Vous voulez lancer votre entreprise au Togo ? La première question qui vous vient à l’esprit est probablement : où trouver l’argent ? La réponse, selon un récent rapport de la Banque mondiale, est sans appel : dans votre propre poche, ou chez vos proches. Près de 9 entrepreneurs togolais sur 10 (94 %) financent le démarrage de leur activité par des ressources personnelles ou l’appui de leur réseau familial. Le crédit bancaire ou la microfinance formelle ne représentent que 5 % des financements de création.
73 % d’auto-financement : un modèle dominant
Selon les données du rapport Africa Economic Update 2026 de la Banque mondiale, le financement de l’entrepreneuriat au Togo se répartit ainsi :
| Source de financement | Pourcentage |
|---|---|
| Auto-financement (fonds propres) | 73 % |
| Famille et proches | 21 % |
| Financement formel (banques, microfinance, programmes publics) | 5 % |
| Sources informelles | 1 % |
À retenir : seule une minorité d’entrepreneurs togolais (1 sur 20) accède à un financement formel pour créer son entreprise. Le reste se débrouille avec ses propres moyens ou ceux de son entourage.
Pourquoi ce recours massif à l’auto-financement ?
La Banque mondiale identifie plusieurs obstacles structurels :
- Coûts d’accès élevés : les frais de dossier, les taux d’intérêt et les garanties exigées par les banques sont souvent rédhibitoires pour les petites entreprises.
- Exigences de garantie inadaptées : les banques demandent des garanties foncières ou des cautions que la plupart des jeunes entrepreneurs ne possèdent pas.
- Informalité du secteur : beaucoup d’entreprises togolaises évoluent hors du cadre formel, ce qui les exclut automatiquement des circuits de financement structurés.
- Manque d’historique financier : sans comptes bancaires, sans états financiers, sans garanties, les institutions de crédit hésitent à financer.
Une tendance régionale : le Togo dans la moyenne ouest-africaine
Le Togo n’est pas un cas isolé. Dans la sous-région, l’auto-financement est la règle :
| Pays | Taux d’auto-financement |
|---|---|
| Mali | 85 % |
| Côte d’Ivoire | 81 % |
| Nigeria | 79 % |
| Bénin | 79 % |
| Guinée-Bissau | 76 % |
| Sénégal | 74 % |
| Togo | 73 % |
Seuls 5 % des entrepreneurs togolais accèdent aux circuits formels, un chiffre comparable à celui du Sénégal (6 %) ou de la Côte d’Ivoire (7 %).
Les conséquences de ce modèle
L’auto-financement, s’il permet de démarrer rapidement sans s’endetter, a aussi des limites importantes :
- Capital de départ limité : on crée souvent plus petit que ce qu’on voudrait.
- Fragilité financière : en cas de coup dur, il n’y a pas de matelas de sécurité.
- Difficulté à croître : pour investir, embaucher, acheter du matériel, il faut des fonds supplémentaires.
- Mélange des sphères : l’argent de l’entreprise se confond avec l’argent du ménage, compliquant la gestion.
Les efforts récents du Togo pour améliorer l’accès au financement
Il faut nuancer : les données de la Banque mondiale datent de 2021 et ne tiennent pas forcément compte des évolutions récentes. Car le Togo a beaucoup investi dans l’inclusion financière ces dernières années.
Quelques chiffres encourageants :
- Taux d’inclusion financière : 89,04 % en 2024 (contre 87,7 % en 2023), l’un des plus élevés de l’UEMOA.
- Fonds national de la finance inclusive (FNFI) : plus de 1,9 million de crédits octroyés à fin 2025, pour un montant cumulé d’environ 116-117 milliards FCFA.
- MIFA (Mécanisme d’Incentive pour le Financement Agricole) : facilite l’accès au crédit dans le secteur rural.
- ANPGF (Agence Nationale de Promotion de la Garantie Financière) : couvre une partie du risque pour les banques.
Ces dispositifs commencent à porter leurs fruits, mais ils restent encore méconnus ou difficilement accessibles pour certains entrepreneurs.










