Attentat de Cabinda : 16 ans après, la blessure ne guérit pas

Attentat de Cabinda : 16 ans après, la blessure ne guérit pas

Le 8 janvier 2026 n’est pas une date comme les autres. Elle marque le 16ᵉ anniversaire de l’attentat de Cabinda, où le bus des Éperviers du Togo fut criblé de balles en Angola. Deux vies ont été fauchées, Stan Ocloo et Amélété Abalo, des carrières brisées et une nation entière plongée dans un traumatisme collectif.

Seize ans plus tard, au-delà de la commémoration, une question lancinante persiste : le Togo a-t-il tourné la page ? La réponse, dans le cœur des survivants et des familles, est un non retentissant. Cabinda reste une affaire judiciaire et morale inachevée, une blessure que le temps seul n’a pas suturée.

Le film d’horreur des Éperviers

Le 8 janvier 2010, alors que l’équipe nationale togolaise se rendait à Cabinda, en Angola, l’impensable s’est produit. Des assaillants armés ont tendu une embuscade au bus de l’équipe sous une pluie de balles et d’explosions, laissant mort et dévastation sur leur passage.

Les assaillants, armés de grenades, d’AK-47 et de couteaux, ressemblaient à un personnage sorti tout droit d’un film de guerre. Mais pour Adebayor et ses coéquipiers, c’était un cauchemar devenu réalité.

L’attaque violente a fait plusieurs morts parmi les membres de la délégation togolaise et le gardien de but Kodjovi Obilale grièvement blessé. Le traumatisme de cette journée perdure chez Adebayor, qui dit être encore affecté par les bruits forts qui lui rappellent les coups de feu.

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Les victimes de l’attentat de Cabinda

Les survivants de l’attentat de Cabinda voient leur vie à jamais transformée

Les séquelles sont à la fois visibles et invisibles. Kodjovi Obilalé, le gardien prometteur, vit depuis avec une paralysie, symbole brutal d’un rêve sportif assassiné.

D’autres, comme le défenseur Serge Akakpo, portent les balles dans leur chair et une anxiété latente face aux bruits soudains. « Le football m’a empêché de sombrer », confie-t-il, révélant comment le terrain est devenu une thérapie. Mais derrière la résilience affichée se cache un parcours de douleur chronique et de soutien psychologique souvent insuffisant.

Adebayor, racontant l’instant à BBC Sport Africa, a déclaré : « Je n’avais jamais vu personne mourir auparavant. Depuis ce jour, quelque chose en moi a changé. J’ai décidé de vivre chaque instant comme si c’était le dernier ». Les assaillants, armés de grenades, d’AK-47 et de couteaux, ressemblaient à un personnage sorti tout droit d’un film de guerre. Mais pour Adebayor et ses coéquipiers, c’était un cauchemar devenu réalité.

Leur courage force l’admiration, mais il ne doit pas masquer l’absence d’un plan d’accompagnement médical et social étatique pérenne pour ces hommes qui ont porté les couleurs nationales au prix le plus élevé.

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Crédit Photo: Getty Images

Silence, sanctions et manque de vérité

Le choc de l’attaque a été suivi d’un second traumatisme : la réaction des instances footballistiques. La Confédération Africaine de Football (CAF) avait alors choisi une voie insensible, suggérant une responsabilité des victimes et infligeant au Togo une disqualification des CAN 2012 et 2013. Si cette sanction a été levée sous la pression de la FIFA, elle a laissé un goût amer d’injustice.

Pire, aucune commission d’enquête indépendante n’a jamais clairement établi les chaînes de responsabilités sécuritaires et logistiques ayant conduit à ce fiasco. Les familles des victimes dénoncent un « silence » des autorités togolaises et une absence de poursuites pour obtenir réparation. Leurs appels lancés lors d’une messe commémorative il y a six ans sont restés sans écho concret.

En 2026 : quatre exigences pour une mémoire apaisée

Seize ans après, le peuple togolais ne réclame pas la vengeance, mais une mémoire active et digne. Les attentes, rapportées par nos confrères d’Alerte24, sont précises et constituent un agenda pour la reconnaissance :

  1. Une commémoration officielle et pérenne : Au-delà des articles de presse annuels, l’institutionnalisation de cette mémoire est cruciale. Une place, un monument, ou une journée nationale du souvenir sportif pourraient ancrer l’hommage dans l’espace public.
  2. Un soutien indéfectible aux survivants : Cela passe par la mise en place d’un fonds de garantie étatique ou fédéral pour couvrir à vie leurs soins médicaux, chirurgicaux et psychologiques. Leur sacrifice pour la nation impose une dette permanente.
  3. La poursuite de la vérité judiciaire : Les familles ont le droit de savoir. Les autorités togolaises doivent rouvrir le dossier et exiger, avec le soutien de la communauté internationale, une enquête transparente sur les défaillances ayant conduit au drame.
  4. La transmission aux jeunes générations : L’attentat de Cabinda ne doit pas être une note en bas de page dans les livres d’histoire. Intégrer ce récit dans les programmes éducatifs, c’est enseigner la résilience, le prix de la paix et l’absolue nécessité de la sécurité des athlètes.
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Se souvenir de cette attaque, ce n’est pas seulement se recueillir une fois par an. C’est refuser que l’oubli et l’indifférence aient le dernier mot. C’est exiger que la tragédie se transforme en levier pour une meilleure protection des sportifs et en un impératif de vérité. Tant que les survivants devront se battre seuls avec leurs séquelles, tant que les familles attendront une reconnaissance pleine et entière, la blessure restera ouverte.

Seize ans après, le football togolais peine à retrouver le chemin des terrains et il ne retrouvera son entière paix que le jour où la justice et le soutien auront enfin parlé aussi fort que les balles de janvier 2010.

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