On a comparé le Bénin et le Togo chiffre par chiffre — et le résultat va étonner les Togolais !
Le Bénin publie son programme présidentiel pour 2026-2033. Romuald Wadagni, ancien ministre des Finances, y aligne des chiffres impressionnants et promet de « bâtir le Bénin de nos rêves ». À Lomé, à quelques dizaines de kilomètres de Cotonou, la tentation est grande de lire ce document comme s’il ne nous concernait pas. Erreur. Actu Lomé a croisé les données officielles du programme béninois avec les sources togolaises (INSEED, Conseil des Ministres, FMI, Office du Baccalauréat) pour établir une comparaison Togo-Bénin factuelle. Le résultat est instructif, parfois inattendu.
Un programme béninois qui assume de comparer
Avant d’entrer dans le détail, il faut comprendre la nature du document publié par Wadagni. Ce n’est pas un texte de campagne vague : c’est un programme de 68 pages, structuré en trois priorités et appuyé sur des données chiffrées couvrant la décennie écoulée. L’ancien argentier du Bénin y revendique une croissance portée de 1,8 % à environ 8 % du PIB, un budget national triplé, et des avancées mesurables sur l’éducation, la santé, l’eau et l’inclusion financière.
Ce bilan est celui de l’équipe sortante dont Wadagni était membre. Il n’a pas été audité par un organisme indépendant. Mais il repose sur des ordres de grandeur cohérents avec les données publiées par la Banque mondiale et la BCEAO pour le Bénin ces dernières années. C’est donc une base de travail sérieuse pour la comparaison.

| Ce que dit le programme sur la méthode Wadagni propose de passer d’une logique de croissance nationale centralisée à 6 pôles de développement territorial, chacun doté d’une industrie structurante, d’un site touristique valorisé et d’un hub d’innovation ciblé. C’est une approche qui reconnaît implicitement que les dix années passées ont profité inégalement aux différentes régions du pays. |
Sur l’électrification, le Togo devance le Bénin
C’est la donnée qui surprend le plus dans cette comparaison. Le programme Wadagni revendique un taux d’électrification passé de 30 % à 61 % entre 2015 et 2025, une performance réelle. Mais selon les données publiées en mars 2025 par le ministère togolais des Mines et des Ressources Énergétiques, le Togo affiche 70 % d’électrification à fin 2024. Soit neuf points de plus que son voisin.
Cette avance est portée par le programme CIZO, 81 843 ménages équipés en kits solaires rien qu’en 2024, selon l’Agence togolaise d’électrification rurale (AT2ER) et par les mini-réseaux solaires déployés dans 317 localités rurales. Sur cet indicateur, Lomé n’a pas de leçon à recevoir de Cotonou.

Sur l’inclusion financière, les deux pays jouent dans la même cour
Le programme béninois revendique 90 % d’inclusion financière et la première place dans l’UEMOA. C’est contestable dans sa formulation. Selon le compte rendu officiel du Conseil des Ministres togolais du 19 février 2026, le Togo a atteint 89,04 % d’inclusion financière en 2024, se positionnant au deuxième rang de l’UEMOA. L’écart entre les deux pays est inférieur à un point de pourcentage.
La différence se joue sur l’outil, pas sur le résultat global. Le programme Wadagni mise sur une plateforme de crédit digital permettant d’obtenir un prêt en moins de 48 heures. Le Togo s’appuie davantage sur le FNFI, qui a octroyé plus de 1,9 million de crédits pour un cumul de 116,59 milliards de FCFA à fin octobre 2025. Deux modèles différents, des résultats comparables.

Sur l’éducation, la chute du BAC togolais est un signal d’alarme
C’est l’indicateur le plus intrigant de cette comparaison. Le programme Wadagni revendique un taux de réussite au baccalauréat passé de 30 % en 2016 à 73 % en 2025 au Bénin, une progression qui reflète dix ans de réformes : construction de salles de classe, recrutement de 37 000 enseignants, cantines scolaires pour 1,3 million d’élèves. En face, l’Office du Baccalauréat togolais a publié un taux de réussite au BAC II de 72,63 % en 2025, une nette progression par rapport à l’année précédente, qui avait connu une chute spectaculaire à 41,95 % en 2024.

Sur les finances publiques, le Togo porte un fardeau que le Bénin a évité
C’est peut-être l’écart structurel le plus important entre les deux pays. Selon le FMI et la Direction Générale du Trésor française, le Togo affiche une dette publique de 72,1 % du PIB en 2024, un niveau qui dépasse le plafond de convergence de l’UEMOA fixé à 70 %. Le déficit budgétaire atteint 6,4 % du PIB, contre un objectif UEMOA de 3 %. De son côté, le programme Wadagni affiche un Bénin à 53,2 % de dette et 2,8 % de déficit, des marges bien plus confortables.
Ces chiffres ne menacent pas la stabilité togolaise à court terme, la croissance reste solide à 6,5 % en 2024 selon l’INSEED, et le FMI prévoit un retour progressif dans les critères UEMOA d’ici 2026. Mais ils signifient que le Togo dispose de moins de latitude pour financer de grands projets d’infrastructure par emprunt, au moment précis où le Bénin annonce un fonds national d’investissements stratégiques de 200 milliards de FCFA dès la première année.

Le bilan global : 6 avantages pour le Bénin, 1 pour le Togo, 1 match nul
Voici ce que disent les chiffres officiels, indicateur par indicateur :
| Indicateur | Bénin | Togo | Avantage |
| Croissance PIB 2024-2025 | ~8 % (programme) | 6,5 % (INSEED) | Bénin |
| Budget national 2025 | > 3 500 Mds FCFA | 2 394 Mds FCFA | Bénin |
| Électrification (2024-2025) | 61 % | 70 % | Togo |
| Inclusion financière | 90 % (1er UEMOA revendiqué) | 89,04 % (2e UEMOA officiel) | Match nul |
| Réussite au BAC 2024 | 73 % (programme) | 72,63 % (Office BAC) | Bénin |
| Dette publique / PIB | 53,2 % | 72,1 % (> plafond UEMOA) | Bénin |
| Déficit budgétaire / PIB | 2,8 % | 6,4 % | Bénin |
Le Bénin domine sur six des sept indicateurs mesurables. Mais cette lecture brute masque une réalité plus nuancée : le Togo tient bon sur l’essentiel. Il devance le Bénin sur l’électrification, est quasiment à égalité sur l’inclusion financière, et maintient une croissance de 6,5 % malgré ses contraintes budgétaires. Le retard est réel, mais il n’est ni figé ni insurmontable.
Ce que tout cela dit à Lomé
Le programme Wadagni-Talata 2026-2033 n’est pas un document qui concerne uniquement les électeurs béninois. Il documente une trajectoire de réformes sur dix ans et dessine ce qu’un pays de l’espace UEMOA peut accomplir lorsqu’il fait des choix clairs et les tient dans la durée. Pour le Togo, c’est une invitation à regarder dans le miroir, sans complexe, mais sans complaisance non plus.
Trois priorités se dégagent de cette comparaison Togo-Bénin : stabiliser les résultats scolaires, consolider les marges budgétaires, et capitaliser sur l’avance réelle en électrification pour attirer davantage d’investissements industriels. Sur ces trois fronts, le match avec Cotonou se jouera dans les prochaines années.
Quelle que soit l’issue de l’élection béninoise du printemps 2026, une chose est certaine : la compétition entre Lomé et Cotonou ne fait qu’accélérer. Et c’est une bonne nouvelle pour les deux pays.









