Black-out : le mot fait peur, et il y a de quoi. Derrière ce terme se cache un scénario bien concret, celui où tout le courant s’arrête d’un seul coup dans tout le pays. Depuis plusieurs semaines, les Togolais subissent des coupures à répétition. Est-ce que cela annonce quelque chose de plus grave ? La CEET a pris la parole. Actu Lomé décrypte.
Un réseau sous pression depuis plusieurs semaines
Ce n’est pas une impression. Depuis plusieurs semaines, les coupures et fluctuations de courant se multiplient à travers le pays, en particulier à Lomé et dans les grands centres urbains. Quartiers résidentiels, boutiques, restaurants, bureaux : personne n’est épargné. Les plaintes se sont accumulées sur les réseaux sociaux, sans réponse officielle pendant un moment.
Face à la pression croissante des usagers, le directeur général de la CEET, Débo-K’mba Barandao, a finalement accordé un entretien à la Télévision togolaise (TVT) le 11 mars 2026 pour expliquer la situation et rassurer.
Les causes : techniques, structurelles et extérieures
Selon la CEET, la situation résulte d’un cumul de facteurs. D’abord, des contraintes techniques sur les infrastructures nationales, dont certaines sont actuellement en phase de maintenance. Ces travaux indispensables visent à garantir la sécurité des équipements à long terme, mais entraînent des interruptions ponctuelles.
À cela s’ajoute une demande en électricité en forte croissance, portée par l’urbanisation rapide de Lomé et l’expansion des activités économiques. Le réseau, conçu pour une autre époque, peine à absorber cette pression supplémentaire.
Mais le facteur le plus critique reste l’approvisionnement extérieur. Le directeur général a reconnu un déficit de fourniture de la part des fournisseurs étrangers, aggravé par l’arrêt technique imprévu d’une centrale de production nationale. Ce double coup de frein a creusé le déficit énergétique observé ces dernières semaines.
La dépendance au Nigeria : une fragilité chronique
Le Togo importe une part significative de son électricité depuis ses pays voisins, notamment le Nigeria. Or cette dépendance est à double tranchant. Le directeur de la CEET a récemment rencontré la Niger Delta Power Holding Company (NDPHC) pour négocier une augmentation des importations, actuellement estimées à 75 MW.
La PDG de la NDPHC a confirmé la disponibilité du Nigeria à augmenter ses exportations vers le Togo. Mais cette disponibilité a un prix, littéralement : le Togo accumule une dette vis-à-vis de son fournisseur nigérian, qui avait par le passé menacé à plusieurs reprises de couper le courant. Une situation inconfortable pour la souveraineté énergétique du pays.
Faut-il craindre une panne générale de courant dans tout le pays ?
La question revient souvent sur les lèvres des Togolais : et si un jour, tout le courant s’arrêtait d’un seul coup, plus rien dans tout Lomé, ni dans tout le pays ? C’est ce que les spécialistes de l’énergie appellent un « black-out » : une panne totale et simultanée du réseau électrique national, qui plonge l’ensemble d’une ville ou d’un pays dans le noir en quelques minutes. Ce type d’événement, rare mais redouté, a déjà frappé plusieurs pays africains.
Pour mieux comprendre : les coupures que vous subissez actuellement dans votre quartier sont ce qu’on appelle du délestage, le réseau coupe volontairement certaines zones pour éviter la surcharge. C’est inconfortable, mais c’est précisément le mécanisme qui évite la panne totale. Un black-out, c’est quand même ce mécanisme de sécurité ne suffit plus et que tout s’effondre en même temps.
Pour le moment, le Togo n’est pas face à un tel scénario. Ce que vit le pays ressemble davantage à une crise de délestage intense. Mais la répétition de ces crises depuis 2024 montre que la fragilité du système est bien réelle.
💡 DÉLESTAGE vs BLACK-OUT : QUELLE DIFFÉRENCE ?
| ⚡ Délestage (ce qu’on vit) Coupure volontaire dans certains quartiers ou zones, par rotation. La CEET coupe pour éviter la surcharge du réseau. Gênant, mais contrôlé. | 🔴 Panne totale / Black-out Effondrement complet du réseau. Tout s’arrête en même temps : hôpitaux, télécoms, pompes à eau, feux de circulation. Aucun quartier n’est épargné. |
Les mesures annoncées par la CEET
Pour atténuer les effets de la crise actuelle, la CEET a annoncé plusieurs mesures. Des concertations ont été engagées avec les grands consommateurs industriels pour qu’ils réduisent temporairement leur consommation. Les entreprises disposant de groupes électrogènes ou de sources d’énergie autonomes sont encouragées à les activer, afin de préserver l’alimentation des ménages.
Les équipes techniques ont par ailleurs été renforcées sur l’ensemble du territoire national. La CEET réaffirme son objectif stratégique : atteindre la couverture universelle en électricité d’ici 2030, soutenu par des investissements dans les énergies renouvelables (centrale solaire de Blitta, mini-réseaux ruraux) et un partenariat signé fin 2024 pour l’exploration de micro-réacteurs nucléaires.
Ce que les Togolais peuvent attendre
À court terme, les perturbations pourraient se poursuivre le temps que les travaux de maintenance s’achèvent et que les négociations avec les fournisseurs extérieurs aboutissent. La CEET promet un retour à la normale, sans donner de calendrier précis.
À moyen terme, la multiplication des projets d’énergies renouvelables, notamment solaires, devrait réduire la dépendance aux importations régionales et aux aléas des marchés voisins. Mais ces investissements prennent du temps à produire leurs effets.
En attendant, les Loméens devront encore composer avec les délestages. Et les entrepreneurs, petits opérateurs et ménages modestes, ceux qui n’ont pas les moyens d’un groupe électrogène, continueront de payer le prix le plus lourd de cette instabilité chronique. Pour limiter les dégâts, il est demandé à la CEET de reprendre la communication autour de son programme de délestage afin de permettre aux citoyens de mieux se préparer.









