Blanchiment d’argent : le Togo 3ᵉ pays le plus exposé de l’UEMOA en 2025

Blanchiment d'argent : le Togo 3ᵉ pays le plus exposé de l'UEMOA en 2025
Homme Allié

Le Basel Institute on Governance a publié l’édition 2025 de son indice annuel de lutte contre le blanchiment d’argent (AML Index). Parmi les huit pays de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) évalués, le Togo se distingue négativement en occupant la 3ème place des pays les plus vulnérables, avec un score préoccupant de 6,44 sur 10.

Une méthodologie rigoureuse adossée à 17 indicateurs

L’indice Basel AML est une référence mondiale indépendante produite par le Basel Institute on Governance, organisation non gouvernementale internationale associée à l’Université de Bâle (Suisse). Cette 14ème édition couvre 177 pays et territoires. Elle évalue la vulnérabilité de chaque juridiction à la criminalité financière sur la base de 17 indicateurs publics reconnus, issus notamment du Groupe d’action financière (GAFI), de Transparency International et de la Banque mondiale.

Ces indicateurs sont regroupés en cinq grandes catégories : la qualité du cadre réglementaire LBC/FT (50%), les risques de corruption et de fraudes (17,5%), la transparence financière (17,5%), la transparence de l’action publique (5%) et les risques juridiques et politiques (10%). La note finale s’établit sur une échelle de 0 à 10.

Trois niveaux de risque ont été définis : risque faible (moins de 4,70 points), risque moyen (entre 4,70 et 6,08 points), et risque élevé (au-dessus de 6,08 points). Avec un score de 6,44, le Togo se situe clairement dans cette dernière catégorie.

Le classement UEMOA 2025 : le Togo dans le peloton de tête pour de mauvaises raisons

Au sein de l’espace UEMOA, les résultats sont sans équivoque. Voici le classement complet des huit États membres selon le Basel AML Index 2025 :

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Rang UEMOAPaysScore /10Rang Afrique
1Guinée-Bissau7,306ème
2Niger6,849ème
3Togo6,4416ème
4Bénin6,3321ème
5Mali6,2224ème
6Côte d’Ivoire6,0526ème
7Burkina Faso5,7531ème
8Sénégal5,3639ème

Le Togo, avec son score de 6,44, est classé 16ème en Afrique et 27ème au niveau mondial. Ce positionnement le place dans le groupe des pays à risque élevé, aux côtés de la Guinée-Bissau (7,30) et du Niger (6,84) qui occupent les deux premières places de ce triste palmarès régional.

Une légère lueur d’espoir est à noter pour certains voisins : la Côte d’Ivoire et le Burkina Faso ont réussi à quitter la catégorie « risque élevé » pour intégrer celle à « risque moyen », illustrant que des réformes ciblées peuvent produire des effets mesurables. Le Sénégal, quant à lui, affiche la meilleure performance de l’espace UEMOA avec un score de 5,36.

Pourquoi le Togo reste vulnérable : les facteurs structurels en cause

La persistance du Togo dans la catégorie « risque élevé » s’explique par plusieurs facteurs structurels que l’indice de Bâle identifie systématiquement. Il convient de rappeler que l’indice mesure la vulnérabilité d’un pays et sa capacité à y répondre et non le volume effectif de blanchiment d’argent détecté.

Parmi les faiblesses récurrentes des économies ouest-africaines figurant dans ce classement, l’indice pointe :

  • La qualité insuffisante du cadre réglementaire de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT), qui représente à lui seul 50% de la note finale ;
  • La faiblesse de la transparence financière et les lacunes dans les déclarations de soupçon ;
  • Les risques élevés de corruption institutionnelle, tels que mesurés par Transparency International ;
  • Les difficultés à mettre en œuvre les recommandations du GAFI dans les délais impartis.

Du côté togolais, des institutions existent pour répondre à ces défis : la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF) est l’autorité nationale LBC/FT, sous la supervision de la BCEAO et de la Commission Bancaire de l’UMOA. Le Togo dispose par ailleurs d’une loi spécifique (Loi n°2016-024) sur la prévention et la répression du blanchiment de capitaux et du financement du terrorisme.

Un contexte régional en amélioration, mais des efforts encore insuffisants

L’édition 2025 de l’indice révèle une tendance encourageante pour l’Afrique subsaharienne dans son ensemble : 70% des pays évalués dans la région ont amélioré leur score cette année. Ce progrès est notamment lié au retrait de six juridictions de la liste grise du GAFI en 2025, témoignant d’avancées réglementaires concrètes.

Le score moyen de l’Afrique subsaharienne reste néanmoins encore élevé à 6,14 points. Sur les 48 pays africains couverts, 25 figurent dans la catégorie « risque élevé », 20 dans la catégorie « risque moyen » et seulement 3 dans la catégorie « risque faible » : le Botswana, les Seychelles et Maurice.

Sur le plan mondial, la moyenne globale de l’indice a légèrement diminué, passant de 5,30 en 2024 à 5,28 en 2025, une variation marginale qui illustre la lenteur des progrès collectifs dans la lutte contre la criminalité financière. Les pays les mieux classés restent des États européens comme la Finlande et l’Islande. À l’opposé, le Myanmar, Haïti et la RDC enregistrent les scores les plus élevés.

Ce que ce classement implique concrètement pour le Togo

Au-delà des chiffres, ce classement a des implications économiques tangibles pour le Togo. Un positionnement défavorable dans l’indice de Bâle peut :

  • Renchérir le coût des transactions financières internationales, les institutions étrangères appliquant des mesures de due diligence renforcées ;
  • Compliquer l’accès au financement international pour les entreprises et l’État togolais ;
  • Nuire à l’attractivité du pays auprès des investisseurs étrangers soucieux de conformité ;
  • Exposer le système bancaire national à des restrictions de correspondants bancaires.

Pour inverser cette tendance, les autorités togolaises auraient intérêt à accélérer la mise en conformité avec les recommandations du GAFI, renforcer les capacités opérationnelles de la CENTIF, améliorer la transparence dans la passation des marchés publics et intensifier la coopération judiciaire régionale dans le cadre de l’UEMOA.

Le Basel AML Index 2025 rappelle que la lutte contre le blanchiment d’argent n’est pas une simple formalité administrative : c’est un enjeu de souveraineté économique. Pour le Togo, figurer au 3ème rang des pays les plus exposés de l’UEMOA est un signal d’alarme qui appelle des réformes structurelles profondes et durables. Les exemples de la Côte d’Ivoire et du Burkina Faso, qui ont réussi à améliorer significativement leur score, montrent que des progrès sont possibles lorsque la volonté politique est au rendez-vous.

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