précédent de 2022 montre que les positions étaient encore éloignées. Mais après huit ans de discussions sans résultat, l’arbitrage apparaît comme une tentative de sortie de crise.










