Le drapeau national du Togo est partout. Dans les rues, sur les marchés, lors des manifestations sportives, dans les administrations. Mais sait-on vraiment ce qu’il représente ? Sait-on qu’un usage irrespectueux peut coûter cher ?
Le Code pénal togolais, notamment en ses articles 490 à 492, sanctionne toute atteinte ou outrage porté aux emblèmes nationaux. Les amendes peuvent atteindre 200 000 FCFA pour un particulier, et jusqu’à 2 000 000 FCFA en cas de profanation en public, avec une peine d’emprisonnement à la clé. Pourtant, dans la pratique, le drapeau est souvent banalisé : vendu comme un simple accessoire, porté à la ceinture, utilisé comme tissu ordinaire. Entre protection juridique et usage quotidien, où se situe la limite ? Un historien et un spécialiste de la citoyenneté nous éclairent.
Selon Dr Maman Halourou, enseignant-chercheur à l’Université de Lomé : « Le drapeau est avant tout un symbole politique, historique et identitaire. Il représente la souveraineté d’un État, son unité nationale et les valeurs fondatrices de la nation. »
Que symbolisent les couleurs du drapeau national du Togo ?
Le drapeau multicolore du Togo a été adopté le 27 avril 1960, au moment de l’indépendance. Chaque couleur a une signification précise.
| Couleur | Symbole |
|---|---|
| Vert | L’agriculture, l’espoir et la richesse naturelle |
| Jaune | Les ressources économiques et le travail |
| Rouge | Le sang versé pour la liberté et l’indépendance |
| Étoile blanche | La paix, la dignité et l’unité nationale |
Pour l’historien, au-delà de ses couleurs, le drapeau est « une mémoire condensée de l’histoire nationale, un marqueur d’appartenance collective ».
Un symbole juridiquement protégé
Le drapeau togolais est élevé au rang d’emblème national par la Constitution, au même titre que l’hymne et les armoiries. Le Code pénal renforce cette protection.
Ce que dit l’article 491 alinéa 2 du Code pénal :
- Amende de 50 000 à 200 000 FCFA pour les actes d’incivisme (usage irrespectueux non public)
- Amende de 500 000 à 2 000 000 FCFA ou peine d’emprisonnement en cas de profanation en réunion ou en public
- Les sanctions s’appliquent pour dégradation, profanation ou outrage aux emblèmes nationaux
Kokovena Yawa Dzigbodi, spécialiste de la paix, du développement et de la citoyenneté, insiste : « Le drapeau est obtenu à la suite de grandes luttes. Donc lui manquer de respect, c’est injurier nos aïeux qui ont lutté pour nous arracher l’indépendance. »
Une zone grise : la commercialisation et l’usage quotidien
Si la loi sanctionne les atteintes graves, elle ne définit pas de manière détaillée les conditions d’un usage quotidien, ordinaire ou commercial du drapeau. C’est dans cet espace que s’installe une zone grise.
Dans les rues togolaises, le drapeau est aujourd’hui largement commercialisé. Il est vendu sous diverses formes : petits fanions, accessoires, tissus, objets décoratifs. À ce jour, il n’existe pas de texte clairement identifié interdisant ou réglementant strictement cette vente au grand public.
Question de fond : un emblème national peut-il être traité comme un produit ordinaire sans risquer de perdre sa portée symbolique ?
Quand et comment utiliser le drapeau ?
L’utilisation du drapeau obéit à des règles protocolaires et symboliques précises, même si elles ne sont pas toujours connues du grand public.
Le drapeau doit être utilisé lors :
- Des fêtes nationales, notamment l’indépendance
- Des cérémonies officielles (discours, visites d’État, commémorations)
- Des institutions publiques (écoles, casernes, administrations)
- Des événements internationaux (sportifs, diplomatiques)
Le drapeau doit être :
- Respecté, propre et non détérioré
- Hissé en position d’honneur
- Utilisé avec solennité, non comme un simple objet décoratif banal
Ce qu’il ne faut pas faire :
- Le modifier, le déformer ou l’utiliser à des fins commerciales inappropriées
- Le porter à la ceinture ou comme accessoire vestimentaire non conventionnel
- Le banaliser
Dr Maman Halourou met en garde : « Le drapeau n’est pas un accessoire ordinaire ; son usage implique une certaine solennité. »
Selon lui, certaines pratiques observées comme le port du drapeau à la ceinture ou sous forme d’accessoire vestimentaire non conventionnel peuvent être perçues comme une banalisation, voire une dégradation symbolique. Même si ces gestes ne relèvent pas nécessairement d’une infraction pénale au sens strict, ils posent un problème de cohérence institutionnelle.
Lutter contre l’incivisme par l’éducation
Kokovena Yawa Dzigbodi distingue trois niveaux d’incivisme. Ceux qui ne connaissent pas les règles (inciviques par ignorance). Ceux qui négligent certaines réalités (insouciance). Ceux qui connaissent bien mais défient l’autorité ou la loi (défiance volontaire).
Pour y remédier, son département a organisé, en prélude à la célébration des 66 ans d’indépendance, une campagne du 20 au 23 avril à travers les établissements scolaires de tout le pays. Objectif : inculquer aux apprenants le devoir civique lié au drapeau.
« Nous nous disons qu’il faut commencer par combattre l’ignorance et renforcer la fibre patriotique chez nos enfants dès le bas âge afin qu’ils puissent transmettre aussi ces connaissances aux parents et à ceux qui n’ont pas eu la chance de connaître le drapeau, sa signification et sa valeur symbolique », a-t-il expliqué.
Le drapeau togolais reste juridiquement protégé, mais socialement banalisé. Entre respect institutionnel et appropriation populaire, il évolue aujourd’hui dans une zone d’ambiguïté. Ce constat ne traduit pas nécessairement un manque de patriotisme, mais plutôt l’absence de repères clairs. La question n’est pas seulement juridique : elle est aussi culturelle et civique.
Redonner au drapeau toute sa valeur passe autant par une éventuelle clarification des règles que par une prise de conscience collective de ce qu’il représente réellement.
Sources : ATOP











