Le Stade Omnisports de Lomé a vibré ce samedi 4 avril 2026 au rythme du rappeur ivoirien Himra, dans un concert organisé par le CDK Group Événementiel. Derrière cet événement qui a enflammé les réseaux sociaux, un homme au parcours hors du commun : Coco de Kofi Woenagnon, ancien détenu de la prison civile de Lomé devenu entrepreneur social et figure de la réinsertion au Togo.
« Engagement social. Dignité humaine. Seconde chance. Cohésion communautaire «
C’est ainsi que Coco de Kofi Woenagnon se présente sur Facebook, en personnalité publique basée à Lomé, né le 27 avril 1987. Des mots qui résument mieux que n’importe quel CV une vie entière construite sur la chute et le relèvement.
Arrêté en 2008, il passe 1 277 jours à la prison civile de Lomé. Une cellule de 5m² partagée avec plus de cent détenus. Un seul repas par jour. « Le premier jour de mon arrivée en milieu carcéral, je m’étais dit que c’était fini pour moi« , confiera-t-il plus tard dans une interview. Mais au fond de cette cellule, naît une conviction : s’en sortir, et aider les autres à en faire autant.
De la prison civile de Lomé à la tête d’un groupe
À sa libération, Coco de Kofi Woenagnon fonde en 2013 la Solidarité Mondiale pour les Personnes Démunies et les Détenus (SMPDD), dont il est aujourd’hui coordinateur des observateurs des prisons du Togo. Depuis treize ans, l’association intervient dans les quatorze prisons du pays, accompagnant les détenus dans leur réinsertion professionnelle et sociale.
Son engagement lui a valu une reconnaissance institutionnelle rare. Lors de la cérémonie de libération des 1 511 bénéficiaires de la grâce présidentielle accordée par le Président du Conseil Faure Essozimna Gnassingbé, le directeur de l’Administration pénitentiaire et de la réinsertion (DAPR) Idrissou Akibou a lui-même invité les anciens détenus à prendre exemple sur lui.
« Parti de rien, d’un prisonnier, je suis devenu une référence, un modèle« , aime-t-il rappeler. Une formule qui résonne différemment quand on sait que c’est lui qui a organisé le concert de Himra à Lomé.

Le CDK Group : un empire social qui porte ses initiales
CDK : Coco De Kofi. Les initiales du groupe sont celles de son fondateur. Loin d’un simple jeu de mots, elles incarnent une philosophie d’entreprise atypique dans le paysage togolais. Le CDK Group, se définissant comme la première entreprise sociale et solidaire au Togo, opère dans des secteurs aussi variés que la communication, l’événementiel, la restauration, la sécurité, le tourisme, l’immobilier et l’assistance sociale. Sa règle d’or : réinvestir 51 % de ses bénéfices dans des initiatives sociales.
C’est dans cette logique que s’inscrit le concert de Himra à Lomé. L’intégralité des recettes de l’événement doit être reversée à des causes sociales : éducation, santé, protection de l’enfance, réinsertion des ex-détenus. « CDK Group est une entreprise sociale qui met l’humain au centre de tout« , a expliqué Gladys Lota, assistante du porte-parole du groupe.
Himra, la star ivoirienne qui a choisi Lomé
Pour son premier grand concert au Togo, Coco de Kofi Woenagnon a vu grand. Abdul Rahim Bakayoko, dit Himra, est l’un des rappeurs les plus en vue de la scène afro-urbaine africaine. Né le 28 mai 1998 à Cocody, il a décroché en 2024 le disque de diamant en Côte d’Ivoire pour son album Jeune & Riche, et un single d’or en France pour Number One (environ 15 millions de streams). Quelques semaines avant de poser ses valises à Lomé, il avait rempli le Zénith de Paris.
À ses côtés sur la scène du Stade Omnisports : les Togolais Yaknour, Talakaka, Paki Chenzu et Black Manu, une programmation qui reflète la volonté de CDK Group de valoriser les talents locaux tout en offrant à Lomé un événement à dimension internationale.
Lomé, capitale culturelle ? CDK Group y croit
En attirant Himra dans la capitale togolaise, Coco de Kofi Woenagnon envoie un signal fort : Lomé est capable d’accueillir les plus grandes têtes d’affiche de la sous-région. Une ambition que le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Isaac Tchiakpe, a saluée lors d’une audience accordée au CDK Group fin 2025, exprimant sa volonté d’accompagner les projets du groupe.
Pour un homme qui a passé presque quatre ans derrière les barreaux, organiser l’un des plus grands concerts de l’année dans sa ville natale représente bien plus qu’un succès commercial. C’est la démonstration que la réinsertion n’est pas un slogan, mais une réalité possible, à condition d’y croire assez fort.
« Dehors, c’est difficile, mais la prison n’est pas mieux. Il faut croire en soi et accepter de se battre honnêtement pour réussir« , Coco de Kofi Woenagnon, président du CDK Group










