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Le port autonome de Lomé pourrait bientôt changer de dimension. La Banque africaine de développement (BAD) vient de publier une étude de faisabilité pour la création d’un service panafricain de cabotage maritime et de feedering. L’objectif de cette initiative référencée P-TG-D00-013 ? Connecter directement les plateformes portuaires africaines, avec une première liaison envisagée entre Lomé et Pointe-Noire, au Congo.
Aujourd’hui, pour envoyer des marchandises d’un pays africain à un autre, les opérateurs passent souvent par des hubs internationaux en Europe ou en Asie. Ce détour allonge considérablement les délais et augmente les coûts. Le projet de la BAD vise précisément à mettre fin à cette aberration logistique en créant un circuit court, intra-africain.
Le jargon maritime peut parfois intimider, mais les concepts sont simples. Le cabotage consiste à transporter des marchandises entre plusieurs ports d’une même zone géographique. Par exemple, un navire charge des conteneurs à Lomé et les décharge dans différents ports de la côte ouest-africaine.
Le feedering, quant à lui, est un système de navettes. Il s’agit d’acheminer des conteneurs entre un grand port de transbordement (comme Lomé, qui est déjà un hub majeur) et des ports secondaires ou de plus petite taille (comme Pointe-Noire). C’est le même principe qu’un bus de correspondance, mais sur l’eau. Des navires plus petits viennent récupérer les marchandises au port principal pour les livrer dans des zones moins profondes.
L’enjeu est stratégique pour Lomé. Le port autonome est déjà la porte d’entrée des pays de l’hinterland (Burkina Faso, Mali, Niger). Si le projet voit le jour, Lomé deviendrait le point de départ d’un corridor maritime reliant l’Afrique de l’Ouest à l’Afrique centrale.
Cette nouvelle route maritime permettrait de capter une part importante des échanges entre les deux sous-régions. Elle offrirait aussi de nouveaux débouchés aux opérateurs économiques togolais, tout en renforçant le positionnement du Togo comme leader logistique continental. Sans compter les retombées en termes d’emplois et d’activité pour le port.
Même si le projet n’en est qu’au stade de l’étude, les autorités togolaises anticipent déjà les impacts. Le ministère chargé de l’Économie maritime a publié, le 22 octobre 2026, le Plan de gestion environnementale et sociale (PGES) qui encadrera les risques.
Ce document, exigé par la BAD, liste les mesures à prendre pour protéger l’écosystème marin et les communautés riveraines. Il prévoit notamment le recrutement de spécialistes environnementaux, la mise en place d’un mécanisme de gestion des plaintes pour les populations, et des procédures d’urgence en cas d’accident (comme un déversement de carburant). Une manière de s’assurer que le développement économique ne se fasse pas au détriment de la planète.
Pour les commerçants et les industriels, cette future liaison pourrait considérablement réduire les coûts logistiques. Des marchandises qui mettaient des semaines à arriver via l’Europe pourraient désormais traverser l’Atlantique en quelques jours.
Le projet est encore à l’étude, et sa réalisation dépendra des conclusions techniques et financières. Mais la dynamique est lancée. Si elle se concrétise, cette autoroute maritime pourrait bien transformer le visage du commerce en Afrique.