Ce jeudi 7 mai 2026 à Lomé, le gouvernement togolais a fait un pas que peu de pays ouest-africains osent franchir : il a officiellement lancé un Groupe de Travail Technique en Santé Mentale et Soutien Psychosocial. Une plateforme nationale inédite, réunissant près de cinquante organisations, pour dire une vérité longtemps tue : la souffrance psychologique n’est pas une honte, c’est une urgence de santé publique.
Et les chiffres donnent le vertige. Selon le Programme d’Urgence de Renforcement de la Résilience, le Togo comptait en mars 2026 près de 60 000 personnes déplacées, dont 29 820 enfants. En contexte humanitaire, une personne sur cinq développe un trouble mental nécessitant une prise en charge. Soit potentiellement 12 000 personnes rien que dans le nord du pays.
« En Afrique, on accusait le malade » : le tabou qui tombe
Le Professeur Balaka Abago, coordonnateur du Programme National des Addictions, a été cash. « En Afrique, on pensait que la maladie mentale, c’était le sujet même malade qui était responsable. Il a été démontré que c’est plutôt le contraire. Quand votre enfant a pris de la drogue et présente des troubles, il est victime. Il est victime d’une société. »
Un message fort, simple, accessible. Et une claque aux idées reçues.
Une feuille de route pour les régions qui souffrent le plus
Le GTT SMSPS ne restera pas coincé dans une salle de réunion à Lomé. La prochaine étape est claire : décentraliser vers les Savanes et la Kara, les régions les plus exposées au débordement sécuritaire sahélien. Sur place, des milliers de personnes vivent avec un stress post-traumatique sans personne à qui parler.
Le représentant de l’UNICEF, Xavier R. Siré, a prévenu : « Plusieurs dizaines de milliers de personnes pourraient avoir besoin d’un soutien psychosocial ou d’une prise en charge spécialisée. »
La santé mentale, nouvelle affaire d’État
Le Secrétaire général du ministère de la Santé, Dr Kokou Wotobé, a mis les points sur les i : « La santé mentale ne saurait plus être un domaine périphérique. Elle interpelle l’éducation, l’action sociale, la protection de l’enfance, la justice, l’emploi. »
Autrement dit : le Togo ne soignera plus les corps sans soigner les esprits. Enfin.










