Ils sont venus chercher leur fils. Ils repartent avec l’angoisse. Benjamin Margeris et Amandine Simon, un couple de Montréalais, sont bloqués à Lomé depuis près de deux mois avec Théodore, leur petit garçon de trois ans adopté au Togo. L’adoption à Lomé est pourtant légale et reconnue. Mais un visa manque. Et le temps presse.
Le 26 décembre 2025, le couple pose pour la première fois le pied au Togo pour rencontrer celui qui deviendra leur fils. Trois jours plus tard, la rencontre a lieu à l’orphelinat. Depuis le 31 décembre, ils vivent ensemble. Une famille est née. Mais administrativement, tout n’est pas réglé.
L’adoption à Lomé est pourtant valide
« Tout est judiciarisé et légalisé entre le Togo et le Québec. C’est vraiment une adoption », insiste Amandine Simon. Les autorités togolaises ont validé la procédure, conforme à la Convention de La Haye. Le Secrétariat aux services internationaux à l’enfant (SASIE) a finalisé son travail. Sur le papier, Théodore porte désormais le nom de ses parents.
Mais pour quitter le territoire, l’enfant a besoin d’un passeport temporaire délivré par le haut-commissariat du Canada à Accra. Et pour l’obtenir, une étape préalable est indispensable : la validation de citoyenneté par Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC). Les documents ont été transmis à la mi-décembre. Depuis, silence radio.
IRCC : un trou noir administratif pour la famille
« Nous n’avons aucune façon de joindre IRCC. On ne savait même pas si notre dossier avait été traité ni où il se trouvait », raconte la mère. Un vide angoissant pour des parents qui voient les semaines défiler sans avancée. Le 23 janvier, leur députée fédérale intervient. Enfin une réponse : le dossier a bien été transmis à Accra. Il est « en considération ». Mais toujours pas de date, pas d’échéance. Rien.
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Dans leur chambre d’hôtel ou de location, la vie suit son cours. Théodore grandit, s’épanouit auprès de ses parents. Mais l’incertitude ronge. Le séjour, prévu pour un mois, s’étire. Les dépenses aussi. Et dans quelques jours, Benjamin Margeris doit théoriquement reprendre son travail au Canada.
« Ça fait 10 jours qu’on ne dort plus la nuit. Notre énergie est sur notre fils, notre joie est sur notre fils. Mais on n’en dort pas la nuit, on en est malades physiquement et moralement », confie Amandine Simon.
Le pire scénario ? Une séparation forcée. Le père rentre seul au Canada, la mère reste avec l’enfant dans l’attente du précieux sésame. Une perspective « inhumaine » pour ce couple qui vient tout juste de devenir famille.
Un cri du cœur : « On veut juste rentrer chez nous »
« On veut juste rentrer chez nous. C’est juste ça. » Cette phrase d’Amandine Simon résume tout. Pas de colère, pas de revendication politique. Juste une demande simple, humaine : pouvoir vivre en famille, chez soi, après des années de procédures et des mois d’attente.
En attendant, à Lomé, les jours passent. Entre les jeux avec Théodore et les nuits blanches. Entre l’amour qui grandit et l’angoisse qui ne faiblit pas.
Source : Lapresse










